Économie Le 10 décembre 2012

Yann Koby

Par Yann Koby

Les peuples de l’euro en crise #2: la crise de la dette

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Les peuples de l’euro en crise #2: la crise de la dette

© davidicke.com

Partie 1: Introduction

Comprendre la crise : du besoin de poser des bases communes

Les dernières années, à n’en pas douter, ont été difficiles pour les dirigeants européens. Si l’on fait exception d’Angela Merkel (Allemagne, 2009) et de Mark Rutte (Pays-Bas, 2012), tous ont dû quitter leurs fonctions ! Georgios Papandréou (Grèce, 2011), Silvio Berlusconi (Italie, 2011), Jose Luis Zapatero (Espagne, 2011), Nicolas Sarkozy (France, 2012),  la liste est encore longue, puisque des changements ont également eu lieu au Royaume-Uni, en Hongrie, au Portugal, en Irlande, et au Danemark. Sans doute, la crise économique qui frappe l’Europe – et les Européens – y est pour quelque chose. Mais pour quoi ?

La semaine dernière, nous en étions restés là : si cette crise possède certainement plusieurs facettes, notamment sur le plan social, c’est avant tout une crise économique, qui nécessite d’être comprise comme telle. Dès lors, cet article a pour but d’expliquer ce que nous entendons par « crise économique » : quelles en sont les origines? Pourquoi la Grèce, l’Espagne subissent une crise de la dette, et pas l’Allemagne par exemple, qui a, elle aussi, été durement touchée par la crise financière de 20071 ?

Ces questions sont importantes, puisqu’elles sont sous-jacentes au mauvais climat économique  européen, et précèdent la question de l’austérité (sans crise, pas d’austérité !). Y répondre est une condition nécessaire pour aller plus loin dans l’analyse, ce pourquoi j’adopterai un ton quelque peu didactique, afin d’avoir un terreau commun sur lequel travailler par la suite ! Pour ce faire, nous commencerons par esquisser les origines de la crise, ses causes. Puis, nous explorerons ses conséquences : les problèmes économiques qu’elle pose, ainsi que les solutions – théoriques – pour les résoudre.

Pour les matheux du coin, un fichier PDF (lien : https://docs.google.com/open?id=0B8loyWUYVzLTakNVUDdvMXZHN1U) explique le problème de la dette en termes mathématiques, et dérive quelques résultats sur la façon dont on « stabilise » une dette publique.

 

Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où on vient

Source : http://snohomishobserver.com/ (Eurostat)

Le tableau ci-dessus représente l’évolution des dettes publiques, exprimées en pourcentage de PIB2, de plusieurs pays européens sur la période 2001-2010.   Le premier constat,  c’est qu’il y a eu un saut quantitatif qui fait suite à la crise financière de 2007 : entre 2007 et 2010, la dette publique de la zone euro est passée de 65% à 85% du PIB3! Ensuite, il faut noter que ces niveaux de dette sont très hétérogènes : certains pays en ont beaucoup, d’autres peu. Sans aller trop dans le détail, il faut comprendre que les origines de la crise diffèrent grandement selon les pays : intéressons-nous notamment aux GIIPS4.

Le cas de la Grèce est certainement le plus connu et le plus facile à interpréter : la dette grecque, en plus d’être déjà élevée de base, a été « cachée » d’une certaine manière aux marchés financiers ; la crise financière de 2007 n’a fait que révéler ces faits au grand jour. Le cas de l’Espagne, cependant, est singulièrement différent : sa dette publique avant la crise n’était pas excessivement élevée (en comparaison avec celle d’autres pays européens) ! En revanche, ce nombre a dangereusement a augmenté depuis le début de la crise de la dette grecque, en raison de la mauvaise santé économique que connaît l’Espagne depuis la crise financière de 2007. En effet, elle a connu une importante implosion de son marché immobilier, implosion qui a provoqué une récession économique, une importante montée du chômage et, indirectement, une substantielle détérioration des finances publiques.

En Irlande, l’Etat a hérité de la dette privée des banques, lorsque celles-ci, menacées de faillite suite à la crise financière, ont été nationalisées ; résultat, la dette publique irlandaise a explosé, malgré qu’elle soit partie à un niveau relativement faible.  L’Italie, elle, possédait déjà la dette la plus grande de la zone euro avant le début de la crise ; enfin, la dette portugaise, publique et privée, était  également relativement importante au début de la crise, le tout couplé à une économie plutôt « faible » lorsque comparée, par exemple, au taux de croissance grec précédent la crise.

 

Le mécanisme de la dette

Il est donc important de noter que les origines mêmes de la crise de la dette diffèrent les unes des autres, bien qu’au final, la conséquence soit la même : un niveau de dette trop élevé. Mais dans le fond, quel problème pose cette augmentation ? L’Etat ne peut-il pas simplement emprunter cet argent, le temps de « résoudre » les problèmes causés par une crise, et le rembourser plus tard, lorsque la situation sera meilleure ? Enfin, comment se fait-il  que l’Allemagne, dont la dette publique en pourcentage du PIB était de 81.6%5 au premier trimestre 2012, payait alors un taux d’intérêt de 1.86%6 sur sa dette, alors que l’Espagne,  dont le ratio de dette au PIB était de 72.1%5, payait 5.43%6 ? Qu’est-ce qui explique – ou n’explique pas – cette différence, contradictoire au premier abord ? Pour comprendre cela, il nous faut développer un peu plus loin le concept de « dette publique ».

