Politique Le 15 février 2014

Non, nous ne sommes pas les 49,7% !

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Non, nous ne sommes pas les 49,7% !

Face au choc de l’acceptation de l’initiative UDC se met en place un mouvement, qui, dans un compréhensible besoin de communion héminationale, base sa communication sur le fait que la moitié, ou presque, des Suisses ont tout de même voté NON.

Les idées fusent, les visuels sont réussis, l’humour est ravageur… et la psychothérapie de groupe fait son effet: Nous sommes minoritaires certes, mais de peu, et sommes dans le vrai, l’intelligent et l’ouvert. Bref, nous avons raison !
Cette simplification me laisse pourtant un goût plutôt désagréable et me fait espérer que, une fois le traumatisme passé, le niveau du discours politique reprendra son envol pour atteindre des niveaux de nuance désormais délaissés.

Pour tout dire, je ne parviens pas à m’identifier aux « 49,7% » pour les raisons suivantes:

– Je ne peux me résoudre, par principe, à une approche binaire des questions politiques, qui sépare sans équivoque le bien du mal.

– La mise en évidence de ce taux écarte de l’analyse – et de la communauté – tous ceux qui n’ont pas voté: abstentionnistes, étrangers et jeunes, dont il aurait été intéressant de connaître l’avis sur la question.

– Les deux blocs dessinés par le vote sont en fait eux-mêmes complètement morcelés : Si je ne peux m’identifier à un xénophobe de souche, je dois admettre que, politiquement, je me sens plus proche du chômeur abusé par les arguments UDC, que du patron qui a refusé l’initiative dans l’espoir de pouvoir continuer à sous-payer ses employés.

– En traçant une ligne de démarcation infranchissable, on refuse de tenter de comprendre et surtout de convaincre ceux qui, sans être du tout xénophobes, ont voté l’initiative pour des raisons qui méritent d’être entendues et traitées politiquement. Au contraire, en les confinant de l’autre côté, on ne peut que les convaincre d’y rester.

– Derrière les visuels et les textes proposés transparaît souvent un mépris de la Suisse alémanique, assez peu compatible avec l’esprit d’ouverture revendiqué, et de fort mauvais aloi, alors que les différences se sont considérablement estompées entre les régions linguistiques et que certaines villes alémaniques ont refusé le texte plus nettement que les romandes. On peut dénoncer la bêtise d’un Blocher, mais il faut aussi relever le peu de consistance d’un Burkhalter humiliant un journaliste radio alémanique qui lui demandait une intervention en allemand pour ses auditeurs.

– Enfin, on remarque une troublante tentation de la Schadenfreude, montant en épingle toutes les réactions outrancières de représentants de l’Union Européenne. Cela est particulièrement inquiétant, car on risque ainsi de conforter une part de l’opinion suisse et européenne dans sa représentation d’une technocratie bruxelloise méprisant la volonté populaire exprimée démocratiquement.

La Suisse s’est engagée dans une période instable de négociations difficiles avec un partenaire lui-même en crise. Personne ne peut raisonnablement en anticiper l’issue.

C’est pourquoi il est nécessaire de se retrousser les manches et de faire de la politique, imaginer, convaincre et bâtir, plutôt que de se retrancher dans une morgue condescendante et d’expliquer en anglais à ses compatriotes qu’ils ne font pas partie de « the other half« .

Commentaires

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dox2

Putain, 0,5% d'écart, ça rapproche plutôt, non?

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HN

Désolé pour le doublon, mes doigts ont fourché en cours de rédaction.

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HN

@Pro libertate Pourquoi serait-il interdit à une personne "qui n'a jamais rien produit dans la vie" de critiquer les…

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dox2

Putain, 0,5% d’écart, ça rapproche plutôt, non?

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HN

Désolé pour le doublon, mes doigts ont fourché en cours de rédaction.

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HN

@Pro libertate
Pourquoi serait-il interdit à une personne « qui n’a jamais rien produit dans la vie » de critiquer les actes d’une personne qui en a fait plein ??
Sommes-nous, à vos yeux, uniquement dignes de fouler cette terre si notre plus-value matérielle est positive ?
Envisagez-vous un tri dans les maternités ou les écoles pour retirer le droit de critiquer (pourquoi pas le vote, la vie, boom Godwin…) aux personnes qui ne semblent pas destinées à un destin incroyable de patron ou d’entrepreneur ?

Cdlmt

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Pro Libertate

J’allais dire « Bravo » pour votre texte, assez lucide, puis je tombe sur « la bêtise de Blocher ».

Pardon? La bêtise?

Ce monsieur a pris une entreprise au bord de la faillite et en a fait l’un des fleurons de l’économie Suisse, créé des dizaines de milliers d’emplois et a, presque tout seul, réussi à nous tenir en dehors de l’UE, ce désastre qui est en train de couler sous nos yeux!

