Coups de coeur Le 1 avril 2013

Francesco Totti, le Huitième Roi de Rome

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Francesco Totti, le Huitième Roi de Rome

Le 18 mars 1993, un jeune fantaisiste du ballon rond débutait en Serie A à l’âge précoce de 17 ans. L’éternel Francesco Totti a fêté il y a quelques jours ses 20 ans de carrière, tous passés sous les couleurs d’une seule et même équipe : l’AS Roma. Aujourd’hui âgé de 36 ans, Il Bimbo de oro continue de régaler les amateurs de football par sa classe et sa technique hors du commun, weekend après weekend.

Son premier but en tant que professionnel tombe en septembre 1994, lors d’un match dans son jardin de l’Olimpico de Rome contre l’équipe de Foggia. Sa demi-volée puissante du pied gauche constitue le premier gol d’une longue série ; en effet, Totti vient de dépasser Nordahl à la deuxième place des meilleurs buteurs de tous les temps du championnat italien en inscrivant son 226e but ! Dans son répertoire, on trouve de tout. Pied droit, pied gauche, tête, coup-franc, pénalty, talonnade, reprise de volée et certaines perles qui resteront pour toujours dans les annales footballistiques (voir plus bas).

L’Italie a fourni d’innombrables « fuoriclasse », ces numéros 10 au talent inné et à la classe incommensurable ; Roberto Mancini, Roberto Baggio et le génial Alessandro Del Piero en sont les plus grands représentants. Francesco Totti est digne de cette catégorie tant il a ébloui les (télé)spectateurs par sa créativité, son imagination, sa technique et sa vision de jeu, sa frappe surpuissante ainsi que ses coups-francs imparables. Totti dessine du football, chacun de ses gestes techniques est une œuvre d’art, quoi de plus normal au fond pour un Romain ?

Romain et romaniste (tifoso de la Roma), il devient tout de suite le chouchou de la Curva Sud. Plus encore, Totti incarne LA légende du club giallorosso ; la Roma c’est Totti, Totti est la Roma. On dit même que dans la ville éternelle, Totti est plus connu que le Pape ! Plus les saisons passent, plus Er Pupo prend une dimension jamais atteinte pour un footballeur. Totti est la figure de l’homme-joueur-club-ville. Nulle part ailleurs une telle connexion entre un sportif, une ville et une équipe s’est avérée si forte. En octobre 1998 déjà, Totti porte pour la première fois le brassard de capitaine de l’AS Roma à l’âge de…22 ans ! Brassard orné d’un gladiateur, symbole de « sa » ville, qu’il ne lâche jamais, pas même les rares fois où il est remplacé… Mais c’est au terme de la saison 2000-2001 que Francesco Totti est définitivement consacré « Huitième Roi de Rome ». L’AS Roma remporte le Scudetto pour la troisième fois de son histoire et Totti se révèle décisif tout au long de l’année, inscrivant 13 buts, pour la plus grande joie de la partie romanista de la capitale italienne.

À ce moment, d’innombrables offres arrivent sur le bureau du légendaire président de la Roma, Franco Sensi. Les plus grands clubs du monde, le Real de Madrid et l’AC Milan notamment, promettent une carrière riche en trophées au numéro 10 tandis que d’autres lui proposent des contrats mirobolants comme les 14 millions de dollars annuels offerts par les Los Angeles Galaxy ou encore les 120 millions d’euros proposés par Abramovich en 2003 pour le faire venir à Chelsea1. Mais rien n’y fait. Er Pupo est catégorique : « Sono cresciuto nella Roma e morirò nella Roma » (J’ai grandi avec la Roma, je mourrai avec la Roma). En Italie, on appelle Bandiera (littéralement « drapeau ») ces footballeurs restés de longues années fidèles à un club dont ils sont devenus l’emblème (Del Piero avec la Juventus ou Paolo Maldini avec l’AC Milan par exemple). Ceci rompt avec l’image actuelle d’un sport régi par des valeurs matérielles et financières, dans lequel des concepts comme attachement au maillot ou amour pour les supporters deviennent de plus en plus rares.

Bref, Francesco Totti a décidé de devenir un monument de plus de la ville de Rome. Là-bas, il est considéré comme un dieu vivant. Un dieu qui aime la pizza margherita et la nutella…comme un humain « ordinaire ». Mais cet homme-là n’est pas ordinaire, son talent ébloui le monde entier. Il rassemble les amateurs du ballon rond de toutes confessions. Le voir jouer est un plaisir pour les yeux, une ode à la Beauté. Totti ne joue pas réellement au football, il écrit de la poésie avec ses pieds. On attend « una giocata » de sa part comme l’éclosion d’une fleur au printemps, comme le baiser d’une femme qu’on aime, comme un plongeon dans la mer après une journée de canicule. Totti a 36 ans, prions ensemble pour qu’il ne raccroche pas les crampons de sitôt. Ce serait préjudiciable pour le football, une perte pour l’humanité.

Francesco Totti, huitième Roi de Rome : Merci.

 

Les cinq plus beaux buts de Francesco Totti

1)    Italie – Pays-Bas 0-0, 3-1 après tirs au but, Euro 2000

Nous sommes à l’Euro 2000, l’Italie est en demi-finale contre le pays organisateur, les Pays-Bas. La Squadra souffre pendant 120 minutes, les Hollandais manquant même deux pénaltys par Frank De Boer et Patrick Kluivert et le score au bout de la prolongation est de 0-0. Le match va donc se terminer par une séance de tirs au but. Après les erreurs de Frank de Boer (encore lui !) et Jaap Stam ainsi que les réalisations de Luigi Di Biagio et Gianluca Pessotto, le score est de 2-0 pour l’Italie quand arrive le tour de Francesco Totti. Celui-ci susurre à ses coéquipers au centre du terrain la phrase en dialecte romain devenue célèbre : Mo je faccio er cucchiaio ! (Maintenant je lui fais une panenka). Le ballon semble rester suspendu des heures en l’air avant de retomber dans les filets défendus par Van der Sar pour la plus grande joie des Italiens et la consternation totale des Bataves.

