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Jet d'ancre sur Le 29 mai 2013

Yann Koby

Par Yann Koby

Masters : transformer ses choix en admissions

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Masters : transformer ses choix en admissions

© marshall.edu

Cet article (version PDF ici) s’adresse, notamment, aux étudiants cherchant à appréhender le sujet complexe des candidatures aux études universitaires, en particulier dans un pays étranger. Il fait suite à un autre article, dédié quant à lui au choix même des études. 

 

Chaque semaine ou presque, je revisitais le site web de la London School of Economics et des autres écoles où je rêvais d’étudier pour mon Master. Quelques mois plus tard, j’avais finalement réussi mon pari : celui d’être accepté à la London School of Economics, qui plus est dans un Master centré exclusivement sur l’économie théorique et les mathématiques statistiques, alors même que j’étais issu d’un cursus généraliste en sciences sociales. Transformer mes souhaits en réalité fut un processus long et difficile ; toutefois, je suis persuadé que c’est à la portée de qui le veut, et cet article est là pour le démontrer.

Préparer son dossier d’admission n’est jamais chose aisée : comment se présenter de façon à maximiser ses chances de succès ? Comment structurer son dossier de manière à cacher au mieux les imperfections tout en faisant ressortir les points forts ? Quels sont les « petits trucs » qui peuvent drastiquement changer un destin académique ? C’est à ces questions que le présent article se propose de répondre, en passant en revue les éléments importants qui constituent un dossier de candidature. Étant donné que votre temps pour préparer ce dernier est probablement limité, il sera bon de savoir sur quels aspects il vaut la peine d’investir de l’énergie.

Avant de présenter la liste de ces points fondamentaux à prendre en compte, il faut faire une distinction qui prendra tout son sens par la suite. Il est en effet important de séparer les facteurs limitant des facteurs décisifs. Les premiers sont ceux qui, s’ils ne sont pas respectés, restreindront énormément vos chances d’admission ; cependant, une fois remplis, ils ne seront pas en mesure de faire la différence pour autant. Une liste (non-exhaustive) de ces facteurs pourrait être :

• Un certain background dans la branche/la formation visée,
• Une certaine moyenne générale lors de vos dernières études,
• Une certaine note minimale à un ou plusieurs tests standardisés.
• Un nombre minimum de lettres de recommandation venant de professeurs/d’employeurs.

Attention : les notes visées ici sont subjectives ; il ne s’agit pas de minimums absolus (par exemple, la LSE donne ses conditions par pays, ici), mais bien des résultats qu’ont, en moyenne, les admis du programme en question. Certaines écoles mettent en place des limites basses pour ne pas décourager les candidats, tout en éliminant quasi systématiquement lorsque certaines notes sont jugées insuffisantes. Il faut donc bien comprendre ici tous les attributs que l’école attend typiquement de vous, sans que cela ne vous distingue du reste de la cohorte potentielle. Le premier objectif, avant une quelconque candidature, consiste à s’assurer que cet ensemble de facteurs soit remplis ; si ce n’est pas le cas, le reste de votre dossier devra vraiment être rendu flamboyant pour garder vos chances.

Puis viennent les facteurs dits décisifs, ceux qui feront in fine la différence avec les autres dossiers. Ce sont certainement les plus durs et les plus « coûteux » en temps à obtenir, mais ce sont eux qui, au final, vous permettront d’être admis. Il faut, une fois encore, les dissocier en deux classes. Premièrement, il y a les facteurs décisifs dits « objectifs », car pour le comité d’admission, ces informations sont vérifiables et ont donc une certaine valeur intrinsèque. Y sont inclus notamment :

• Des notes exceptionnelles (dans les études et/ou aux tests standardisés),
• La réputation de votre précédente école/votre précédent lieu de travail,
• De solides lettres de recommandation, venant de personnes reconnues par leurs pairs,
• Des acquis pertinents (p.ex., un article publié dans une revue scientifique, une start-up/un business plan qui a fonctionné, etc.).

