International Le 6 novembre 2011

2011, sous le sceau de la révolte

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2011, sous le sceau de la révolte

© AP – Puerta del Sol, Madrid

 

Un vent de révolte a soufflé de par le monde au cours de l’année 2011. Tunisie, Egypte puis Espagne et Chili ou encore Etats-Unis, nombreux sont les pays qui ont été secoués par des mouvements de contestation. Si certains furent tués dans l’œuf, comme en Iran ou en Chine1, d’autres, à l’image d’Occupy Wall Street, sont toujours en cours. Enfin, il y a ceux qui ont abouti comme en Egypte ou en Libye. Ces États sont désormais débarrassés du joug de régimes despotiques punis pour avoir trop longtemps restreint les libertés de leurs populations. Et, bien que les causes défendues, les revendications et les acquis diffèrent d’un pays à l’autre, ces mouvements semblent cependant se retrouver dans une farouche volonté de renverser un ordre des choses jugé injuste et réputé inamovible.

En effet, bien malin celui qui aurait pu deviner que quatre semaines de manifestations, essentiellement non-violentes, auraient raison du Président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, pourtant au pouvoir depuis 1987. Or, si un dictateur, considéré comme indéboulonnable, a pu être renversé, alors tout est possible. En tout cas, c’est ce qu’ont dû se dire en substance des peuples voisins soumis au même carcan. Des peuples voisins, oui, mais pas seulement. Car force est de constater que cette vague de révoltes ne s’est pas cantonnée au monde arabe. Mieux, elle s’est répandue. Et les peuples d’autres continents ont, eux aussi, trouvé matière à se révolter.

Mouvementée, quelle place cette année particulière prendra-t-elle dans l’histoire ? Bien que seul l’avenir et un recul nécessaire permettront de répondre définitivement à cette question, il est d’ores et déjà possible d’avancer certaines pistes de réflexion. En effet, la présence de similitudes entre les deux ensembles majeurs de révoltes, le Printemps arabe et les mouvements de contestation touchant l’Occident, témoignent d’une véritable évolution commune des mentalités.

«On ne sait plus quand ça a commencé»

«On ne sait plus quand ça a commencé», avoue Jean-Luc Porquet dans Le Canard Enchaîné2. A l’instar de nombre d’observateurs, l’auteur de la chronique Plouf! remonte cependant jusqu’à la parution, en décembre 2010, d’un petit ouvrage d’un vingtaine de pages, écrit par un «jeune homme de 93 ans», Stéphane Hessel. Devenu un best-seller mondial, Indignez-vous! exhorte ses lecteurs à se battre pour les causes qui les révoltent, qui les indignent. S’il ne peut être considéré comme une source d’inspiration directe (particulièrement en ce qui concerne les révoltes arabes), son adéquation avec les évènements qui allaient secouer le monde arabe puis occidental n’en reste pas moins fascinante.

Car n’y a-t-il pas matière à s’indigner en apprenant qu’un jeune homme de 26 ans, Mohamed Bouazizi, tente de s’immoler par le feu devant la préfecture de Sidi Bouzid le 17 décembre 2010 ? «Le motif de l’indignation, c’est la résistance», écrit Stéphane Hessel. Et résistance il y eut. Un mouvement de contestation va essaimer à travers le pays. Avec les résultats qu’on connaît. En outre, la tragédie est perçue a posteriori comme l’élément déclencheur de la révolution de Jasmin. Quant à cette vague de révolte, elle ne s’est pas achevée à Tunis. Elle s’est répandue comme une traînée de poudre au sein du monde arabe. Les manifestants envahissent la place Tahrir le 25 janvier. Le Yémen est atteint deux jours plus tard. Le Bahreïn, la Lybie et la Syrie s’apprêtent alors à leur emboîter le pas.