#culot

2)    Lazio – Roma 1-5, 10 mars 2002

Un des derby plus chauds de la planète, la stracittadina di Roma, une rivalité légendaire entre la Lazio et la Roma, un affrontement jamais banal, une histoire incomparable, une ambiance électrique. Cependant, ce jour de mars restera plus particulièrement gravé dans les mémoires des tifosi romanistes puisque leur équipe écrase littéralement leurs rivaux laziali. De plus, le 5e but parachève l’œuvre de l’équipe alors entraînée par Fabio Cappello ; en effet, le goal inscrit par Francesco Totti couronne une humiliation historique. Après une récupération dans leur camp, les joueurs de l’AS Roma se projettent vers l’avant, Candela transmet le cuir à Vincenzo Montella qui décale Totti. Er Pupone contrôle le ballon, effectue trois touches de balle en direction du but puis, arrivé à 25 mètres, lève la tête et laisse partir un lob magistral qui fait presque écrouler l’Olimpico. Carlo Zampa, commentateur romaniste s’écriera alors : GOOOOOOOOOOL ! hahahahaha ! GOOOOOOOOL ! Mamma mia ! È il 5-1 ! Mamma mia ! Divento gay ! No, stavolta lo dico, divento gay ! Mamma mia ! Ditemi che è vero ! Cinque a uno !

#Derby-Cucchiaio

3)    Inter – Roma 2-3, 26 octobre 2005

On joue la 30e minute de ce match, la Roma mène déjà 1-0 et l’Inter tente d’égaliser. Totti récupère un ballon dans son camp et, à partir de ce moment, plus rien ni personne ne pourra l’arrêter. Contrôle orienté en direction du but des Milanais, crochet sec sur Cambiasso qui tentait de le tacler, nouveau crochet sur Ze Maria, lui aussi taclant en vain, encore 40 mètres à parcourir, légèrement excentré sur le flanc gauche, Totti fixe Materazzi et repique au centre, arrivé à une vingtaine de mètres des cages de Julio Cesar, le geste que personne n’attend ; un cucchiaio (balle piquée) dessinant une parabole au-dessus du gardien nerazzurro qui reste pantois, comme les 80’000 spectateurs de San Siro, devant tant de classe et de perfection.

#épique

4)    Italie – Australie 1-0, Coupe du Monde 2006

Trois mois avant le Mondial en Allemagne, Totti se blesse gravement au péroné. Personne ne croît en ses chances de disputer la CM sauf lui et Marcello Lippi, le sélectionneur de la Squadra Azzurra. Tous les Italiens lui en seront éternellement reconnaissants puisque Totti se révèle décisif à chaque fois qu’il sera sur le terrain. Notamment en huitième de finale contre l’Australie. On joue les arrêts de jeu, l’Italie joue à dix suite à l’expulsion de Materazzi, quand Grosso s’échappe sur le flanc gauche, rentre dans la surface de réparation et obtient un pénalty que certains jugent « peu évident ». Qu’à cela ne tienne, Totti se présente aux neuf mètres, il a le pouvoir de propulser son pays en quart de finale. À ce moment, le réalisateur zoome sur le regard concentré du numéro 10, ses yeux bleus fixant le but avec un seul objectif : marquer. Aucun Italien n’oubliera la narration de ce pénalty par le commentateur Fabio Caressa.

Totti contro Schwarzer.

Long, très long silence.

Francescooooooooooooooooooooooooooooooooooooo,

TOTTI ! TOTTI ! TOTTI ! TOTTI ! TOTTI ! TOTTI ! TOTTI ! TOTTI ! TOTTI ! TOTTI !

Unazero.

#décisif

5)    Sampdoria – Roma 1-4, 26 novembre 2006

82e minute, Francesco Totti a déjà inscrit son nom sur le tableau des buteurs de ce match lorsqu’un corner s’apprête à être tiré par les joueurs de l’AS Roma. Après un premier renvoi de la défense de la Doria, la balle est à nouveau récupérée par le numéro 10 des giallorossi qui transmet à Daniele De Rossi. Puis la balle arrive sur Cassetti, le latéral droit voit Totti libre sur la gauche et lui adresse un centre un poil long, mais c’est sans compter sur le génie du fuoriclasse de la Roma. Celui-ci décoche directement une reprise de volée, du pied gauche, alors qu’il se trouve complètement excentré à l’orée des 16 mètres adverses, qui finit sa course dans le petit filet opposé malgré le plongeon désespéré du gardien de la Samp’ ! Tout le stade Luigi Ferraris de Gênes se lève alors d’un seul coup et accorde une standing ovation au capitaine de la Roma.

#Génie


[1] http://www.sofoot.com/30-choses-quon-ne-sait-pas-sur-francesco-totti-154878.html

Commentaires

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Camarades et adversaires : Proxifoot, le site du football genevois

[…] (USC) : Oui, exact. J’ai écrit un article sur Totti qui était un coup de coeur, un hommage pour un…

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Camarades et adversaires : Proxifoot, le site du football genevois

[…] (USC) : Oui, exact. J’ai écrit un article sur Totti qui était un coup de coeur, un hommage pour un joueur que j’apprécie beaucoup, […]

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