Parce qu’elles sont considérées par les comités comme non seulement objectives mais également neutres (au sens où la qualité de votre écriture/de votre présentation ne joue pas), ces informations sont d’une importance capitale. Pourtant, alors que leur rôle est fondamental, il est relativement facile de les influencer – notamment en ce qui concerne vos lettres de recommandation, dont la valeur est souvent négligée (à tort). Enfin, viennent les facteurs décisifs subjectifs, plus classiques :

• La lettre de motivation,
• Une ou plusieurs dissertation(s),
• Le CV, ou plutôt, le parcours de vie général.

Cela peut surprendre, mais leur rôle est moins important que dans le cas d’une candidature pour un job classique, du fait de l’abondance des autres informations à disposition du comité. La lettre de motivation servira notamment à corriger ou expliquer les éventuelles lacunes de votre dossier, tout en offrant un plaidoyer pour votre choix d’études ; son impact direct dépendra de l’école, voire même de la branche visée1. Maintenant que le cadre est posé, allons jeter un œil de plus près à la constitution des différents éléments du dossier qui sont encore modulables – et comment les mettre au mieux en valeur.

© Gérard Mathieu

© Gérard Mathieu

Les notes

Parlons tout d’abord des notes. Pour ceux encore en études, pensez à chercher l’ordre d’idée des résultats à obtenir pour votre école favorite, afin d’ajuster le tir à temps si nécessaire. En particulier, il faudra que votre moyenne générale atteigne un certain palier : à vous de vous renseigner (écoles, professeurs) à propos des notes qu’il vous faut conquérir. En Suisse, les moyennes au-dessus de 5.0 sont déjà considérées comme très bonnes, et un 5.5 est à prendre comme une note exceptionnelle. C’est un point qu’il faut préciser dans votre dossier, car les notes suisses « paraissent » souvent basses en comparaison internationale. Mais plus que le montant absolu du résultat, c’est sa valeur relative qui est évidemment importante : comment vous classez-vous par rapport aux autres élèves de votre programme? Si ce genre d’information est particulièrement à votre avantage, n’hésitez pas à demander à votre université un papier officiel le certifiant ; si ce n’est pas possible, pensez à demander à vos professeurs de l’écrire dans leurs lettres !

Autre précision importante, les notes obtenues dans les sujets liés au cursus choisi jouent un rôle proéminent en comparaison avec les autres résultats, y compris la moyenne générale. N’hésitez pas, là-aussi, à le préciser dans votre lettre/CV/résumé de notes. C’était un point particulièrement important dans mon cas, n’ayant pas eu d’excellents résultats dans la majorité de mes cours, à la différence des cours spé­ci­fi­que­ment liés à mon domaine d’études choisi. J’ai ainsi personnellement décidé de faire mon propre résumé de notes, en plus des relevés officiels.

Cependant, pour beaucoup d’entre vous, il sera peut-être déjà trop tard pour influencer vos notes de manière déterminante ; soignez donc leur présentation, et pensez à compter le temps que peuvent prendre les procédures administratives permettant l’obtention de relevés officiels (traductions, envois par courrier recommandé dans une lettre scellée, etc.). Passons maintenant à un point autrement plus angoissant : les tests standardisés.

Les tests standardisés : TOEFL, GRE, GMAT & cie

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© Bill Watterson

© Bill Watterson

Le test standardisé le plus « classique » est évidemment celui de langue ; l’anglais étant la langue d’enseignement de la grande majorité des cursus postgraduates2 en sciences sociales, et le TOEFL étant accepté dans quasi tous ces programmes, c’est sur celui-ci que nous allons nous pencher ici3. Tout d’abord, précisons que la majorité des programmes anglophones demandent une note minimale, mais qu’à moins de suivre un cursus très attaché à la maîtrise de la langue (littérature, droit), atteindre cette note (autour de 90-100 sur 120) ne devrait pas représenter un problème. Si cela devait être le cas pour des raisons de temps, iil sem­ble­rait que les excep­tions accordées soient nom­breuses (si le reste de votre dos­sier le jus­ti­fie4). Inutile aussi de perdre son temps en cherchant à atteindre une note exceptionnelle : d’autres facteurs (lettres de recommandation, de motivation, etc.) sont bien plus décisifs. Contentez-vous d’atteindre le résultat minimum exigé, mais prenez en compte l’argent (environ 250$) ainsi que le temps nécessaire pour :