En mai, c’est l’Europe qui est touchée. Là, on ne combat pas un despote politique mais la dictature des marchés financiers. Et le parallèle avec l’ouvrage de Stéphane Hessel est alors bien plus saisissant. Il s’observe en Espagne, notamment, où le pamphlet s’est écoulé à plus de 430 000 exemplaires, a été réédité neuf fois en espagnol mais aussi publié en catalan, galicien et basque. Les manifestants ont même décidé de tirer leur nom directement du livre de Stéphane Hessel. Ainsi, le 15 mai, des milliers d’Indignados plantent leurs tentes sur la place Puerta del Sol, à Madrid. Quant à la place Syntagma, à Athènes, elle est en proie à des manifestations quasi quotidiennes. Berceau du capitalisme, même les Etats-Unis sont atteints. Depuis le 15 septembre, le mouvement Occupy prend ses quartiers à Wall Street3. Le 15 octobre dernier, toutes ces mouvances se sont d’ailleurs donné rendez-vous lors d’une journée mondiale de manifestation sur la Grand-Place de Bruxelles et à travers de nombreuses villes occidentales. Une première victoire. L’instauration d’une taxe sur les transactions financières, proposée par la Commission européenne et remise à l’ordre du jour lors du dernier G20 à Cannes, en constituerait une seconde.

Dresser des parallèles entre les mouvements de contestation occidentaux et ceux issus du Printemps arabe n’est pas chose aisée. Bien qu’ayant tous vu le jour en 2011, les contextes sont différents. Les régimes politiques aussi. Dans le monde arabe, ils se caractérisent par la longévité au pouvoir des dictateurs, le non respect des droits et des libertés et le musellement de l’opposition4. En outre, «Puerta del Sol n’est pas la place Tahrir […] il n’y a pas la peur», comme le rappelle à juste titre Ibrahim AlMarashi, professeur d’histoire et de communication, dans une interview publiée par le quotidien économique espagnol Expansion. Or «il est vrai que les Arabes ont servi de source d’inspiration aux manifestants espagnols». Et aussi, par la suite, aux indignés américains, comme le précise le site officiel du mouvement Occupy. Une source d’inspiration ? Pas uniquement. Les points de rencontre sont plus nombreux qu’on ne le croit.

Réalités partagées

Tout d’abord, il y a les aspects d’ordre social et économique. D’une manière générale, l’hebdomadaire The Economist5 considère que le fait que les manifestants soient principalement issus de la classe moyenne constitue le dénominateur commun de cette vague de révolte. D’autres facteurs s’observent. Un marché du travail fermé, un sentiment d’impuissance face à une oligarchie économique et à une situation qui se dégrade de jour en jour sont autant d’éléments6 qu’on retrouve, toute proportions gardées évidemment, aussi bien au Caire et à Tunis qu’à Athènes, Madrid et outre-Atlantique. Le fait que la jeunesse soit présente en grand nombre en leur sein constitue aussi un facteur qui rassemble ces différents mouvements. Une jeunesse éduquée. A l’image de leurs voisins occidentaux, les pays arabes affichent des taux d’alphabétisation et scolarisation très élevés (100% au Bahreïn et en Lybie). Elevés, les taux de chômage le sont aussi. Et, le Maghreb n’en a désormais plus l’apanage. S’il concerne 31% des jeunes diplômés tunisiens, il dépasse les 40% chez les Espagnols et les Grecs de moins de 25 ans. Diplômés ou non, ces jeunes, ces chômeurs, se retrouvent dans la rue.

Si les populations arabes avaient à combattre des dictateurs tels que Kadhafi ou Ben Ali afin d’améliorer leurs conditions de vie, les peuples occidentaux ont eux aussi trouvé leurs despotes. Ils se cachent dans l’opacité d’un secteur financier tout puissant, que ceux-là estiment composé de banques avides et de traders sans scrupules. Selon eux, il en résulte une situation économique injuste qui ne profite qu’à une poignée de privilégiés. C’est justement en opposition à ce 1% de privilégiés qu’ils dénoncent que les manifestants d’Occupy Wall Street ont choisi leur slogan : We are the 99%. La crise des dettes souveraines des pays occidentaux est venue s’ajouter à la crise financière et à la récession qui l’avait suivie. Les plans d’austérité qui en découlent ont pour conséquence inéluctable d’envenimer la situation. Tant dans le monde arabe qu’en Occident, on se trouve, en 2011, dans une situation «paroxystique». En bref, les critères d’ordre économique, le manque de débouchés professionnels et les mauvaises conditions de vie sociales rassemblent ces différents mouvements et expliquent leur rapide propagation.