Imaginez un instant que vous avez une idée géniale, tellement géniale que vous êtes certain qu’elle fonctionnera. Seulement, vous n’avez pas d’argent : vous êtes obligé d’en emprunter un peu à votre banque, qui vous demandera de retourner l’argent plus tard en plus d’un intérêt  – emprunter de l’argent n’est pas gratuit. Ce n’est pas un souci, puisque votre idée fonctionne à merveille et vous êtes capable de repayer les intérêts de la banque ainsi que dégager quelques profits pour vous-même. Maintenant, en plus de repayer la dette, vous pourriez vous dire : « ça fonctionne dans ma ville, pourquoi ne pas essayer dans les autres ? » : alors, vous recommenceriez le même processus : emprunter, produire, payer. Imaginez maintenant que tout cela se déroule « en continu » : vous êtes continuellement en train d’avoir de nouvelles idées, vous empruntez toujours un peu d’argent à votre banque, et simultanément vous remboursez vos anciens prêts.

Eh bien les Etats, eux, fonctionnent grossièrement de la même manière : en plus de percevoir des taxes, ils empruntent une partie de leurs fonds sur les marchés financiers en émettant des titres de dettes publiques7, créant ainsi une dette publique. Ce processus, qui se déroule de manière continue,  est tout-à-fait commun dans le cadre d’un Etat-nation moderne8. Les problèmes arrivent lorsque cette dette, en pourcentage du PIB (la capacité d’un pays à payer, voir note 2), devient excessivement grande : une partie toujours plus grande des revenus publics part rembourser la dette (c’est le « fardeau de la dette ») ; si cela ne suffit pas, l’Etat doit emprunter afin de rembourser ses précédents prêts, engageant ainsi une « spirale de la dette ».

Mais il y a un autre piège, plus sournois. L’argent de la dette est emprunté auprès des marchés financiers, constitués d’agents publics et privés, notamment des investisseurs, qui décident du taux d’intérêt auquel ils prêtent. Evidemment, lorsque vous prêtez de l’argent, vous espérez bien qu’un jour on vous le rembourse !  Il en va de même pour ces agents, qui ont, par-dessus tout, une peur bleue du défaut de paiement: pour cette raison, en plus de faire payer un taux d’intérêt, ils demandent une  « prime de risque ». Cette prime de risque est essentielle, car elle dépend de deux facteurs : premièrement, elle reflète les « fondamentaux » d’un pays (sa santé économique, sa capacité à repayer) ; deuxièmement, elle représente une mesure de la « réputation » d’un pays, une interprétation « subjective » de sa capacité à payer.

Source : Fondation Robert Schuman, « Europe and the global financial crisis », Avril 2011

C’est, essentiellement, cette prime de risque qui explique la différence de taux d’intérêt entre l’Allemagne et l’Espagne : en plus d’avoir une économie en meilleure santé que l’Espagne, l’Allemagne est « perçue » par les agents prêteurs comme étant moins à même de faire défaut, bien que son ratio de dette au PIB soit plus élevé que le ratio espagnol ! En conséquence, l’intérêt que paie l’Espagne sur sa dette est élevé, car elle est réputée moins sûr ; alors que l’Allemagne paie, elle, un intérêt plus bas (la prime de risque est même « négative » : les agents se ruent sur la dette allemande9, faisant baisser son prix, l’intérêt).

Mais comme si cela ne suffisait pas pour rendre fou le pauvre comptable public chargé de résorber la dette, voilà un autre problème. Rappelez-vous que la dette est mesurée en termes de PIB, qui mesure la capacité d’un pays à « payer » sa dette. Lorsqu’un Etat décide de réduire sa dette, il doit nécessairement dégager des « bénéfices » : augmenter ses taxes et/ou diminuer ses dépenses. Or, et c’est particulièrement le cas lors d’une période d’instabilité économique, cela affecte forcément la santé de son économie nationale10 : les taxes vont réduire l’activité des entreprises ;  les investissements de l’Etat, par exemple dans les infrastructures, diminuent ; et la baisse des allocations type chômage va faire diminuer la consommation des ménages dans leur ensemble. En conséquence, le PIB diminue, ce qui compense, en quelque sorte, l’augmentation des recettes publiques (en effet, le ratio Dettes/PIB reste constant) !

 

Le piège de l’austérité

Tout cela a des conséquences dramatiques pour notre comptable public. Imaginons que, pour une raison particulière (par exemple les problèmes de la dette grecque), les marchés financiers prennent peur et augmentent le taux d’intérêt proposé à l’Espagne. Si, pour repayer la dette, notre comptable espagnol propose d’imposer l’austérité, il y a de fortes chances pour que, dans une période d’instabilité économique, cela affecte l’économie du pays, et donc sa capacité à repayer ; voyant que la situation ne s’améliore pas, les marchés financiers imposent une prime de risque plus élevée, et donc un taux d’intérêt plus élevé ; ceci augmente encore le fardeau de la dette que le pays doit payer, ce qui oblige le comptable à couper encore plus dans les dépenses, ce qui diminue la capacité du pays à payer, ce qui mécontente les marchés, et le cercle continue : l’Espagne entre en crise de la dette quand bien même qu’elle n’a rien fait de faux à l’origine ! C’est la « contagion »11.

