Genre Le 19 mai 2016

Combattre le sexisme et les discriminations à l’Université

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Combattre le sexisme et les discriminations à l’Université

Logo du Collectif d’étudiant-e-s en lutte contre les violences sexistes et le harcèlement sexuel.

Dans les couloirs de l’université autant qu’ailleurs, le sexisme et les discriminations règnent. Pour le mettre en lumière et agir contre ces violences quotidiennes, un groupe d’étudiant-e-s a formé un collectif. Zoom sur le CELVS (collectif étudiant-e-s de lutte contre les violences sexistes et le harcèlement sexuel) et ses actions.

 

Des blagues grossières en arrivant à la cafétéria, un-e professeur-e qui donne des surnoms à ses étudiant-e-s ou une main qui soi-disant s’égare lors d’un cours ou d’une soirée, voilà autant d’exemples de harcèlement sexuel. Il sévit dans l’enceinte de l’université. Récurrent et flagrant, il est non seulement la conséquence de comportements sexistes et dominants envers les femmes, mais il dérange aussi au quotidien et péjore les études. C’est le constat amer qu’ont fait des étudiantes de l’Université de Genève. Décidées à réagir, elles se sont constituées en collectif (le CELVS) pour briser le tabou et changer le cadre institutionnel.

Tout a commencé il y a un an sur le site internet de l’Université de Genève. En cherchant des informations sur le harcèlement sexuel, on est confronté à maintes difficultés. La page dédiée à la problématique est cachée dans les méandres du site. Pire encore, les solutions apportées laissent sur sa faim et dérangent. Une des causes : le cas spécifique de harcèlement sexuel envers des étudiant-e-s en hautes écoles ou à l’université n’est pas pris en charge par la LEg (la loi sur l’égalité). Ci-dessous l’article concernant le harcèlement dans ladite loi :

Art 4. LEg : Harcèlement sexuel; discrimination

Par comportement discriminatoire, on entend tout comportement importun de caractère sexuel ou tout autre comportement fondé sur l’appartenance sexuelle, qui porte atteinte à la dignité de la personne sur son lieu de travail, en particulier le fait de proférer des menaces, de promettre des avantages, d’imposer des contraintes ou d’exercer des pressions de toute nature sur une personne en vue d’obtenir d’elle des faveurs de nature sexuelle.1

 

Mais le harcèlement sexuel, c’est quoi ? La LEg le définit comme un comportement portant atteinte à la dignité de la personne sur son lieu de travail. C’est la raison pour laquelle les étudiant-e-s ne sont pas protégé-e-s. Pour le CELVS, il s’agit surtout de comportements à caractères sexistes ou discriminatoires (même sous couvert de l’humour), qui ne sont pas bien accueillis par la personne et qui instaurent un environnement hostile. C’est là toute la différence avec la drague, laquelle constitue un échange réciproque et consenti entre deux individus. À noter aussi qu’il peut se produire à la fois entre étudiant-e-s (harcèlement horizontal) et entre professeur-e-s et étudiant-e-s (harcèlement vertical). Loin de condamner la drague ou la socialisation à l’université, le CELVS veut donc agir contre le harcèlement sexuel.

 

Objectifs du CELVS

Première mission : briser le tabou et la banalité qui règnent autour de cette thématique. C’est ainsi oser dire de ces comportements: non, ce n’est pas normal ! Le CELVS ouvre le dialogue et encourage les étudiant-e-s à s’exprimer sur le sujet et à partager leurs expériences. Interventions lors de cours, colloques et workshops, le collectif développe des espaces d’échanges et de réflexions.

Sur cette lignée, le collectif a organisé un colloque le 15 avril dernier, afin de réfléchir sur le sujet et de proposer un espace de discussion à tous ceux qui le souhaitaient. Véritable succès, plus d’une cinquantaine de personnes se sont succédé durant la journée et ont participé à des débats très riches. Des intervenantes venant d’universités mais aussi d’associations ont ainsi partagé leurs recherches et leurs expériences autour du harcèlement sexuel. Les participant-e-s ont alors discuté de ses enjeux juridiques et sociaux ou encore du lien entre sexisme, homophobie et transphobie. Ils ont également pu appréhender son ampleur grâce à la présentation d’une étude chiffrée et, pour finir, ont découvert les actions de deux associations en particulier.

Colloque_JDE

 

Dans cette même optique, le CELVS dénonce les actions de la page Spotted Unige, qui banalise le harcèlement sexuel. Sur cette dernière en effet, des étudiant-e-s décrivent d’autres étudiant-e-s à travers des messages et des poèmes, sous le registre de la drague. Les étudiant-e-s ainsi visé-e-s sont ciblé-e-s sans rien avoir demandé, et en conséquence sans consentement. Plus encore, en permettant l’utilisation de termes se rapportant au harcèlement et la description de situations de harcèlement, Spotted Unige contribue à la banalisation de celui-ci.

Ces premières actions participent également à la deuxième mission du CELVS: changer le cadre institutionnel. En mettant le sujet du harcèlement sexuel sur le devant de la scène, le collectif veut provoquer une prise de conscience de la part des institutions et les pousser à changer leur politique. Ce qui se passe tous les jours aux yeux de tou-te-s ne devrait pas être caché. Des solutions concrètes, des plateformes professionnelles d’aides et d’échanges doivent ainsi voir le jour, afin de lutter contre ce sexisme structurel.

Car si le CELVS lutte à l’Université de Genève, ses actions ne se limitent pas à une structure ou à une catégorie de personnes. Dans la rue, dans les bars, auprès des femmes, des personnes LGBT*, des personnes d’autres ethnies ou des personnes en rondeur, les discriminations sont partout. Elles sont le fruit de dominations structurelles, qui punissent les personnes considérées comme hors de la norme. Lutter contre le harcèlement sexuel, c’est ainsi lutter contre ces dominations et contre toute forme de discriminations.

 

1 https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/19950082/index.html#a4

Commentaires

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Chetto

Dommage qu'une telle initiative n'existe pas chez les personnels de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur. Le sexisme y est…

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Chetto

Dommage qu’une telle initiative n’existe pas chez les personnels de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur. Le sexisme y est présent au moins autant que chez les étudiants.

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