Par ailleurs, ces révoltes se caractérisent toutes par un usage accru d’internet et des réseaux sociaux. Le développement -récent- de sites comme Twitter ou Facebook, rend désormais possible l’émergence de tels mouvements. Diffuser des mots d’ordre et inviter des milliers de personnes à manifester le même jour, sur la même place est à portée de quelques clics de souris. Une chose impensable auparavant. Les insurrections étaient réprimées avant de pouvoir gagner de l’ampleur. De plus, par le biais des réseaux sociaux, les gens peuvent se rendre compte qu’ils ne sont souvent pas les seuls à partager une situation commune et qu’en agissant ensemble, les chances de succès seront plus nombreuses. Et puis, comme l’évoque Ibrahim AlMarashi, les mouvements occidentaux ont été inspirés et confortés par les succès tunisien, égyptien et même libyen désormais. En ce sens, l’année 2011 marque un tournant.

En outre, les peuples arabes et occidentaux partagent le même rapport à l’humiliation. L’argument est avancé par Bertrand Badie, politologue et professeur à l’Institut d’études politiques de Paris7. Pour le monde arabe, elle s’exprime «face à des régimes dictatoriaux et arrogants, face à un ordre régional qui a toujours relégué les populations dans le rôle d’instruments de construction du bonheur des autres, et face à un ordre international qui les méprisait». Quant aux indignés occidentaux, ils se recrutent «parmi ceux auxquels le pouvoir politique n’a jamais cherché à ménager une place digne», ajoute le politologue.

Un rejet du politique

Les mouvements de 2011 ont donc cela de particulier qu’ils expriment un rejet complet du politique. «Ils s’attaquent à la légitimité même du politique avec une force jamais égalée jusqu’ici», observe Bertrand Badie. Ces révoltes sont apolitiques, anti-système. Si cela peut paraître évident pour des populations défiant des dictatures, une telle remise en question du fonctionnement de la démocratie constitue quelque chose de nouveau en Occident. Les indignés d’Occupy estiment qu’ils ne sont plus représentés par leurs dirigeants et que ces derniers sont corrompus, sous le diktat de l’économie et des marchés financiers. Le fait qu’à l’approche des élections locales du 22 mai dernier, nombre d’Indignados confiaient qu’ils n’iraient pas voter car «cela ne sert à rien», a valeur d’exemple.

Paradoxalement, ce désenchantement vis-à-vis du pouvoir politique semble donc avoir pour conséquence le retour aux affaires du citoyen. Désabusés, les peuples ont décidé de prendre eux-mêmes les choses en mains en 2011. Si les populations arabes appelaient de leurs vœux la mise en place d’un système démocratique et le respect des droits et des libertés, les indignés occidentaux veulent désormais être consultés, impliqués, ne pas laisser la mainmise à une petite élite. Bref, ils veulent une «Democracia Real Ya» (une démocratie réelle maintenant, soit le collectif à l’origine du mouvement des Indignados).

Alors l’année 2011 sonne-t-elle le glas de despotismes en tout genre (politique, économique, financier) et augure-t-elle l’avènement d’un peuple -enfin- tout puissant ? Peut-être pas. Les avancées seront jugées à l’aune de l’histoire. Mais l’éclosion, jour après jour, de nouveaux mouvements de contestation à travers le monde atteste d’une évolution commune des mentalités, désormais plus enclines à sortir de la fatalité et à se révolter pour des causes qu’elles estiment légitimes. A l’image du Chili, notamment, où la jeunesse, soutenue par l’opinion publique, fait pression sur le gouvernent du Président Piñera afin d’obtenir une réforme du système éducatif. A l’image de l’Inde, où des milliers de manifestants ont défilé dans les rues de New Delhi en guise de protestation contre des scandales de corruption. Ou encore d’Israël, où s’est formé cet été, un mouvement de contestation social sans précédent. Et ainsi de suite. Oui, les autres continents ne sont pas en reste.

Certes, toutes ces mobilisations n’atteindront vraisemblablement pas les résultats escomptés (Qui sait si cette taxe sur les transactions financières sera un jour instaurée ? Si Bachar El-Assad finira par s’en aller…). Mais elles ont au moins le mérite de servir d’exemples, de montrer la voie à suivre et qu’ensemble, à force d’engagement, de conviction et de volonté, on peut encore bouger les choses au XXIe siècle.

 


[2] Parue dans Le Canard Enchaîné daté du 19 octobre, la chronique a pour titre Nous sommes les 99%. Elle revient sur les différents mouvements d’indignés en Occident et, plus particulièrement, sur Occupy Wall Street.

[3] Avant d’être relogés, deux jours plus tard, dans les environs de Wall Street, à Zucotti Park.