Pour revenir au cas de la Grèce, lorsque l’ampleur réelle de la dette grecque a été dévoilée au vu et su de tous, la « spirale de la dette » s’est enclenchée, résultant la catastrophe dans laquelle la Grèce est actuellement empêtrée. L’austérité imposée a, logiquement, échoué dans sa mission : les taux d’intérêts grecs n’ont cessés d’augmenter sous la pression des marchés, alors que le pays plongeait dans une importante récession économique. Pire, via le mécanisme de contagion que l’on vient de décrire, la crise de la dette s’est « propagée » à d’autres GIIPS, notamment l’Espagne !

Alors, quelles autres solutions s’offraient aux dirigeants européens pour sauver la Grèce de ce marasme, quelles ont été les solutions choisies, et pourquoi ? Comment les Grecs ont-ils accueilli ces décisions, et pourquoi les ont-ils refusées avec autant de force ? Ces questions sont importantes, puisque, comme on l’a vu dans le cadre de cet article, la crise de la dette grecque peut être, en quelque sorte, à l’origine de la crise que traversent les GIIPS dans leur ensemble. Dans un certain sens, la Grèce est le « premier domino », et tant que son cas n’est pas résolu, une solution pour l’ensemble de la zone euro n’est pas possible.  Le prochain article traitera justement du cas de la Grèce et de la réaction des dirigeants européens à la crise grecque ! A dimanche prochain !

 

Pour aller plus loin

Pour ceux qui s’intéressent aux causes économiques et financières de la crise et veulent les explorer plus en détail, je les invite à voir cet excellent projet de recherche réalisé par un de mes amis :  Jérôme GLAUS, « La crise de la dette souveraine : le calme avant la tempête ? », Mai 2012 (lien : https://docs.google.com/open?id=0B8loyWUYVzLTMDFyd2FkdkFiSDA).

Enfin, afin de « préparer » le prochain article, le lecteur peut se référer aux liens suivants :

« Grèce, la Catastrophe qui arrive », Mai 2012, Charles Wyplosz, Telos-eu, http://www.telos-eu.com/fr/europe/grece-la-catastrophe-qui-arrive.html

« Debtocracy (La Gouvernance par la Dette) », avril 2011 par deux journalistes grecs : http://www.youtube.com/watch?v=3z8fsmFlOaE et sa « suite », Catastroïka, avril 2012, http://www.dailymotion.com/video/xqehlo_catastroika-multilingual_shortfilms#.UMEkC4N95-c Attention ! Ces films ont fait l’objet de nombreuses controverses. Prenez-les avec des « pincettes ».

A look at Greece’s financial crisis from the inside, Février 2012, documentaire de la BBC, http://www.bbc.co.uk/news/world-europe-17081933

Partie 3: La Grèce saignée par l’austérité


[1] Je ne détaille pas les origines et les causes de cette crise financière-là (celle-qui a vu, notamment, la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008). Le lecteur, pour une explication simple de cette crise, peut se référer à cet excellent document de Charles Wyplosz, Professeur d’Economie Internationale à l’IHEID : http://wyplosz.eu/fichier/La_crise_simplement.pdf

[2] La dette publique d’un pays, grossièrement, est l’argent qu’il a emprunté auprès du marché ; celle-ci est souvent exprimée en pourcentage de sa capacité à payer, le PIB. En effet, le PIB peut être compris comme le « revenu » d’un pays (la richesse qu’il génère) : dès lors, il fait sens de comparer sa dette publique avec sa « capacité à payer », ce que représente le PIB. Donc, lorsqu’on parle de la « dette au PIB » ou du « ratio de dette au PIB », on pense au montant de la dette publique en pourcentage du PIB (autrement dit, en pourcentage de sa capacité à payer).

[3] Fondation Robert Schuman, « Europe and the global financial crisis », Avril 2011

[4] GIIPS : Grèce, Irlande, Italie, Portugal, Spain (Espagne). Parfois abrégé péjorativement « PIIGS ».

[5] Eurostat, Euroindicators, 111/2012

[6] Taux d’intérêt sur des obligations gouvernementales (titres de dette publique) à 10 ans, Financial Times, Février 2012

[7]  En pratique, l’Etat, pour se financer, émet des titres de dette publique : grossièrement, un contrat que vous achetez pour un certain montant (qui revient à l’Etat) et qui, en retour, vous fournira des revenus plus tard sous forme d’intérêt, en plus du remboursement du prêt. Il existe une multitude de titres de dette, en fonction notamment de leur échéance (3 mois à 30 ans, voir à vie !) et de l’intérêt qu’ils rapportent, mais les énumérer n’est pas le but ici.

[8] Certains courants de pensée remettent en question une telle normalité, en critiquant la méthode de financement « par la dette ». Ce sujet sera adressé, en partie, dans le prochain article.

[9] Ceci est en partie mécanique. En effet, les titres de dettes publiques sont normalement considérés comme des titres de dette « neutres », ou sans risque. Avec la crise, de nombreux titres de dette publique ont perdus ce statut ; toutefois, les agences de notations ont laissé la note maximale aux titres de dettes allemands. Comme les titres de dette sans risque sont très importants pour les investisseurs (ceux qui ont fait de la finance, rappelez-vous l’analyse moyenne-variance et le principe de diversification), l’achat de titres de dette publique allemands augmente mécaniquement, ce qui fait baisser leur prix, l’intérêt, alors que l’achat de titres de dette publique « dégradés » (qui n’ont plus la notation sans-risque) diminue, ce qui augmente leur prix, l’intérêt.