Préparer l’examen (3J à 3M). Si votre niveau d’anglais est excellent, et que les QCM sont une habitude pour vous, 3-4 jours de préparation en utilisant le guide officiel (probablement disponible dans votre bibliothèque universitaire !) devraient amplement suffire, surtout si vous devez passer (ou avez déjà passé) un autre test standardisé en anglais précédemment. Si votre English demande encore amélioration, le mieux est de prendre quelques heures pour estimer le chemin à parcourir. Voyez notamment les exemples de questions et le Quick Starter. Selon l’écart par rapport au niveau attendu, pensez à y consacrer entre deux semaines et trois mois ; ETS fournit notamment un « programme » de préparation en huit semaines, et le forum URCH regorge d’informations à qui sait les chercher. Si votre anglais est vraiment rudimentaire, un séjour linguistique peut s’avérer optimal, surtout que des programmes spécifiquement axés sur le TOEFL existent.

• S’inscrire et passer l’examen (1J à 1M) : allez sur le site d’ETS pour trouver le centre le plus proche et inscrivez-vous vite : les places peuvent partir rapidement.

Recevoir les résultats (14J environ) : deux semaines par e-mail, plus par courrier.

Envoyer les résultats aux écoles (1J jusqu’à 2M !). Le mode d’envoi est soit électronique (quasi-instantané), soit postal (via ETS). Donc attention, suivant l’école et le pays de destination, le courrier peut mettre énormément de temps à arriver, voire ne jamais arriver. N’hésitez surtout pas à appeler ETS si les choses traînent ; une de mes candidatures au Canada (Toronto) n’a pas été prise en compte car le résultat officiel du TOEFL n’est jamais arrivé, 8 semaines après que j’aie passé l’examen ! S’il y a urgence, demandez explicitement à ETS l’envoi express, quitte à payer les frais vous-mêmes.

Une fois la question de l’anglais réglée, il est possible que certaines écoles vous demandent de passer un test standardisé spécifique. Parmi ceux existants, les plus souvent cités sont le GRE (surtout en sciences sociales) et le GMAT (plus axé Business). Ayant personnellement dû préparer le premier, c’est sur celui-ci que je vais me pencher, mais sachez que les deux ne sont pas fondamentalement différents, surtout en ce qui concerne la partie mathématique ; pour des renseignements détaillés sur le GMAT, y compris des plans d’études, je vous renvoie au forum URCH.

Le GRE est un examen d’environ quatre heures qui se décline en trois parties. La première, l’Analytical Writing consiste en deux dissertations de 30 minutes chacune. Puis, s’alternent aléatoirement deux sections de Verbal (structure de phrase, vocabulaire avancé) et deux sections de Quantitative (Maths), toutes de 30 à 40 minutes chacune ; la particularité réside dans le fait que le test s’adapte, c’est-à-dire que si vous excellez dans la première partie du Quant par exemple, la deuxième partie sera bien plus difficile.

Suivant l’école visée, certaines notes minimales peuvent être explicitement demandées ; sachez cependant qu’encore une fois, ces exigences sont relativement flexibles (pensez à envoyer un email pour vous renseigner, au cas où5). De plus, les notes attendues diffèrent selon les programmes voulus : ceux axés sur l’économie, par exemple, demanderont probablement un Quant très élevé, sans forcément faire attention à la partie écrite et verbale6. À vous de chercher les informations (pour les économistes, un Quant au-delà de 160 sur 170 est un minimum, 165 et plus étant recommandé pour les meilleurs programmes).

En ce qui concerne la préparation, tout va dépendre, encore une fois, des résultats visés et de votre niveau actuel. Pour les économistes et autres qui nécessitent une bonne note au Quant, j’ai écrit un post détaillé sur le forum URCH pour une préparation intense en un mois avec focus sur le Quant. Pour les autres, la meilleure option consiste d’abord à aller faire un des deux tests en ligne gratuits, ce qui vous donnera un ordre d’idée du chemin à parcourir. Je vous conseille ensuite fortement d’aller faire un tour sur Magoosh : ils ont des programmes d’études allant d’1 semaine à 6 mois, avec différentes « options » possibles en fonction de vos besoins : extrêmement efficace ! De même, ils ont une FAQ qui répondra à toutes vos questions principales, des stratégies pour bien vous préparer le jour de l’examen, ainsi qu’une revue de tous les livres de préparation existants!

