Politique Le 5 mars 2014

Hollande ou l’optimisme

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Hollande ou l’optimisme

© english.rfi.fr

François Hollande au pouvoir, c’est une drôle d’aventure ! Entre utopisme et amateurisme, de la campagne politique à la présidence, le président le moins aimé de l’histoire de France fait face aux inepties et péripéties ébouriffantes de sa vie politique et personnelle, digne du Candide1 de Voltaire. Du « French Bashing »2 une fois de plus ? Aucunement, il ne s’agit là que d’une rétrospective, afin d’appréhender de manière satirique le parcours d’un homme candide dont les difficultés politiques l’ont mené à cultiver son jardin.

 

Hollande au pays de l’Eldorado : La campagne

Dans une contrée fort proche, et non pas la Westphalie, un formidable concours de circonstances « Candidien » mena un homme « normal » au pouvoir, dans une situation économique inhabituelle et fragile ne tenant qu’à un fil. Tout commença de manière incongrue. Quelques heures avant de se présenter à la présidentielle, Dominique Strauss-Kahn (DSK) « explosa » en plein vol au Sofitel (le lecteur ici est libre quant à l’interprétation ici). Ceci fit donc de Hollande la seule personne potentiellement éligible de la gauche modérée. Puis, surfant sur un anti-sarkozysme médiatique et un anti-capitalisme exacerbé par la crise de 2008, un discours utopique s’inscrit peu à peu chez Hollande à travers des arguments populistes remplis de promesses et de prises de position à la limite du marxisme ; par exemple : une taxation exorbitante et une discrimination notoire de certaines strates sociales avec son fameux « Je n’aime pas les riches »3, un discours agressif envers les entreprises et la finance, l’adversaire qui « n’a pas de visage »4, une critique de la politique d’austérité européenne , ou encore, deux arguments diamétralement paradoxaux, une promesse de diminution du déficit et une stimulation de l’économie par la demande (une relance keynésienne), c’est-à-dire axée sur la hausse des dépenses publiques. Par ailleurs, il n’hésita pas à flirter avec l’extrême gauche afin d’obtenir quelques voies supplémentaires au second tour, ce qui fut critiqué de manière analogique à Sarkozy lorsqu’il essaya de séduire une partie de l’electorat du FN.

L’apologie de cette rhétorique socialiste se concentra dans son slogan de campagne : « Le changement, c’est maintenant », se confondant avec l’optimisme panglossien et, plus précisément Leibniztien, du « tout va pour le mieux, dans le meilleur des mondes », dans lequel toute situation mène logiquement à un équilibre parfait et positif. À la différence que, dans ce cas de figure, Hollande se posa comme un révolutionnaire de gauche et même un prophète ; seul lui semblait pouvoir sauver la France, laquelle aurait été entrainée dans une débauche libérale par la droite. Cet exposé attegnit son paroxysme lors du débat télévisé5 du second tour lorsqu’il prononça un long monologue surplombé d’une interminable anaphore, « Moi, président… », redondante et grotesque décrivant les mérites du candidat au détriment du président Sarkozy. Enfumé par des idéaux, la démocratie choisit un président par défaut, entre désir de punir la droite et ras-le-bol socio-économique.

© lexpansion.lexpress.fr

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Tempête, nauffrage et tremblement de terre : la faillite idéologique

Confrontée à la réalité du pouvoir, l’utopie panglossienne s’effondre alors face à la réalité des chiffres. Jusqu’à la fin de l’année 2013, Hollande a essuyé candidement un nombre incalculable d’insuccès et de promesses non-tenues : un déficit public supérieur au seuil de 3 % (engagement 9), pas de renégociation du pacte budgétaire européen et de création d’euro-obligation (engagement 11), une croissance économique en berne et une hausse du chômage, et enfin, une fuite des entreprises et des capitaux. Sans oublier certaines reproches faites à l’ancien président Sarkozy, tel que la désignation des responsables de chaînes publique, c’est un engagement (n°51) que François Hollande n’hésita pas à bafouer amorcelant la décomposition de cet idéal de «république exemplaire » de la gauche bien-pensante. Malgré tout, il a tenu presque la moitié de ses 60 engagements politiques, mais ce ne sont ces derniers qui importent nécessairement pour redynamiser l’économie.