[10] Pour ceux ayant eu la chance de suivre des cours de macroéconomie, rappelez-vous que le PIB se calcule en additionnant Consommation, Investissement, dépenses Gouvernementales, et eXportations nettes : PIB = C + I + G + X. L’austérité va faire diminuer G, qui diminue le PIB, ce qui rajoute de l’incertitude, etc. Cependant, ce résultat peut différer en fonction du modèle macroéconomique choisi (Néoclassique, néokeynésien, etc.). Pour une discussion approfondie, n’hésitez pas à laisser un commentaire !

[11] Un autre important canal de contagion passe par les banques : la mauvaise situation économique résultat de la crise de la dette et les « défauts » que la Grèce a faits sur sa dette affectent directement les banques d’autres pays (dont les GIIPS), ce qui contribue à étendre la crise. Ce mécanisme aura de l’importance plus tard lors qu’on discutera de la position allemande.

Commentaires

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Yann K.

Salut Nicolas, Merci encore une fois pour ce commentaire intéressant. Effectivement, nos points de vues s'échoppent sur plusieurs…

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Nicolas Wittwer

Bonjour Yann, Tu n'as, en effet, sans doute pas saisi ce que je voulais exprimer à propos de la…

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Yann K.

Cher Nicolas, Je te remercie pour l'intérêt que tu portes pour mon article. A vrai dire, je suis extrêmement…

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Yann K.