J’ai à titre personnel choisi d’utiliser leurs deux recommandations principales, c’est-à-dire le livre officiel d’ETS (des centaines d’exercices et 4 examens complets), et la série Manhattan GRE (un bon millier d’exercices et 6 examens complets). Cette dernière est chère, mais particulièrement recommandée pour sa partie mathématique, détaillée à l’extrême. Pour ceux qui en ont les moyens, Magoosh eux-mêmes proposent des plans d’études personnalisés ainsi que des cours complets, avec un certain succès à la clé semble-t-il. Si vous hésitez à investir (dans des livres ou Magoosh), n’oubliez pas de prendre en compte le fait que non seulement ce que vous apprendrez dans ces livres vous sera utile pour le restant de votre vie (si si !), mais qu’en plus les frais de repassage en cas d’échec peuvent largement excéder les coûts d’achat. À noter qu’une fois de plus, le forum URCH regorge d’informations sur le GRE, et possède également une section GMAT ; n’hésitez pas à poser vos propres questions sur le forum, soyez assurés qu’elles trouveront réponse ! Dernier bonus, ce blog recense des vingtaines d’exemples de dissertations issues du GRE.

Finalement, n’oubliez pas de compter, en plus du temps de préparation, le temps d’inscription, de passage, d’attente des résultats, puis d’envoi de ces derniers : le tout peut prendre beaucoup de temps (référez-vous à la partie sur le TOEFL). Comptez minimum deux mois pour être large, ainsi que 185$ !

Les lettres de recommandation

© wyplosz.eu

© wyplosz.eu

Les lettres de recommandation écrites par vos professeurs ou employeurs relèvent d’une importance capitale lors du processus de décision, particulièrement si certains éléments immuables de votre dossier (vos notes par exemple) risquent de ne pas être à la hauteur. Une lettre peut sauver votre candidature! Elles sont pourtant sous-estimées. En effet, à compétences égales, ce sont souvent les lettres qui viendront faire la différence, et c’est particulièrement le cas lorsque la compétition est rude et que tout le monde possède des « dossiers-bétons ». Or, par essence, ces lettres ne sont pas des « chiffres » tous ronds (comme le sont vos relevés de notes ou de tests), mais sont écrites sur mesure, ce qui signifie que leur contenu qualitatif peut varier grandement. De plus, une mauvaise lettre détruira assurément vos chances d’admission. Ce n’est donc pas une étape à prendre à la légère, bien au contraire !

La première chose à faire consiste à choisir qui aura la chance d’écrire vos lettres! De manière générale, préférez les lettres venant de professeurs universitaires (pas les assistants, dont les lettres n’ont que peu de valeur) plutôt que d’employeurs, sauf si votre Master vise le monde professionnel (p.ex. un MBA) ou si votre chef possède des liens forts avec la sphère académique (c’est souvent le cas au FMI, p.ex.). Essayez maintenant de dresser une liste des potentiels candidats : pas besoin (encore) qu’il/elle vous connaisse, le critère le plus important ici étant la note obtenue à leur examen, qui doit être relativement bonne. Une fois cette liste effectuée, il vous faudra en sélectionner trois ou quatre selon les critères suivants :

• Le rapport du professeur à la branche d’études visée. Ne demandez pas à votre professeur de maths une lettre pour votre Master en études japonaises ! Peut-être aussi qu’un de vos professeurs pourrait avoir un lien fort avec l’école visée : si c’est le cas, profitez-en7.

