Critique Médias Le 19 avril 2013

L’attentat de Boston : Chronique d’une compassion sélective

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L’attentat de Boston : Chronique d’une compassion sélective

[DR]

Lundi 15 avril 2013, 14h50, heure locale. En une fraction de seconde, l’atrocité absolue vient éclipser la jubilation collective; les cris de terreur supplantent la clameur enjouée, en un battement de coeur. Une première déflagration retentit. Puis, une deuxième. Deux bombes artisanales viennent d’exploser en pleine foule, semant le chaos à quelques mètres de l’arrivée du marathon de Boston. D’un souffle, trois vies sont emportées et une centaine de personnes blessées1. L’horreur de cet évènement envahit la Toile et ses réseaux sociaux.

Il ne faudra que quelques minutes pour que les témoignages de compassion affluent des quatre coins du monde occidental, et même au-delà. C’est une véritable déferlante qui s’abat sur Twitter, les fils d’actualité sont saturés de réactions, Facebook s’émeut. Les “R.I.P. Boston” (sic), “Une pensée pour Boston” et autres “Boston <3” sont légion. Quant aux médias, ils sont gagnés par l’hystérie, laquelle rappelle, toute proportion gardée, un certain 11 septembre. D’Internet à la télévision, en passant par la Une des journaux du lendemain, impossible d’y échapper; l’information est omniprésente.

Ce même lundi, 55 Irakiens meurent dans une série d’attentats sanglants2. On déplore également près de 300 blessés. Et ces chiffres ne sont valables que pour la journée du lundi. Depuis, des attentats dévastateurs continuent de déchirer le pays du Tigre et de l’Euphrate3. Pourtant, force est de constater que la même vigueur émotionnelle n’a pas été déployée par les chantres de l’humanisme, si éloquents au sujet de l’attentat de Boston. Les réseaux sociaux sont muets, et pour cause, les médias relayent l’information avec bien moins d’insistance, lorsqu’ils le font. Une telle disparité a de quoi choquer.

Biais médiatique

Une brève recherche sur Google Actualités permet de révéler l’ampleur de ce deux poids deux mesures dans la couverture médiatique4. Taper “Iraq Bombings” permet de récolter 43’400 résultats, alors que “Boston Bombings” en fournit 1’180’000’000 (!). On pourrait alors être tenté d’expliquer cet écart abyssal essentiellement par la présence d’un biais linguistique, puisque l’attentat de Boston a eu lieu dans un pays anglophone. Mais en français, la différence est également très marquée : 8’480 résultats pour “Attentats Irak” contre 86’000 pour “Attentats Boston5. On est donc bien face à une couverture médiatique foncièrement inégale, largement commandée par de basses considérations financières. Le site oumma.com dénonce cette pratique répandue en ces termes : “Vu de Paris, Londres ou Washington, la mort brutale d’un Européen ou d’un Américain dans le monde sera toujours plus fructueuse à couvrir -aux yeux des responsables de l’information- que celle de dizaines de non-Occidentaux.6

Biais culturel et identitaire

Cependant, la faillite des médias n’est pas l’unique facteur derrière cette compassion à deux vitesses. Ce n’est pas simplement le déséquilibre dans l’exposition médiatique entre les attentats de Boston et d’autres évènements tragiques qui est ici en cause, mais également une différence de résonance chez le citoyen occidental lambda, eu égard à son identité ethnocentrée. En d’autres termes, on est certainement en présence d’un phénomène qui relève de la proximité, voire de l’identification, culturelle. Il est, pour un Européen, plus aisé de se mettre dans la peau d’un Américain, lequel a un mode de vie relativement similaire. “Ça aurait pu être moi”, songe-t-il en plein tourment. A l’inverse, il se sent émotionnellement détaché de ce qu’il se passe en Irak, un pays dont il ne sait finalement rien.