Salut Nicolas,
Merci encore une fois pour ce commentaire intéressant. Effectivement, nos points de vues s’échoppent sur plusieurs points, mais je comprend parfaitement le tien. A nouveau, je maintiens ma position sur plusieurs points, mais il y en a où je te rejoins volontiers.
*
En ce qui concerne la dette, tu as mal compris comment le ratio dettes / PIB est calculé. Il s’agit de la dette « totale/cumulée » contractée par les Etats (donc à 1, 3, 6, 30 ans) divisé par le PIB « total/cumulé » des Etats (le PIB cumulé depuis l’an 0, jusqu’à aujourd’hui), et non pas le PIB d’une seule année. Donc il ne fait aucun sens de diviser le montant de cette dette par 6, dans ton exemple. Pour te donner un exemple d’application, la France, en 2011, possédait un PIB (total) de 2100 milliards d’euros. La dette publique française, en euros, était de 1717 milliards billions euro, ce qui nous fais un ratio dettes/PIB de 82% (chiffres : Banque Mondiale).
*
Je vais d’abord te donner les points où je suis d’accord avec toi :
1) La Grèce aurait dû être sauvée par la BCE, et ce dès le début. Entièrement d’accord là-dessus, sauf peut-être qu’il aurait peut-être même suffit à la BCE de « garantir » la dette de la Grèce, sans forcément l’acheter, pour éviter cette crise (de ‘spéculation’, je dirais plutôt de panique). Ce point est fait dans l’article suivant (partie 3). A noter que la BCE a, dès septembre 2012, acheté de la dette espagnole par exemple, donc a fini par soutenir directement les Etats.
2)Il y a un manque d’inflation en Europe, du fait notamment du point-de-vue « excessivement » anti-inflation des allemands. Ce point est fait dans ma partie 4 (à paraître sous peu). L’économie réelle en souffre, surtout au vu de ce que font les autres Etats (USA, Japon, Chine), qui eux n’ont pas peur de plans de relance énormes.
*
Ensuite, nos points de vue diffèrent. Le mien ne peut être considéré comme neutre, étant donné que mon point de vue – celui de l’analyse économique – est en soi une prise de position. Mais j’estime que tes dires sont plus gouvernés par l’idéologie (type Front de Gauche/anticapitaliste) que par une véritable analyse du monde « tel qu’il est ».
1) « Oui, je pense que les états ne devraient pas emprun­ter sur les mar­chés finan­ciers, et oui, je pense que c’est à la banque cen­trale euro­péenne de prê­ter direc­te­ment aux états au taux auquel elle prête actuel­le­ment aux banques. »
En temps de crise, comme je l’ai dit auparavant, cela peut se justifier, et de facto nombreuses sont les banques centrales qui l’ont faites (FED, BNS, maintenant BCE).
Cependant, cette aide est uniquement due à l’ampleur de la crise, et destinée à être tout-à-fait exceptionnelle. C’est, je pense, la bonne solution, et tu es plus ou moins d’accord avec moi en disant que les Etats ne devrait pas pouvoir se financer à l’infini. Voici pourquoi :
Il y a effectivement un lien positif entre inflation et croissance économique (nommé la courbe de Phillips) à court terme, sous condition que le secteur privé – réel, pas financier – ne « réoptimise pas », c’est à dire qu’il ne prenne pas en compte, dans ses calculs, de l’inflation. En effet, si la BCE déclarerait ouvertement qu’elle finance les Etats, tout le monde saurait que l’inflation va augmenter, et tout le monde augmente donc ses prix (et salaires). Le résultat est simplement de l’inflation, sans aucuns effets sur l’économie réelle.
Ce constat se retrouve si on analyse empiriquement le lien entre inflation et croissance du PIB réel (par tête) à long terme : les pays avec, historiquement, une faible inflation (Suisse par exemple), ou du moins une certaine « stabilité » des prix, ont des taux de croissance plus élevés.
Ensuite, tu dis que l’inflation diminue les rentes capitalistes. Déjà, les rentes sont souvent indexées à l’inflation, ce qui diminue l’impact de l’inflation. Ensuite, en cas d’inflation « chronique » (e.g. le financement des Etats par la BCE), toutes ses rentes seront naturellement indexées à l’inflation.
Qui perdra ? Les plus pauvres, et les petits épargnants, comme dans les crises d’hyperinflation allemandes des années 20, ou l’Amérique latine des années 70-80. Les négociations salariales ne feraient plus sens, puisque les salaires augmenteraient naturellement – le lien avec leur valeur réelle serait plus difficile à trouver, ce qui est plus à même de bénéficier les employeurs que les travailleurs. De plus, pour en rajouter une couche, la première moitié des années 2000 ont été des années de « trop » d’inflation. Qui ce sont gavés ? Les marchés financiers… Ce qui aboutit à la crise financière de 2007-8.
En prenant un point de vue plus global, si tout le monde s’amuserait à faire tourner la planche à billet (ce qui commence à se faire peu à peu), on aurait simplement un cas classique de dévaluations compétitives, sans aucuns effets sur l’économie réelle, si ce n’est négatifs.
Bref, pour résumer, de l’inflation oui il en faut un peu, surtout en temps de crise. Je maintiens qu’un taux positif d’inflation – 1/2% – est positif sur le long terme, et la déflation a éviter à tout prix. Mais financer les Etats et/ou augmenter mécaniquement l’inflation ne résoud rien sur le long terme : ce qui compte, c’est justement l’économie réelle, qui par définition même de réelle, est indépendante de la valeur de la monnaie.
*
Après, si je comprends bien ton point de vue, tu n’es pas forcément pour un financement des dépenses étatiques par la planche à billet, et semble avoir compris le piège de l’inflation. Ce que tu dis plutôt, c’est que c’est l’Etat qui devrait gérer les investissements, et pas le secteur financier ou les patrons capitalistes.
Je ne suis pas d’accord. La France est un exemple parfait d’un Etat déjà obèse (un des plus gros du monde, en termes de % du PIB) et dont la structure bureaucratique est totalement inefficiente. Je pense personnellement que les marchés financiers et la structure capitaliste de la société, de par leur nature « compétitive » et la quête « maladive » du profit, nous pousse à travailler et produire toujours plus. La Chine en est un parfait exemple : son rythme de croissance s’est accéléré avec les réformes de Xiaoping, qui l’a fait convergée vers l’économie de marché. Le nombre de chinois sortis de la pauvreté est tout simplement énorme, et l’espérance de vie à fait un immense bond en avant durant cette période.
Prend sinon l’exemple de la Suisse. Plus capitaliste, tu meurs. Pourtant, le système publique suisse est extrêmement bien ficelé, et très compétitif. Les salaires du secteur public sont souvent plus élevés que dans le secteur privé ! Les infrastructures publiques suisses sont parmi les meilleures au monde. Bref, pour moi, dire que « le pro¬fit capi¬ta¬liste est un impôt infligé au tra-vailleur, c’est un impôt privé, qui ne ser¬vira aucu¬ne¬ment à finan¬cer les routes, les écoles, les retraites, la police, la santé, la défense, etc. » C’est complètement faux, car tu négliges le fait que le système capitaliste incite à produire toujours plus et donc à s’enrichir, ce qui se répercute forcément sur la bonne santé du secteur publique.
Je ne dis pas qu’on devrait tous laisser aux patrons, financiers et autres : le secteur public doit avoir certaines prérogatives. Certainement, le secteur financier a pris des proportions démesurées par rapport à l’utilité qu’il apporte, mais c’est un point qui reste très discuté. Pour ma part, je pense que l’économie capitaliste de marché, sous conditions qu’elle soit un minimum régulée, est à même de fournir la croissance économique la plus élevée. Après, on peut discuter du fait de savoir si la course toujours plus grande à la richesse nous rend plus heureux ou pas, et si elle est vraiment saine pour notre planète. Mais c’est un autre débat.

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Yann K.

Cher Nicolas,
Je te remercie pour l’intérêt que tu portes pour mon article. A vrai dire, je suis extrêmement heureux de voir ton analyse de ma démarche, car ta description reflète mieux ce que j’en pense que ce que j’aurai pu moi-même en dire! Je vais tâcher de m’addresser à tes remarques, et n’hésites surtout pas à rebondir dessus. Le débat y’a que ça!

1. Je crais ne pas être certain d’avoir compris celui-ci, corrige-moi si j’ai faux.
Effectivement, le ratio qui est « graphé » est la dette totale en pourcentage du PIB totale. Mais ce PIB évolue également dans le cadre de ce graphique, donc on tient déjà en compte le fait que le PIB bouge. Effectivement, en cas de très forte croissance à l’avenir, la dette totale diminue mécaniquement puisque le « démoninateur » augmente. C’est ce que je comprend quand tu dis « il fau­drait donc cal­cu­ler ce rap­port en fonc­tion de la tota­lité de la richesse pro­duite tout au long de ces années ». Ce calcul est déjà fait ici.