• La notoriété du professeur. L’impact d’une lettre sera d’autant plus fort si le comité d’admission reconnaît le nom du professeur, car c’est un gage pour eux de sécurité : ces professeurs-là ayant une réputation à garder, ils sont supposés ne pas donner des lettres aux premiers venus. De plus, étant plus souvent sollicités pour écrire des lettres, ils sauront probablement mieux y faire. En conclusion, et même si vous le connaissez peut-être moins, privilégiez le professeur-star de votre programme sur l’assistant sympa issu de l’Université de Saint-Pouilles-sur-Mer ; l’idéal étant peut-être d’avoir les deux, à condition évidemment que l’assistant fasse un éloge sans égal de vous dans sa lettre

• Votre propre « esti­ma­tion » (sub­jec­tive) de ce que le pro­fes­seur va écrire sur vous. C’est la par­tie la plus dif­fi­cile à déterminer, mais c’est aussi celle que vous pouvez le plus influencer par la suite.

Une fois les professeurs sélectionnés, il faut commencer par faire une demande, puis s’assurer qu’ils écrivent une bonne lettre. Dans votre email, il vous faut donc vous présenter, expliquer pourquoi vous l’avez choisi en particulier (cherchez à personnaliser au maximum), exposer vos ambitions, et si possible, demander à le rencontrer lors d’une rapide entrevue. Le tout, de manière aussi abrégée que possible, leur temps étant souvent compté ! Comme un exemple vous parlera peut-être mieux qu’une explication, voici un des emails que j’ai utilisé :

Cher Prof. XYZ

Je sais que vous prenez vos lettres de recommandation très au sérieux, mais que votre temps est précieux : je vais donc tâcher d’être concis.

[Présentation]

J’ai obtenu la note de NN à votre cours « Anthropologie des Femmes », que j’ai suivi avec une passion pleine : j’ai pu souvent interagir avec vous, et j’avais notamment découvert quelques erreurs dans votre ouvrage ABC. Ma moyenne de Bachelor s’élève à NN/NZ : selon un de mes professeurs, cela fait de moi « un très bon élève bien studieux ». Par ailleurs, afin de compléter ma formation en Anthropologie, j’ai également suivi de nombreux cours hors-cursus qui m’ont apporté MM crédits ECTS en tout. Vous trouverez la preuve de ces résultats, ainsi que mon C.V., dans un PDF attaché à cet e-mail. [N’oubliez pas de l’attacher !]

[Projets/Ambitions]

Ces résultats me permettent d’envisager sereinement une carrière académique. Pour cela, il me faut d’abord passer par un excellent Master (Université Remplipapier, Académie Lennuy, Institut Racine) afin de renforcer mes chances d’être admis dans un prestigieux programme doctoral plus tard. Si vous désiriez en savoir plus sur mes ambitions futures, de même que mes objectifs de recherche, je serais heureux de pouvoir en discuter !

[Demande explicite]

Je m’adresse donc naturellement à vous pour vous demander si vous accepteriez de m’écrire une (plusieurs) lettre(s) de recommandation : non seulement afin de renforcer mes chances d’être admis dans un des masters précités, mais aussi car ce serait un honneur pour moi. Mes intérêts se portent en effet vers la microanthropologie (en particulier féminine) et votre cours, ainsi que votre manière d’enseigner, m’ont véritablement enthousiasmé ! Je suis également un lecteur habitué de « Ce Journal Favori », où vous écrivez régulièrement.

[Déroulement de la suite]

Dans le cas d’une réponse positive, je vous recontacterai ultérieurement afin de (éventuellement) nous rencontrer lors d’un rendez-vous, et vous donner la marche à suivre pour l’envoi des lettres : comme vous le savez sûrement déjà, chaque école possède la sienne. Evidemment, je ferai tout mon possible pour minimiser votre travail, en choisissant l’envoi par Internet lorsque c’est possible ; dans le cas contraire, je vous fournirai des lettres (et enveloppes) préremplies avec les informations nécessaires.

Dans l’espoir sincère d’une réponse favorable, je vous adresse mes meilleures salutations.

Jean-Claude Dusse,
j-c.dusse@meetic.fr
+41 79 769 69 69

Même si l’envoi d’un tel email peut en rebuter quelques-uns, n’hésitez surtout pas à le faire : les professeurs ont l’habitude qu’on leur demande de telles lettres (ça fait partie de leur travail !), et les gains pour vous excèdent largement les coûts d’un éventuel refus. S’ils ne répondent pas, n’hésitez pas à les relancer (après un certain délai bien sûr), et si la réponse est négative, prenez acte et continuez de chercher. Cependant, soignez au maximum la présentation de votre e-mail et surtout, rendez-lui la vie facile en attachant à l’email tous les documents essentiels (CV, relevés de notes officiels, etc.).

