Coups de coeur Le 31 mars 2015

Noisey X Atlanta: entre rapports de classe et choc des cultures

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Noisey X Atlanta: entre rapports de classe et choc des cultures

Les USA revisités

En 2014, la branche musicale de Vice1 débutait un tour prometteur des États-Unis. L’objectif était de présenter, sous forme de mini-épisodes documentaires, les épicentres des nouveaux courants musicaux liés au rap. L’honneur de la première destination revint au South side2 de Chicago et sa scène drill, étroitement liée à la violence endémique des guerres de gangs.

Déjà à l’époque, les épisodes lorgnaient du côté de la sociologie urbaine en réunissant à l’écran des paradoxes sociaux intéressants. Comme le fait d’expédier Thomas Morton (parfois mal pris mais jamais inquiété), impeccable présentateur blanc aux allures de premier de classe, dans les coins les plus inhospitaliers de la métropole. Une manière de mettre en images la fracture sociale, nette et précise. Ou le décalage par les mots, en évoquant « Normal » Bvd, situé au croisement d’un bloc très peu sûr. L’effet était garanti.

Cette première série de huit épisodes installait tranquillement Noisey sur les rails du documentaire réussi, entre musique et dimension sociologique. La deuxième fournée était prévue pour cette année, encore un cran au-dessus.

« The City too busy to hate »3

En 2015, Noisey réendosse le rôle de documentariste qui lui va si bien. En bon « cartoville » musical, la chaîne poursuit sa traversée du pays en direction d’Atlanta. Une « plaque tournante du trafic de drogue vers la côte est » et le berceau de la trap. Cette fois, il s’agit d’une ramification sudiste du rap devenue bande son de l’économie parallèle et des strip clubs de la ville. Aux oubliettes les gangs de Windy City4, la bonhomie du sud préfère la drogue et le twerk5.

Le premier épisode démarre en fanfare avec la présence du guide local Curtis Snow6, transformé en cuistot le temps d’une recette maison. Un genre de « Top Chef » des taudis. Puis l’intro se lance, au son hypnotisant d’une logique implacable: « Sometimes you win, sometimes you lose ». Quelques précisions sémantiques plus tard et voilà notre animateur vedette prêt à plonger dans le grand bain des paradoxes sociaux et économiques d’ « ATL »7. Car au-delà de la musique, l’important se trouve là.

Et rebelote, mais jamais on ne s’y fera : Thomas Morton, fidèle au poste, est parachuté dans les zones les plus anxiogènes de la ville. Quelques fois sous drogue, souvent sobre. Dès l’épisode deux, il rejoint le groupe Migos à l’intérieur d’un country club8 de Stockbridge (banlieue pavillonnaire), dans leur résidence surveillée à l’arme de guerre. Encore une fois, la fracture sociale détonne avec au passage une illustration parfaite de l’American way of life inversé. Dans le cinquième épisode, Young Scooter, résidant et rappeur de la zone 6 d’Atlanta, prend dans ses bras sa fille « Money ». Il n’existe pas de meilleure personnification du capitalisme. Ou encore, ce mur érigé entre des lofts à 300’000 dollars et des HLM de la zone 8 de la ville. Hautement symbolique, la ségrégation comme on n’en fait plus.

La plupart des dix épisodes de la série offrent ce type d’oppositions surprenantes. Ils pourraient d’ailleurs presque prétendre au titre « d’études urbaines » tant ils renseignent sur les conditions de vie d’une partie de la population des grandes villes américaines.

 

Episode 1 – « Welcome to the Trap »

 

Episode 2 – « Meet the Migos »

(Tous les épisodes sont sous-titrables en cliquant sur l’icône en bas à droite.)

 


1. Plate-forme journalistique d’investigation, dont Noisey est la branche musicale.

2. La partie sud de la ville présente un taux d’homicide alarmant. Depuis quelques années, Chicago a été rebaptisée Chiraq par ses habitants. En référence au nombre de morts, 4’265 exactement de 2003 à 2011, sensiblement proche de celui des soldats américains tués en Irak au cours de la même période.

3. « La ville trop occupée pour haïr »

4. Surnom de Chicago

5. Danse provocante issue de la scène bounce de la Nouvelle-Orléans

6. Célèbre dealeur et braqueur d’Atlanta

7. Surnom de la ville constitué des trois premières lettres

8. Centre sportif privé

 

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