Biais cognitif

Au-delà de la couverture médiatique inégale et du phénomène d’identification culturelle, un troisième facteur doit être souligné. Pour nombre d’Occidentaux, l’attentat de Boston peut revêtir une portée émotionnelle particulière en raison de l’anormalité d’une telle tragédie à leurs yeux. Impensable! Pétris d’opinions préconçues à l’égard des “barbares du Sud”, ou simplement lassés par d’autres évènements pourtant dramatiques en raison de leur fréquence, ils ont tendance à trouver l’acte terroriste de Boston plus choquant que ceux qui ont endeuillé l’Irak, ces derniers étant “au fond” le pain quotidien des Irakiens. Mais évidemment, la récurrence de tels évènements dans un pays n’en atténue en rien la tristesse, bien au contraire.

(c) AP photo / MetroWest Daily, Ken McGagh

Au final, bien qu’explicable par l’attitude des médias ainsi que certains processus émotionnels et cognitifs, le résultat n’en reste pas moins moralement indécent et révoltant. La vie d’un Américain, dans l’affect des citoyens du Nord, semble avoir plus de valeur que celle d’un Irakien (ou même de cent à vrai dire!). Les termes sont simples, voire simplistes, mais la conclusion est inéluctable. Et bien entendu, le phénomène ne se cantonne pas à l’Irak. Dimanche 14 avril, 34 civils sont tués dans un raid suicide et un attentat à Mogadiscio, en Somalie7. Mardi 16 avril, le tremblement de terre le plus violent en Iran depuis 1957 frappe le Sud-Est du pays, faisant plus de 30 morts au Pakistan voisin; le nombre de victimes iraniennes n’est pas encore connu8. Tout cela, sans qu’aucun journaliste n’en fasse les gros titres et sans que personne ne s’en attriste sur les réseaux sociaux. Et on pourrait multiplier les exemples, à l’image de l’ouragan Sandy, auquel une attention décuplée à été conférée une fois le territoire américain touché, alors qu’il venait de ravager les Caraïbes9.

Malgré l’injustice criante de cette compassion sélective, l’attentat de Boston n’en demeure pas moins un véritable drame, face auquel il est légitime d’être bouleversé. Nous pourrions, devrions, toutefois en tirer des leçons. C’est précisément cette empathie “intra-Occident” qui pourrait, devrait, servir de point d’entrée à une empathie plus large, plus juste. S’il est regrettable qu’il faille qu’un pays du Nord soit frappé pour que l’on s’émeuve dans les chaumières occidentales, cet élan compassionnel contient les germes d’une véritable commisération humaniste, universelle et globale. Une fois la sensibilité éveillée, une fois la peine partagée, les souffrances d’autrui, qui que ce soit, ne peuvent nous laisser indifférents. Notre compassion ne devrait pas être sélective.

 

2 http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/iraq-nine-die-in-latest-wave-of-bombings-8575623.html

3 http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/04/19/irak-attentats-meurtriers-contre-des-mosquees_3163079_3218.html

4 Recherche effectuée sur news.google.ch le 18 avril 2013, à 18h.00, en cochant la case “moins d’une semaine”. Quel que soit le moment exact de la recherche, la tendance reste similaire.

5 L’inclusion, ou non, du “s” à “bombing” et “attentat” n’altère les résultats que de manière insignifiante.

6 http://oumma.com/16433/terrorisme-grands-medias-1-mort-a-boston-vaut-plus-100

7 http://tribune.com.ng/news2013/index.php/en/world-news/item/9684-mogadishu-court-attack-death-toll-rises-to-34

8 http://www.rts.ch/info/monde/4824929-un-seisme-d-une-magnitude-de-7-8-en-iran-fait-des-morts-au-pakistan.html

9 http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/nov/02/hurricane-sandy-hit-caribbean-media

Commentaires

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Marie

Toujours d’actualité....

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Mery

Ce qu'il faut aussi souligner, est le fait que l'homme occidental c'est toujours cru supérieur aux autres et donc estime…

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Sarahcarabin

Avez-vous entendu parler de l'incendie et de l'explosion dans une usine d'engrais chimiques au Texas (donc aux Etats-Unis) le mercredi…

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Marie

Toujours d’actualité….