Une fois l’accord obtenu, il faut vous assurer que chaque professeur écrira une bonne lettre : c’est sans doute la partie la plus difficile à négocier, et c’est pour cela qu’un rendez-vous sera crucial. Cela leur permettra de mettre un visage sur votre nom, et les poussera davantage à écrire une lettre personnalisée plutôt qu’une lettre « générique » : croyez-moi, cela change votre potentiel d’admission du tout au tout. De plus, cela règle un autre problème : ces professeurs, qui au final vous connaissent peu, ne savent souvent pas quoi écrire. Pendant l’entrevue (ou dans une lettre détaillée, si cela n’est pas possible), il faudra donc lui donner toutes les informations essentielles que vous désirez lui faire écrire : de par leur statut, les professeurs ont la possibilité de « certifier » des acquis qui ne peuvent être authentifiés autrement.

Cela inclut par exemple votre classement dans un cours particulier, votre projet de recherche original, votre motivation sans égale, un prix que vous avez obtenu, et j’en passe. Vous trouverez des excellents exemples de bonnes lettres ici et 8; le site de l’UC Berkeley donne également des conseils généraux sur les lettres de recommandation. N’hésitez pas à monter un petit dossier imprimé qui résume toutes les informations cruciales sur vous, que vous laisserez à votre professeur lors du rendez-vous. Ainsi, le jour où il/elle recevra la demande de lettre venant de l’école, il/elle aura immédiatement quelque chose à quoi se référer. Ultime conseil, si vous avez à votre disposition plusieurs possibilités (d’auteurs de vos lettres), que vous doutez de l’un ou l’autre d’entre eux, et que vous avez choisi de postuler à différents programmes, n’hésitez pas à diversifier vos risques : envoyez par exemple les lettres des professeurs A,B,C à l’école 1 et A,B,D à l’école 2, etc.

La lettre de motivation

© 9gag

© 9gag. Statement of purpose est la traduction anglaise de « lettre de motivation ».

Dernière grande étape du puzzle, la lettre de motivation relève d’une importance difficile à estimer. De nombreux autres facteurs seront relativement plus importants (notamment si votre destin est académique, auquel cas les lettres de recommandation sont vraiment fondamentales) mais à compétences égales, elle peut faire la différence (plutôt négativement, si mal écrite). Elle permet également de donner un contexte aux particularités de votre parcours : par exemple, ce fut crucial pour moi d’expliquer pourquoi je passais d’un cursus très généraliste axé sur les relations internationales à un Master en économie extrêmement spécifique et théorique ; il me fallait également justifier (discrètement) ma très mauvaise note en dissertation analytique au GRE.

Je ne traiterai pas directement de l’écriture de la lettre parfaite : Internet regorge d’informations à ce propos. Voyez par exemple le site Success & Career, qui vous apprendra à structurer correctement votre lettre, le tout agrémenté de très nombreux exemples. De même, le site web du Caltech recense une multitude de lettres de candidatures académiques : très utile pour trouver des formulations de phrase intéressantes. Finalement, comme souvent, le forum URCH possède de nombreux posts sur le sujet. Je me contenterai juste de vous donner les informations essentielles qu’une lettre efficace se doit de contenir (LSE propose également une liste ici) :

• Des explications quant à votre choix d’études, surtout si votre parcours est original,
• Vos intérêts particuliers dans le sujet d’études visé (research agenda), et vos perspectives de carrière,
• « Pourquoi » cette école en particulier (faites-en l’éloge ; pensez à mentionner le nom de professeur-stars qui enseignent dans votre branche d’intérêt),
• « Pourquoi » vous en particulier (détaillez vos atouts : savoir, motivations, expériences, succès, etc.),
• Une explication (indirecte au possible) des « trous » dans votre CV académique (p.ex., une note particulièrement mauvaise dans un examen important pour la branche, etc.).