Hormis le manque d’une politique économique pragmatique et substantielle, cet échec est dû à d’autres phénomènes plus subtils, impactant négativement le gouvernement. Tout d’abord, ce dernier souffre d’illégitimité de par le statut du président, c’est-à-dire par défaut. Ensuite, son gouvernement pâtit d’une profonde inefficience, car il a avant tout été construit dans une stratégie de réseautage plutôt que dans une stratégie de performance. Effectivement, seuls des polititiciens de gauche, souvent inexpérimentés de la vie politique, figurent au gouvernement tels que des camarades de sa campagne politique ou de ses années à l’ENA, appauvrissant l’échange d’idées et de diversité des points de vue. De plus, le choix des ministres fut guidé par la mollesse de la personnalité de François Hollande, déléguant par exemple le rôle de premier ministre à Jean-Marc Ayrault, un personnage peu charismatique peinant à se faire respecter. Dans ce cas, cette désignation lui permet d’éviter une candidature d’Ayrault en 2017, évitant de fait une confrontation comme en 1988 entre Chirac et Mitterand, premier ministre et président respectivement à l’époque. Cette mollesse s’exprime aussi à travers des choix politiques parfois hésitants face aux manifestations et réclammations des lobbys, altérant d’autant plus le statut du gouvernement.

L’impopularité paroxysmique de François Hollande ne tient pas uniquement à son incapacité à résoudre les problèmes de la France, mais aussi à un échec communicationnel. Au-delà des petites maladresses et des soucis esthétiques tels que sa persévérance à maintenir sa cravate de manière désaxée, Hollande s’est également surexposé dans des interventions publiques inutiles sur des faits divers comme dans l’affaire Léonarda. Par ailleurs, il s’est aussi attaqué à des sujets sensibles de la société, comme la famille, dans une période de crise économique où l’humeur des Français oscillent kaléiodospiquement. Enlaçant déjà une vague d’euro-scéptiscisme et un désir d’anti-système populiste, ceci permet à des partis conservateurs d’affirmer leurs positions sur la place politique, jonglant sur l’aspect sacré et identitaire de la famille nucléaire en France. Néanmoins, contrairement à l’opinion de certains médias traditionnels, sa mésaventure personnelle avec la jeune actrice Julie Gayet peut subtilement affecter de manière favorable son image. En effet, cet incident pourrait nuancer un homme souvent considéré comme un « gentillet » ou un « flamby ».

Enfin, essayant de maintenir tant bien que mal sa ligne politico-économique, le président français peine à avoir un impact sur l’économie et dans le coeur des Français. Par ailleurs, comme dit précédemment, il est parti avec deux handicaps : un gouvernement inefficient et une communication chétive. Déceptions après déceptions, un nouveau François Hollande, à la rhétorique totalement aux antipodes de ses discours de campagne présidentielle, a vu le jour ces derniers mois.

 

Le changement, c’est enfin maintenant ?

Le pacte de responsabilité de François Hollande en ce début d’année surprend de par son argumentation libérale visant ouvertement le patronat. Un virage que l’on retrouve dans sa proposition de baisser les charges des entreprises afin de stimuler l’offre, par exemple. Réalité du pouvoir ou réalité de l’homme, il s’affranchit de cette pesanteur utopique, rentrant ainsi en quasi-paradoxe avec sa campagne politique : la relance par la demande. Ce choix politique raisonné ne peut être que raisonnable dans un contexte où la raison économique s’est imposée. L’argument socialiste, quasi néo-marxiste, s’efface au profit de l’argument libéral, ou dit « social-libéral ». La gauche syndicaliste et vieillissante de France se conforme à un socialisme plus réaliste, moderne mais aussi germanique. Finalement, ce virage politique aboutit simplement à la conclusion philosophique du livre de Voltaire : « il faut cultiver notre jardin ». Fini de se complaire à travers les politiques idéologiques inefficaces, le gouvernement se met pragmatiquement au travail.