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Mery

Ce qu’il faut aussi souligner, est le fait que l’homme occidental c’est toujours cru supérieur aux autres et donc estime que sa vie vaut plus que celles des autres.
Je ne peux pas m’empêcher de faire le parallèle entre cet article et la prise d’otages qui a eu lieu il y a quelques temps en Algérie.
Tous les dirigeants occidentaux ont crié au scandale en apprenant l’opération de l’armée algérienne car une 30aine d’occidentaux était parmi les otages.
Par contre, ils se moquaient bien de savoir que le site comptait aussi 600 personnes non occidentales et que juste à côté, des villages de plus de 6000 personnes étaient exposés.
Nombrilisme quand tu nous tiens!

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Sarahcarabin

Avez-vous entendu parler de l’incendie et de l’explosion dans une usine d’engrais chimiques au Texas (donc aux Etats-Unis) le mercredi 17 avril (soit 2 jours après l’explosion des 2 bombes à Boston), qui a fait une quinzaine de morts, plus de 150 blessés et pas mal de dégâts matériels ?
Cet évènement, qui a pourtant provoqué plus de morts que celui de Boston, et qui s’est produit aux Etats-Unis, a reçu une couverture médiatique faible.

Il y aurait donc aussi un autre biais : la mode de la lutte contre le terrorisme.

Un article « Le Monde » à propos de l’explosion au Texas : http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/04/18/les-explosions-d-engrais-un-risque-constant_3161996_3244.html

Un article qui essaie d’expliquer la différence de couverture médiatique entre l’explosion au Texas et celle à Boston : http://blog.emceebeulogue.fr/post/2013/05/04/Deux-explosions%2C-dont-un-enterrement%2C-au-Texas?pub=1#pr

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Attentats de Boston : chroniques d'une indignation sélective | Contrepoints

[…] Sur le web […]

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Thibaut

En terme journalistique officieux, il s’agit de « mort kilométrique ». La mort de 20 personnes en Europe sera plus médiatisée sur le Vieux continent que celle de 300 personnes en Afrique par exemple. Je pense que ce terme est tout à fait applicable à Boston mais en y ajoutant un aspect culturel.
Un pays « frère » (ce que je ne pense pas), ou en tout cas « cousin » (ce que je pense plus), s’est pris un attentat sur son sol. La « mort kilométrico-culturelle » des médias occidentaux s’est faite entendre… Tristes médias conventionnels.

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J’empierre

L’ONG “Bureau of Investigative Journalism”, cité par le Nouvel Observateur No 2529 du 25 avril 2013 (page 12), mentionne que les attaques de drones américaines dans les régions tribales du nord-ouest du Pakistan avaient tué, depuis 2004, environ 3115 personnes, dont 710 civils. Il est intéressant de comparer la couverture médiatique respectivement de ces frappes répétitives et de l’événement de Boston.

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Sam

Article intéressant, quoiqu’un peu académic.

Comme l’ont relevé plusieurs lecteurs avant moi, l’intensité de l’empathie que chacun est en mesure d’eprouver est nécessairement gouvernée par l’égoïsme propre à l’espèce humaine; voire propre à tout être vivant..

Tout événement comportant une dimension émotionnelle affectera plus ou moins un individu selon que ce premier engendre- ou soit potentiellement capable d’engendrer – des conséquences sur son quotidien propre.

Bien entendu, le nombrilisme de l’Occident est une réalité. Mais cette réalité, puisqu’on en parle, n’est pas une actualité. Je peine donc à comprendre ce que l’attentat de Boston a pu nous enseigner, si ce n’est que pour l’Occident, le centre du monde se situe en son sein.