En ce qui concerne le style, dites-vous bien que le comité d’admission n’aura pas le temps de se plonger dans votre lettre. Restez donc aussi simple que possible : écrivez dans un style très concis, en évitant les tournures indirectes comme « I think that … », « I feel that… » ainsi que les longues phrases. Commencez chaque paragraphe par un résumé percutant de ce dernier : « My solid background in <Subject> theory qualifies me for the program. (…) », « The Master in <Subject> at <School> is the optimal next step for my academic career. (…) ». Évitez les longues métaphores et autres histoires personnelles interminables.

Surtout, ne vous présentez jamais sous un mauvais jour : si vous avez subi un échec particulier que vous devez expliquer, transformez-le en atout. Pour donner un exemple concret, j’ai tourné mon résultat médiocre à la dissertation du GRE comme un exemple de ma « capacité à dépasser mes échecs », en utilisant mon engagement comme auteur pour Jet d’Encre9, ainsi que mon très bon résultat à la dissertation du TOEFL comme preuves de cette capacité. Finalement, pensez à faire relire vos lettres par de nombreuses personnes, si possible impliquées dans les ressources humaines ; vos assistants/professeurs amis peuvent également s’avérer très utiles, car ils ont l’habitude de « déconstruire » des textes et connaissent le milieu académique.

Le CV

© 9gag

© 9gag

Une fois de plus, je ne vais pas m’attarder sur les modalités d’écriture d’un bon CV : le site Success & Careers (non-non, je ne travaille pas pour eux) le fait bien mieux que moi, et est à nouveau riche en exemples. Cependant, n’envoyez pas le CV « basique » que vous enverriez pour la première offre d’emploi venue : cherchez à mettre en valeur toutes les expériences vraiment pertinentes pour votre dossier d’admission, et minimisez au possible le reste des informations. À nouveau, le comité n’aura que peu de temps à consacrer à votre CV, et n’aura strictement rien à faire de votre job d’été chez Michelet SA. Par contre, il sera intéressé par les détails de votre formation académique : quel a été le sujet de votre projet de recherche ? Quels ont été vos principaux résultats obtenus ? Quels stages (liés à votre sujet d’études) avez-vous effectué, et que vous ont-ils appris ? Quels sont les programmes informatiques que vous maîtrisez ? Quels ont été les certificats (langue, programmation) que vous avez obtenus ? Référez-vous aussi au site de Success & Careers sur la manière de faire ressortir vos « soft skills ». Vous pouvez également jeter un œil à mon CV académique si cela peut vous inspirer.

Note : pour les programmeurs-en-herbe, et tous ceux désireux d’avoir un vrai CV académique/professionnel, c’est-à-dire austère mais qui fait sérieux, il faut passer par LaTeX, qui est l’éditeur de texte communément utilisé dans le milieu scientifique. Installez LaTeX, et regardez ici pour des codes LaTeX de tels CV. Bonne impression garantie ! Pour des CV moins austères (toujours en LaTeX), jetez un œil à ce post de blog.

Les autres

Imaginons maintenant que vous pensez pouvoir aisément remplir toutes les rubriques ci-haut avec les éléments de votre dossier, sans possibilités de les améliorer vraiment (p.ex. vous avez déjà trois excellentes lettres, un très bon score aux tests, etc.). Que faire d’autre pour augmenter vos chances d’admission ? Evidemment, si l’école vous demande du matériel spécifique (dissertation, projet de recherche, portfolio…), prenez le temps de bien le développer et le faire relire par des personnes compétentes ; si ces documents vous sont demandé, c’est qu’ils seront utilisés pour évaluer votre dossier.

Sinon, tout dépend une fois encore du domaine d’études visé. De manière générale, si le curriculum recherché est académique dans sa nature, une augmentation substantielle de vos chances peut venir d’un stage de recherche directement auprès d’un professeur. En plus de l’assister dans ses tâches – une expérience certainement intéressante –, le must serait de pouvoir co-écrire un article avec lui : même en n’ayant qu’un Bachelor, c’est imaginable. Ce genre d’expérience dans la recherche est devenu quasi-obligatoire pour les Doctorats de très haut niveau, et est donc à envisager sérieusement. Et une fois de plus, ce n’est pas difficile à trouver : il suffit d’envoyer des e-mails à vos professeurs favoris, qui sauront vous trouver les bons contacts. (Pour les économistes, une possibilité intéressante existe à Kiel : ce n’est pas payé, mais les coûts de la vie sont bas et vous ferez des rencontres sensationnelles, je conseille !).