[4] Ces facteurs ont notamment été mis en avant par Jean-Cristophe Victor, dans le cadre de l’émission Le Dessous des Cartes, diffusée sur Arte. A visionner sur le lien suivant : http://www.youtube.com/watch?v=cgEIqi4oT-E.

[5] Sur le sujet, consulter notamment l’article suivant, The New Middle Class rise up, sur le lien suivant : http://www.economist.com/node/21528212.

[6] Le Dessous des Cartes, op. cit.

[7] Chat sur http://www.lemonde.fr, organisé le 26 octobre dernier.

Commentaires

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J. NAY

entièrement d'accord avec vous... Il faut que ces mouvements mettent sous pression les politiques, afin de bien montrer qu'une pression…

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Théo Allegrezza

Bonjour, Tout d'abord, merci pour votre commentaire détaillé et pertinent. Bien sûr que le débat est ouvert.…

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J.Nay

*parier et non pas prier... joli lapsus! ;)

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J. NAY

entièrement d’accord avec vous… Il faut que ces mouvements mettent sous pression les politiques, afin de bien montrer qu’une pression par le peuple reste possible si ses volontés ne sont pas respectées (Kant).

Mais je trouve tellement dommage qu’il y ait aussi peu de solutions explicites (et surtout, réalisables, constructives) proposées par les Indignés. Enfin peut-être me suis-je pas ou peu renseigné là-dessus.

Peut-être qu’un article sur les revendications précises des indignados serait intéressant 🙂

salutations, a+

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Théo Allegrezza

Bonjour,

Tout d’abord, merci pour votre commentaire détaillé et pertinent. Bien sûr que le débat est ouvert. Il s’agit là d’une des finalités de Jet d’Encre.

Concernant votre commentaire plus précisément, voici plusieurs remarques.

Vous dites, en premier lieu, que les nombre de manifestants sont différents. Ils sont importants et s’inscrivent dans la durée (du moins, jusqu’à avoir obtenu gain de cause) pour ce qui concerne le Printemps arabe, tandis qu’ils sont plus faibles pour les indignés occidentaux et ont tendance à s’estomper. J’en conviens. Or même s’ils ont une ampleur moindre en Occident, leur simple éclosion, dans des pays où règne une logique libérale, constitue, à mon sens, une véritable (r)évolution. Certes, Marx l’évoquait déjà au XIXe siècle, mais a-t-on depuis été témoins d’une pareille contestation, diffusée presque simultanément dans un aussi grand nombre de pays ?

Je vous rejoins sur le fait qu’il existe une volonté politique derrière les mouvements d’indignation en Occident. Si je les qualifie toutefois d’apolitiques, c’est parce qu’ils ne se retrouvent pas dans les partis politiques existants. On observe d’ailleurs à quel point leur récupération politique est difficile. Ces mouvements expriment un rejet du politique qui est en place, que le gouvernement soit de droite ou de gauche. Un rejet de la façon dont les dirigeants actuels exercent la politique. Ces derniers étant, à leur yeux, sous la coupe d’une oligarchie économique et financière. Ils veulent un changement radical. Un bien meilleur usage de la démocratie.

Certains de ces mouvements s’auto-déclarent apolitiques et peinent à formuler des revendications précises car ils se veulent hors du système. Intégrer le système qu’ils souhaitent changer afin d’y formuler des revendications constituerait, à leurs yeux, une contradiction. Ceci explique en partie pourquoi les solutions proposées restent floues.

Enfin, je vous cite: « je suis prêt à prier qu’en cas de reprise de la crois­sance et baisse du chô­mage, les mou­ve­ments d’indignés dis­pa­raî­tront d’eux-mêmes ». C’est bien possible. Mais espérons que l’état d’esprit, revendicateur, demeurera. Et qu’il pourra servir d’exemple à l’avenir. 2011 aura prouvé qu’il est possible, si les conditions sont réunies, de lever les foules, à peu près partout dans le monde. En ce sens, cette année marque un tournant.

Encore merci pour votre commentaire, dont les éléments viennent enrichir l’article.