Je relève par ailleurs que le présent article fait l’apologie de sa problématique. Plusieurs paragraphes employés à la descriptions des événements du 15 avril dernier, ses consequences et les reflets médiatiques qu’il a connu. Plus loins, seul un, ou peut être deux paragraphes tout au plus, pour rappeler l’occurrence de nombreux autres attentats ou catastrophes extra-occidentaux. Pire encore, ces événements extra-occidentaux sont pour la plupart cités à la chaîne, l’auteur omettant tout détail à leur sujet, comme pour ne pas endormir son lecteur sous l’ampleur du désintérêt que ceux-ci pourrait susciter chez celui-ci.

Je l’admet, je m’adonne à la critique facile et peu constructive. L’article soulève une question intéressante. Sa conclusion quelque peu évidente et definitive aurait toutefois mérité un tant soit peu d’ouverture.

En conclusion, l’intérêt que l’homme porte à l’information est déterminée par sa capacité -certes limitée – à transposer cette derniere a son environnement. Mais peut-on réellement reprocher à l’être humain d’être justement cela, humain?

Merci aux auteurs quoi qu’il en soit. Sujet bien choisi!

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T’entends?

Il est surtout complètement naïf de s’offusquer du biais ethnocentrique d’une société, ou en l’occurrence ici des médias occidentaux. Des attentats aux Etats-Unis ont le potentiel de toucher beaucoup plus de proches que des attentats en Irak.

« La vie d’un Amé­ri­cain, dans l’affect des citoyens du Nord, semble avoir plus de valeur que celle d’un Ira­kien (ou même de cent à vrai dire!) » De la même manière que pour un Irakien, la vie d’un de ses compatriotes aura plus de valeur affective que celle d’un Américain ou d’un Chinois, so what ?

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Philippe

Votre assertion, selon laquelle le nombre potentiel de « proches » affectés déterminerait l’ampleur des réactions et de la couverture médiatique d’un évènement, est complètement erronée. Un attentat faisant trois morts en Turquie susciterait-il, en Allemagne, une hystérie médiatique supérieure à celle déclenchée par l’attentat de Boston ? Il est évident que non. D’ailleurs, je ne sais pas de quelle élite transnationale privilégiée vous êtes issu, cher « T’entends ? », mais croire que l’Européen moyen possède de forts liens personnels avec les États-Unis est une grossière erreur.

De plus, votre exemple Irakiens-Irak n’a strictement aucune pertinence, puisqu’il ne s’agit ici pas des réactions étatsuniennes à l’attentat de Boston, mais des réactions « occidentales » (États-Unis exclus, comme le montre la note d’avertissement quant à la potentialité d’un biais linguistique).

La véritable question qui se pose est la suivante : pourquoi une telle disparité, dans les pays occidentaux (USA exclus), entre les réactions à l’attentat de Boston et d’autres évènements dramatiques tels que ceux décrits plus haut ? Les auteurs répondent par la présence de trois biais, de manière, ma foi, très convaincante.

Maintenant, malgré le caractère explicable de ce déséquilibre (par les trois biais susmentionnés), est-il moralement acceptable pour autant ? Certainement pas à mes yeux. Mais libre à vous de considérer la mort de trois Étatsuniens comme plus grave ou triste que celle de 55 Irakiens, quelles que soient les raisons que vous avancez pour cela.

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T’entends?

Quand soudain, Tristan et Victor découvrirent l’eau tiède.

« Notre com­pas­sion ne devrait pas être sélective », j’ai ri. Les auteurs de l’article n’auront évidemment pas le droit moral de pleurer si un proche meurt accidentellement, à moins qu’ils ne passent leurs journées à pleurer sur les accidentés de leur ville.

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Philippe

Est-il juste de se sentir si lié aux Américains, au point qu’ils deviennent dans votre comparaison nos « proches », alors que les Irakiens sont de simples « accidentés » du monde? Commentaire simpliste et odieux. On sent que vous vous êtes senti particulièrement visé par l’article. Votre commentaire est la meilleure illustration des propos tenus dans ce dernier. Bonne continuation.