Maintenant, si tu veux dire qu’il ne faut pas être trop regardant sur la dette de maintenant sachant qu’elle sera remboursée par de la production plus tard, c’est un débat très fort en économie publique. Je te donne les deux points de vues :
1) D’un côté, s’endetter « fais sens ». Après tout, s’endetter signifie en quelque sorte espérer que la génération d’après paiera la facture. Puis cette génération peut aussi espérer que sa contemporaine paiera la facture, et emprunter plus. Et ainsi de suite. Comme l’horizon de l’humanité est (espérons) infini, cet « emprunt » à long terme est bénéfique car « créateur de richesse », un peu comme dans mon exemple avec l’invention du quartier et l’argent emprunter à la banque.

2) Mais il ne faut pas oublier que cela est hautement conditionnel à avoir de quoi rembourser les intérêts qui restent à payer. Cela signifie une production de richesse forte. Hors une dette « trop lourde » signifie aussi une production nette de richesse impossible à avoir, et fait qu’au final une bonne partie des finances publiques partent rembourser la dette. Cela a toute sa signification en temps de crise lorsque l’incertitude et donc les intérêts augmentent.

Je trouve surprenant que les mouvements d’extrêmes-gauches (qui semblent t’intéresser), qui critiquent tant les marchés financiers, veuillent à ce point se « lier les mains » à ces marchés en s’endettant toujours plus.
Et quand on sait que l’Etat français est un des Etats au monde qui « dépense » le plus en termes de PIB, je ne peux m’empêcher de penser que dans le cas de la France, « tailler dans le gras » des dépenses fais tout son sens et que les augmenter ne fait aucun sens…

2. Effectivement, je répondrerai à cette question en détail dans le prochain article, je ne dévoile donc rien pour l’instant 🙂
Pour ce qui est de Goldman Sachs, attention de ne pas confondre : oui, Goldman Sachs fais partie des marchés financiers, non, Goldman Sachs n’est pas LE marché financier. Ce que je veux dire par là, c’est que Goldman Sachs a très bien pu « maquiller » les comptes de la Grèce, sans que les marchés financiers ne s’en rendent compte, et c’est semble-t-il ce qu’il s’est passé. La panique qui s’en est suivi le dis mieux que quoique chose d’autres.

3. J’ai déjà répondu en partie à cette question dans ma réponse digressive du point 1.
A nouveau, je suis d’accord pour dire qu’il faut remettre en cause le « mécanisme » de la dette, pourquoi, pour qui, dans quel but. Malheureusement, tu poses les questions, mais ne donnent pas les réponses… Je t’ai donné mon point de vue sur la question, mais j’attends plus de détails sur le tien 🙂
Pour anticiper peut-être ta réponse, je trouve qu’il est important, dans cette société complexe qui est la notre, de « poser des questions ». Mais savoir y répondre est souvent bien plus complexe.
Prenons la question de « à qui et à quel taux ». Qui d’autres que les marchés pour financer la dette ? La banque centrale ? La théorie économique est quasi-unanime là-dessus : cela n’amène que des problèmes (financer la dette, pas la garantir, ce qui est très différent), en particulier l’inflation, qui pénalise les plus pauvres. Les citoyens d’aujourd’hui ? Ils le font déjà via leurs impôts. Les citoyens de demain ? Oui, en partie, mais on le fait déjà, il y a des limites. Les riches? Ils le font, mais via les marchés uniquement, et on ne peut pas, dans un monde globalisé, les forcer à payer autrement.
Bref, autres que les marchés, je ne vois pas, et la caractéristique particulière de ces marchés c’est qu’on ne peut les forcer à appliquer un taux. Les Etats doivent faire avec.

Bref, je t’invite cordialement à m’exposer plus en détail tes idées, avec lesquelles je ne suis pas nécessairement famillier, si tu désires mon avis dessus 🙂

Quant à ta formulation « L’euro des peuples », je ne peux que plussoier cette brillante idée ! Malheureusement, pour des questions de cohérence, je ne peux changer le nom en cours de route! En ce qui concerne l’Allemagne, ce sera effectivement pour le week-end d’après !

Encore merci pour ton commentaire constructif et détaillé ! Je me réjouis d’avance du prochain !
Yann