Théo Allegrezza

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J.Nay

*parier et non pas prier… joli lapsus! 😉

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J.Nay

Bonjour,

Votre article est vraiment très intéressant, et permet de se faire une bonne idée des revendications, et des ressemblances entre ces différents mouvements. Mais voilà, comme dit dans votre article, si leurs revendications se ressemblent effectivement sur les buts recherchés, l’impact de ces mouvements et surtout la popularité de leurs solutions (quand il y en a) sont très différentes. Enfin c’est mon point de vue de relativiste chevronné 🙂

Les nombres de manifestants sont totalement différents. Comme on l’a vu, Ben Ali est tombé en seulement 4 semaine, sous le poids d’une pression populaire tout à fait impressionnante. En Égypte aussi, les manifestants se comptaient en centaines de milliers, voir millions. En Libye, c’est carrément une bonne partie du pays qui est parti en rébellion (armée) contre le régime, et ce de façon durable ! A coté de cela, hormis l’Espagne, la Grèce et l’Italie qui ont eu des chiffres impressionnants ponctuellement (notamment le 15 octobre), dû à leurs situations bien plus précaires, et donc leurs dépendances plus fortes au « diktat » financier, les mouvements ailleurs sont restés relativement faible. OWS n’a, semble-t-il, jamais dépassé les 20’000 militants (de manière ponctuel), et les occupations permanentes restent marginales à côté de ce qui se passait sur les différentes places Tahrir…

Autre point concernant l’ampleur, si les mouvements du Printemps arabe avait tendance à mobiliser l’ensemble de la population (hormis le camp dirigeant), sans distinctions gauche-droite / laïcisme-religieux, bien qu’un peu plus jeunes ; c’est loin d’être le cas dans les manifestations occidentales (hors Grèce et Espagne).
Les mouvements indignés semblent avoir, selon les sondages (quelques recherches rapides le montrent), plutôt le soutien de la population (une étude de Gallup montre que ceux qui s’y intéressent tendent à les supporter), mais l’indifférence règne majoritairement. De plus, ces mouvements se posent clairement à gauche sur l’échiquier politique, comme leurs revendications le démontrent.
Ainsi, un rejet du politique ne signifie pas un mouvement apolitique : les printemps arabes avaient pour volonté de remplacer leurs dictatures par des démocraties (chose partiellement faite). Je cite votre article « Si cela peut paraître évident pour des popu­la­tions défiant des dic­ta­tures, une telle remise en ques­tion du fonc­tion­ne­ment de la démo­cra­tie consti­tue quelque chose de nou­veau en Occi­dent. Les indi­gnés d’Occupy estiment qu’ils ne sont plus repré­sen­tés par leurs diri­geants et que ces der­niers sont cor­rom­pus, sous le dik­tat de l’économie et des mar­chés finan­ciers. »
Il y a donc clairement une volonté politique derrière, qui est le rejet de « l’oligarchie financière » (qui n’est pas un « rejet de la démocratie » comme le dit l’article, mais plutôt un rejet de « nos démocraties sous diktat », ce que dit l’article aussi.) D’ailleurs, depuis quand la remise en question de ce système économique financier est quelque chose de nouveau ? Marx parlait aussi de dictature du capital, même si de manière moins contemporaine.

Ces différences se ressentent dans les solutions apportées. Si dans le printemps arabe la révolution est la voie clairement privilégiée, avec l’instauration de démocraties à la clé, dans les mouvements indignés les solutions apparaissent plus ou moins flou, mais après tout ce ne sont « que » des mouvements d’indignation, pas de révolution. Là est une différence tout à fait fondamentale entre le Printemps arabe et les indignés (ou OWS).

Ceci à des implications fortes. Ainsi, le Printemps arabe est arrivé à ses fins dans bons d’endroits (bientôt la Syrie? Espérons), mais je suis prêt à prier qu’en cas de reprise de la croissance et baisse du chômage, les mouvements d’indignés disparaîtront d’eux-mêmes. Après tout, nous traversons une période de crise, mais que je sache, les crises ont toujours rimer avec reprise ; parfois cette dernière a pu prendre du temps.

Maintenant, si cette reprise ne vient jamais (et elle ne semble pas montrer le bout de son nez ; mais rappelons que notre crise de 2007 fut pire que la Grande Dépression, qui mis 5 ans, voir 30 ans en incluant la 2ème GM pour se résorber) alors il est bien possible que nous soyons une période de rupture. Mais quels sont les solutions ? Abolir le système économique et financier paraît une utopie profonde à l’aube du 21ème siècle. Il nous faut des solutions concrètes, et vite… Mais là nos avis divergeront, sans doute 🙂

Merci pour cette article un peu partisan mais en tout cas fort intéressant! J’espère que le débat est ouvert.

J.NAY

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