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Julien

Il y a eu près de 400 morts dans des attentats l’année dernière en Irak. Les Etats-Unis ont été épargnés depuis près de douze ans par le phénomène. Le cas de Boston est donc plus exceptionnel et relève davantage de l’actualité que le cas irakien. La compassion est loin d’être le critère prépondérant dans le choix de l’information, et je trouve cela très sain: souhaite-t-on vraiment que les médias opèrent leurs choix en fonction de critères moraux? Qui les déterminera? La compassion n’est-elle pas la prérogative de chaque individu? Souhaite-t-on une information qui opère ses choix selon une échelle objective de la souffrance humaine?

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Stefano Gennai

Tout le monde connaît ce proverbe  » Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir  » qui est réalité la morale de la fable  »

Les animaux malades de la peste  » de Jean de LA FONTAINE.

Nous sommes toujours malades de la peste, il n’y rien de nouveau sous le soleil.

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Emilie

D’un autre côté n’est-il pas « normal » d’avoir des émotions et une réactivité sélectives ? Exemple : la mort d’une connaissance dans un accident de voiture va nous bouleverser, tandis que la mort d’un parfait inconnu dans un autre accident de voiture (qu’on apprend dans un minuscule fait divers du 20minutes)ne suscitera souvent qu’un haussement d’épaules… Est-il possible de compatir en tout temps avec l’ensemble des catastrophes ou calamités qui s’abattent sur l’ensemble de la planète? En d’autres mots, est-il vraiment nécessaire de culpabiliser l’occidental pour cela ? J’abonde dans votre sens néanmoins et trouve cette différentiation moralement et éthiquement discutable, mais la psychologie de l’être humain n’obéit dans les faits que rarement aux grands principes moraux auxquels il croit adhérer… Je crois que cette problématique touche « simplement » aux limites de la compassion humaine.

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Adriano Brigante

« Exemple : la mort d’une connais­sance dans un acci­dent de voi­ture va nous bou­le­ver­ser, tan­dis que la mort d’un par­fait inconnu dans un autre acci­dent de voi­ture ne sus­ci­tera sou­vent qu’un haus­se­ment d’épaules… »

La question est donc de savoir pourquoi un Américain à Boston nous semble être une connaissance, alors qu’Irakien à Baghdad nous semble être un parfait inconnu.

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Emilie

Proximité culturelle, historiquement construite et constamment réimplantée, que ce soit par le système éducatif (l’histoire des USA étant bien plus enseignée que l’histoire de l’Irak), par les films, par les médias, par le langage (l’anglais est presque un acquis global en Europe), par les voyages (bien plus de suisses/d’européens vont en vacances aux USA qu’en Irak/Moyen Orient)… C’est une proximité construite et reconstruite, qui détermine l’affect des drames, peut-être un sentiment identitaire « occidental » conscient ou non.
Je ne doute pas qu’une personne occidentale ayant visité l’Irak, ou simplement intéressée et renseignée sur l’histoire et la situation actuelle du pays sera touchée également par le sort des irakiens.
A force d’évoluer dans un paradigme occidental, on oblitère l’humanité des autres régions, évidemment. La clé se situerait selon moi surtout dans l’éducation occidentalo-centrée qu’on reçoit, qui nous rend ignorants – et donc « insensibles » – à la réalité du reste du monde. Ensuite chacun peut lutter contre ça, mais doit-on l’attendre de tous? …

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Adriano Brigante

Selon moi, les biais culturels, identitaires et cognitifs découlent tous plus ou moins du biais médiatique et sont véhiculés et renforcés par les médias. Ou à tout le moins, ils ne contribuent pas à atténuer ces biais, alors qu’ils en auraient les moyens.

Culturel: les médias sont les principaux vecteurs de la culture et du style de vie américains en Europe.

Identitaire: le fameux « nous sommes tous Américains » claironné par les médias après le 11 septembre…

Cognitif: les médias sont les principaux vecteurs de « mise à jour des connaissances » des citoyens. Si les médias nous expliquaient un tant soit peu la situation dans le reste du monde, les gens s’y intéresseraient nettement plus.

A bien observer, on se rend compte que pour une majorité de la population européenne, le lien aux Etats-Unis est purement médiatique !

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