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Nicolas Wittwer

Bonjour Yann,
Tu n’as, en effet, sans doute pas saisi ce que je voulais exprimer à propos de la comparaison de la dette et du PIB.
1. Imaginons un titre de dette dont la durée est de 6 ans. Pour calculer son rapport au PIB, je trouverais plus sage et moins alarmiste de diviser cette dette par 6, puisque le PIB est celui d’une année. Et de même pour tous les titres de dette. Ainsi, le pourcentage de la dette diminuerait… Peut-être est-ce plus clair dit comme cela.
Je ne reviens pas sur tous les points que nous discutons. J’insisterai sur ce qui pourrait constituer notre principal désaccord.
Oui, je pense que les états ne devraient pas emprunter sur les marchés financiers, et oui, je pense que c’est à la banque centrale européenne de prêter directement aux états au taux auquel elle prête actuellement aux banques. Cela briserait immédiatement la spéculation, et j’ose affirmer que cette décision aurait dû être prise immédiatement pour la Grèce, en 2008.
De l’inflation? Pourquoi pas : le cours de l’euro aurait baissé, je ne crois pas que c’eût été un mal pour l’économie européenne. Mais, bien sûr, les conservateurs allemands et capitalistes en tous genres ne veulent pas : leur rente s’en trouverait amoindrie.
Je sais que la banque centrale européenne a injecté des dizaines de milliards d’euros pour renflouer les banques ; malheureusement, cet argent n’a pas circulé pour alimenter l’économie réelle. Or, cette argent, s’il avait été en possession des états, aurait pu être mieux utilisé…
Attention: je ne suis pas favorable à ce que les états empruntent à l’infini à 0 ou 1 pour cent, n’importe quand et pour n’importe quoi.
Pour ses dépenses de fonctionnements, l’état devrait les équilibrer avec ses revenus. Je vais être honnête jusqu’au bout: seuls les revenus doivent être imposés, voire le patrimoine de certains. Pour le reste, je suis fermement opposé à la TVA. En fait, je suis opposé au système qui prévaut aujourd’hui. C’est pourquoi, je crois, tu as parfois de la peine à me suivre dans mes raisonnements. Je ne raisonne pas selon les normes du capitalisme et du néo-libéralisme. Un pays seul, je le reconnais, ne pourrait sans doute pas opérer la transition que je propose. Mais nous parlons de l’Europe: la première puissance économique du monde. Je crois que des solutions sont possibles en révolutionnant globalement le système économique, et non pas en tentant de trouver des solutions dans le cadre actuel. Arrêtons de penser que l’argent n’est pas disponible: la plupart des pays de la zone euro n’ont jamais été aussi riche de leur histoire. Il s’agit de le redistribuer autrement, et d’opérer un transfert de l’économie financière à l’économie réelle. Seul l’état peut le faire, à condition d’être indépendant des banques privées. Des gens partirons? Qu’ils partent. Bien que ce soit un défi actuellement, je suis persuadé que nous pouvons faire sans eux, et mieux sans eux (on garde leur argent et leurs biens, de toute façon, s’ils partent; on garde surtout les outils de production: je vois mal un financier partir avec une usine dans les valises…).
Le principal impôt, le principal intérêt que paie un travailleur dans le secteur privé, ce n’est pas celui qu’il paie à l’état: c’est celui qu’il paie à son patron, à son entreprise et ses actionnaires ; le profit capitaliste est un impôt infligé au travailleur, c’est un impôt privé, qui ne servira aucunement à financer les routes, les écoles, les retraites, la police, la santé, la défense, etc. Il ne sert qu’à être accumuler par le capitaliste. Certes, on peut me dire: celui-ci n’étant jamais gavé, il va le réinvestir, et du coup alimenter l’économie. Malheureusement, et surtout en tant de crise, cela n’est pas le cas. Le capitaliste privilégiera les placements financiers, ou l’évasion fiscale. D’ailleurs, je trouve bien naïf de compter sur la bonne volonté de ces soi-disant bienfaiteurs de l’économie qui, à entendre certains, poursuivraient le but de faire vivre convenablement les peuples européens en les faisant travailler pour accroître leurs richesses. Enfin voilà, je ne crois pas que l’argent tombe du ciel (bien qu’il serait sage de battre monnaie à la banque centrale pour l’investir dans l’économie réelle, créer un peu d’inflation maîtrisée), je crois qu’il faut le prendre là où il est pour le redistribuer là où il n’est pas. Concrètement: augmenter les salaires (politique de relance…), augmenter les prélèvement sur les plus riches (s’ils ne veulent pas, tant pis pour eux, on prendra quand même: loin d’être un chantre de la sacro-sainte propriété privée, je suis au contraire pour radicalement la remettre en question, sans pour autant l’abolir totalement…) Oui, je pense que l’on peut forcer les riches à payer. Il faut le faire. Et puis il faut lutter contre la fraude: voilà ce qui aurait du être exigé en Grèce, avant de dilapider ses biens et de prendre à la gorge son peuple.
Bon, j’arrête toutes ces phrases en l’air et décousues. Mais je le redis: l’argent est là, il manque un peu de réflexion, voire d’imagination, et surtout de volonté politique. Au risque de décevoir les illuminés, le capitalisme n’est ni une fatalité, ni un bien, ni invincible, ni infini… Vous verrez, si on l’abolit : ça ira mieux pour vous. Vous ne verrez pas: vous l’aurez toujours dans l’os…

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Yann K.

Cher Antonin,
Je te remercie pour l’intérêt que tu portes à la série. Je suis content que l’effet de suspens tienne, et j’espère pouvoir continuer à te surprendre avec les prochains articles 🙂

Je n’ai pas fait de bibliographie précise sur le cas de l’Espagne. Toutefois, je te suggère de commencer par bien comprendre la crise financière de 2007, car le cas de l’Espagne est extrêmement représentatif de cette crise. Jette un oeil au document suivant :
http://wyplosz.eu/fichier/La_crise_simplement.pdf

Ensuite, si ton anglais le permet, je te propose d’aller voir cette excellent article sur Vox (un think-thank d’économistes) qui va justement faire le trait entre la crise financière et la crise que traverse l’Espagne, et d’intéressantes sur conclusions sur la manière dont on devrait gérer l’euro.
http://www.voxeu.org/article/five-lessons-spanish-cajas-debacle-new-euro-wide-supervisor

Pour ce qui est des mouvements sociaux, je te suggère cet article de Telos, autre think-thank (français cette fois-ci) d’origine académique.
http://www.telos-eu.com/fr/societe/social-et-societal/qui-sont-les-indignes-de-la-puerta-del-sol.html

Pour une analyse plus poussée des mouvements sociaux qui ont touchés le monde et l’Europe en particulier, je te propose cet article paru ici même :
http://www.jetdencre.ch/?p=453

Bonne lecture ! N’hésites pas à en discuter ici plus tard, ou a me demander de nouvelles références !