Le changement de politique économique ne peut être que salué. Néanmoins, il peut tout aussi bien être critiqué au regard de certaines de ses conditions. En effet, afin d’avoir des contreparties des entreprises (embauche d’employés), Hollande veut mettre en place une sorte d’observatoire de contrôle faisant ainsi écho à une économie planifiée1. Il démontre, une fois de plus, son manque de confiance envers les entreprises et le marché économique. En effet, même si les entreprises n’embauchent pas, la hausse des profits de ces dernières va attirer d’autres entreprises à rentrer sur le marché et, ainsi, l’emploi augmentera. Parfois, sa méconnaissance des mécanismes économiques de base trouble, surtout lorsqu’on connaît le parcours universitaire du président à HEC Paris .

© tuxboard.com

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2017, la relève ?

L’opposition politique composite, impotente et injurieuse permet à Hollande de souffler, mais aussi d’envisager un deuxième mandat. Étonnement, l’UMP, un parti autrefois puissant, souffre d’une maladie puérilente, la gangrène, l’affaiblissant face aux autres mouvements politiques. Se décomposant doucieusement, deux charognes, principalement l’extrême droite et accesoirement le centre, en profite pour acquérir un nouvel électorat. La pernicieuse santé de l’UMP s’explique par ses propres conflits internes et niaiseries. Ceci pourrait mener le candidat potentiel de l’UMP à ne pas passer le premier tour. Cependant, le retour en politique de Sarkozy éviterait l’agonie de son parti et lui permettrait de se faire réélire, pour autant que les Français soient prêts à lui pardonner ses erreurs. Dans le cas contraire, à gauche, Hollande se représenterait et serait probablement confronté à Marine Le Pen au second tour, une situation presque analogue à celle de 2002. Et, une fois de plus, François serait probablement à nouveau élu par défaut. Néanmoins, cette spéculation contextualisée par rapport à la situation politique de ces derniers mois pourrait être chamboulée par un outsider, encore dans l’ombre.

 

 

Notes

1Personnage principal du livre de Voltaire : Candide ou l’optimisme

2Désigne le lynchage médiatique, provenant des médias britaniques, auquel fait face François Hollande

3Prononcé lors du débat télévisé de François Hollande sur TF1 le 27 février 2012

4Prononcé lors de son discours au Bourget le 22 janvier 2012

5Débat entre le candidat, François Hollande, et le président, Nicolas Sarkozy, qui a eu lieux le mercredi 2 mai 2014

6http://m.lesechos.fr/france/pacte-de-responsabilite-hollande-veut-des-contreparties-claires-precises-mesurables-en-termes-d-emplois-0203257347519.htm

 

Sources générales

Candide ou l’optimisme, Voltaire

http://www.leparisien.fr/politique/cote-de-popularite-leger-mieux-pour-francois-hollande-14-01-2013-2480513.php

http://www.chefdentreprise.com/thematique/entrepreneuriat-1024/Breves/Les-chefs-d-entreprise-s-enflamment-contre-la-politique-de-Fran-ois-Hollande-46660.htm

http://www.economist.com/blogs/newsbook/2012/02/fran%C3%A7ois-hollande-london

http://www.economist.com/node/21553446

http://www.huffingtonpost.fr/2013/02/05/hollande-a-strasbourg-discours-offensif-finance-austerite_n_2621411.html

http://www.contrepoints.org/2014/01/24/154393-la-gueguerre-de-linternationale-keynesienne-contre-le-virage-de-francois-hollande

http://www.lefigaro.fr/assets/promesses-hollande/Promesses-Francois-Hollande.html

http://www.lemonde.fr/emploi/article/2014/01/21/pacte-de-responsabilite-hollande-reste-flou-sur-les-contreparties_4351784_1698637.html

http://m.lesechos.fr/france/pacte-de-responsabilite-hollande-veut-des-contreparties-claires-precises-mesurables-en-termes-d-emplois-0203257347519.htm

Commentaires

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chente fou

trés bon super m plaît!!

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chente fou

trés bon super m plaît!!

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