Si toutefois votre orientation se situe plutôt dans le monde professionnel, alors un travail temporaire dans une grande firme (si vous faites du Business), à l’Etat ou encore dans une organisation internationale vous apportera certainement ce que vous recherchez, particulièrement si votre background professionnel est pauvre. Pensez également aux différentes écoles d’été qui existent, lesquelles vous permettront d’améliorer votre CV académique (ceux désireux de poursuivre leurs études en économie théorique sont encouragés à prendre des cours avancés en mathématiques, voir par exemple le cours d’été à la LSE). Ne sous-estimez cependant pas les autres possibilités, telles que les stages au sein d’ONG, hautement valorisés pour la nature bénévole et parfois difficile du travail ; de même, des projets semi-entrepreneurials vous apporteront sans doute un bon point : ma propre expérience ici à Jet d’Encre, comme auteur puis membre de l’équipe éditoriale, y est sûrement pour quelque chose dans mon succès s’agissant des admissions.

N’hésitez pas à laisser vos réflexions/questions en commentaire ! Si cet article vous a plû, vous apprécierez sûrement celui-ci, qui traite du choix même des études après le Bachelor.

Je remercie particulièrement MM. Marcelo Olarreaga, Frédéric Robert-Nicoud, Charles Wyplosz, Richard Baldwin, Xavier Guillaume et Eckhardt Bode pour leurs précieux conseils sans lesquels cet article – de même que ma carrière académique en l’état – n’aurait pas été possible.


[1] Ainsi, le niveau attendu pour une telle lettre, et donc son impact, sera probablement plus élevé pour un étudiant en science politique qu’en économie.

[2] Terme britannique désignant les études post-Bachelor.

[3] Si vous désirez vraiment apprendre l’anglais, penchez-vous plutôt vers le Cambridge Advanced, voire Proficiency.

[4] Il est possible également que l’école fasse une admission « conditionnelle » au repassage de l’examen en question avec une certaine note.

[5] Ainsi, je me suis résigné à ne pas appliquer à Oxford (UK) en raison de leur trop haute exigence pour la dissertation écrite (la lettre d’admission pour LSE déjà en poche, il est vrai, ce qui a évidemment faciliter cette décision).

[6] J’ai personnellement obtenu une note médiocre à la partie écrite, sans que cela n’ait d’impact sur mes réussites d’admission.

[7] Une de mes lettres, par exemple, venait d’un ex-étudiant de la London School of Economics.

[8] Il peut arriver qu’un professeur vous demande d’écrire vous-même la lettre : si cela devait être le cas, basez-vous sur ces exemples !

[9] Proposez nous donc un article si vous voulez aussi en bénéficier ! contact.jetdencre(at)gmail.com

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Víctor

Salut Yann,

Excellent article, merci ! Je me demandais si tu pensais compléter/recommencer pour ta candidature aux programmes doctoraux (apparemment tu es pris à Princeton, félicitations !). En tout cas tu as déjà un futur lecteur ici 🙂

Bonne continuation.

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Yann K.

Salut Victor, merci beaucoup pour ton retour! C’est effectivement dans mes plans, stay tuned 😉

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SAAD

Sincèrement, Si les gens prenaient le temps de partager leurs expériences Comme vous l’avez fait dans votre récit, Le monde serait nettement meilleur… Bravo Monsieur pour ce « Share » for interessant et qui aider plusieurs personnes à réaliser leur rêve de faire des études dans des Universités prestigieuses. Merci encore une fois.

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Yann K

Merci beaucoup! N’hésitez pas à partager l’article autour de vous, afin qu’il en aide d’autres!

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Maya

Article très pertinent, intéressant et d’excellents conseils, merci!

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Yann Koby

Merci bcp Maya! Tout de bon 😉

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