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Nicolas W.

Bonjour Yann.

C’est une contribution essentielle, je pense, que tu proposes au projet « jet d’encre ». C’est un défi : comment concilier didactique et technique, comment parvenir à synthétiser lorsque nombre de problèmes et de questions posés en amènent de multiples et exigent d’être menés jusqu’au bout du raisonnement qu’ils contiennent et impliquent? Autrement dit : comment décrire ces événements sans (souvent à notre insu…) faire certains partis pris idéologiques ou théoriques, et comment lutter contre l’inexactitude à cause de l’incomplétude?

Je tiens à féliciter tes intentions en la matière et, de manière globale, ta contribution (je te suis particulièrement reconnaissant pour ton explication à propos du « piège de l’austérité »…).
En revanche, j’aurais quelques remarques, ou questions, à t’adresser.

1. Peut-être es-tu parti du principe que la comparaison de la dette et du PIB est tout à fait claire pour tous.
Or, tu oublies selon moi de préciser que c’est bien le total de la dette d’un pays qui est rapportée à son PIB (je me trompe?). Au quel cas, le graphique est évidemment beaucoup plus alarmiste que la réalité, puisque la dette et son remboursement est traitée sur plusieurs années (il faudrait donc calculer ce rapport en fonction de la totalité de la richesse produite tout au long de ces années ; malheureusement, il est impossible de le savoir, quoiqu’on puisse tout de même l’estimer…). Tu m’as compris : j’aurais aimé que tu le précises ; ou alors, corrige-moi si je dis une connerie…

2. Lorsque tu dis que la dette publique de la Grèce a été « cachée » aux marchés : tu as bien fait de mettre les guillemets : par qui? Peut-être cela sera-t-il traité dans ton article consacré à la Grèce, je te laisserai donc le soin de développer cette question, car, en l’occurrence, c’était du temps de la droite libérale au pouvoir alors en Grèce, et c’était entre autres le fait d’un banquier de « Goldman Sachs », encore une fois, corrige-moi si je me trompe… Or on ne peut pas dire, je crois, que la banque « Goldman Sachs » n’ait rien à voir avec ce que l’on appelle les marchés financiers…

3. D’autres guillemets suscitent un approfondissement: « réputation », « perçue » (à propos de l’Allemagne). Bravo d’avoir pris cette distance! Il y a là la clé, à mon sens, de tout le problème, et je sais pourquoi tu ne l’abordes pas : parce qu’il s’agit d’un élargissement de la question au niveau politique et surtout idéologique. Et personnellement j’estime qu’il s’agit de la vraie question… En effet, doit-on considérer que l’endettement est trop élevé, et qu’il s’agirait uniquement d’en abaisser la charge? Ou faut-il se demander s’il faut repenser le mécanisme de la dette, à savoir les modalités d’emprunts (à qui et à quel taux), le fonctionnement de son financement (qui doit payer), ses finalités (pour financer quoi?)… Tu l’auras compris, c’est sur ces différents points et bien d’autres que je suis absolument hostile au choix qui prévalent aujourd’hui en Europe.

Enfin, je te suggère, si tes convictions personnelles t’y autorisent, d’inverser de façon ludique les termes de la proposition: « les peuples de l’euro ». Inversion qui certes ne reflèterait aucunement une réalité, mais un objectif idéal : « l’euro des peuples » ; cela renverserait les dogmes et les appropriations actuels : l’euro des libéraux, l’euro des rentiers capitalistes, l’euro des conservateurs, l’euro des conservateurs allemands, l’euro de Madame Merkel… Je pense que tu aborderas la question de la surévaluation de l’euro lorsque tu parleras de l’Allemagne de Merkel, et de ses raisons pour le maintenir à un taux élevé (protéger la rente capitaliste…).
Mon commentaire est trop long, ou trop court. Je m’en excuse, tout en maintenant ma conviction : la crise actuelle n’est pas qu’une contingence historique, c’est un effet de système, économique, politique, idéologique, voire même moral et philosophique.
Amicalement,
Nicolas W.

En complément, pour celles et ceux qui seraient intéressés :

http://www.youtube.com/watch?v=_liYk4MZSkA

Le titre du débat ne semble pas en lien avec ce dont il est question ici ; mais le contenu de ce débat me paraît très enrichissant pour comprendre l’actualité, même si et parce que ce débat date de septembre 2009.

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Antonin

Salut,
Tout d’abord bravo pour ces deux premiers articles, tu arrives bien à nous tenir en haleine pour la suite!

Je me demandais si tu as des références intéressantes en français voire en anglais concernant le cas espagnol (causes, origine, propositions de solution, politique éco et sociale…)
merci!

antonin

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