De toute évidence, M.Blocher est un homme BRILLANT!

A mon avis, pas un seul de ses critiques n’arrive à la cheville de ce monsieur!

Il est tout de même incroyable d’entendre des personnes qui, parfois, n’ont jamais rien fait de productif de leur vie, qui sont tout juste journalistes médiocres, voire politiciens professionnels, donc parasitaires, attaquer une personne ayant réussi tellement de choses dans sa vie.

Je me souviendrai toujours de ce débat entre Blocher et Villiger, dans lequel Blocher explique: « Pour vous et moi, M.Villiger, entrer dans l’UE serait formidable! Ca nous donnerait plus d’importance, plus de pouvoir, mais pour le citoyen Suisse moyen, ce serait une catastrophe. Il perderait ses droits civiques, son pouvoir d’achat et sa sécurité, tout sacrifié sur l’autel de l’uniformisation de l’UE ».

Je pense que dans 10 ans, l’immense majorité des citoyens seront heureux de ce vote, tout comme ils sont 89% à être heureux du vote de 1992 aujourd’hui.

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Julien Nicolet

Merci à toutes et tous pour vos commentaires. Une précision à apporter au dernier d’entre eux, dont l’auteur a manifestement été abusé… par une lecture trop rapide du texte.
Il en conclut en effet que j’aurais accepté l’initiative, ce qui n’est évidemment pas le cas, pour les raisons qu’il présente. Mon propos est, il me semblait que cela était clair, de m’étonner de la fraternité soudaine de tous ceux qui ont refusé le texte, alors même que la campagne avait été menée de façon séparée par les deux principaux camps du non.
Tout cela pour dire que nulle part je ne sous-entends que tous les chômeurs ont voté oui et que tous les patrons sont machiavéliques, mais que ces deux profils existent et que, somme toute, je me sens plus proche de l’un que de l’autre, quand bien même il s’est retrouvé dans le camp opposé dimanche dernier.

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CIPRUT

D’accord ave Julien Nicolet. J’avais d’abord lu son commentaire, rapidement il est vrai, mais sans faire le contresens que m’a inspiré probablemnt le texte d’un autre commentateur, qui avait voté OUI, mais admirait le sens de la nuance du premier. Don’t act.

Le sens de mon commentaire, c’est que le regret de faire partie de l’un ou l’autre camp du fait de l’inhomogénéité des raisons aynt conduit chacun à faire leur choix n’était pas des plus pertinents eu égard au caractère binaire de la division imposée par l’initiative. Il fallait faire ce choix tout en étant conscient de se trouver dans le même camp que des personnes ayant fait le même choix pour des raisons autres. Peronnellement, tout en étant foncièrement hostile pour simplifier aux patrons voyous votant NON par exploitation du dumping salarial, si je regrette quelque chose, c’est qu’ils n’aient pas su convaincre de leur volonté de mettre enfin un bémol aux excés nuisant à leur cause, ni condamner l’hypocrisie de l’UDC avec laquelle ils s’entendent tout le reste de l’année. Je ne regrette en aucune façon qu’ils aient voté comme moi, et de me retrouver avec eux dans la minorité arithmétique des 49.7%. Après tout, embaucher au rabais n’est-il pas mieux que de licencier ? Evidemment si on pense que les immigrés prennent la place des suisses et que c’est ce que veulent les patrons…il est difficile de ne pas voter pour introduire des quotas et si l’on ne vote pas UDC c’est alors uniquement parce qu’on croit ce parti hypocrite et qu’on souhaite une application rigoureuse de son programme … par d’autres (c’est le sens que peuvent prendre hélas des mesures d’accompagnement si elles sont discriminatoires et dirigées contre les postulants étrangers ).

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CIPRUT

A force de s’en prendre au manichéisme supposé des uns, on tombe dans celui des autres. Que veut dire par exemple « je me sens plus proche du chô­meur abusé par les argu­ments UDC, que du patron qui a refusé l’initiative dans l’espoir de pou­voir conti­nuer à sous-payer ses employés », sinon de conforter la démarcation radicale entre chômeur et patron, puisque il est fort heureusement des chômeurs non abusés ayant bien voté et des patrons de PME non forcément machiavéliques qui ploient sous une concurrence estimée déloyale. Lorsqu’une question binaire est posée, et c’est nécessairement le cas dans les intiiaitves et référendums, se prétendre nuancé ne peut conduire qu’à s’abstenir et encore puisqu’on est conduit alors à refuser une voix au perdant probable. Le courage de ses opinions, c’est de dire j’ai voté OUI parce que tout bien pesé je me situe dans le camp des vainqueurs de ce scrutin et des adversaires du droit des humains à choisir le pays où ils désirent s’installer, et où ils trouvent du travail. Tout le reste c’est de l’enfumage, et je suis pour ma part très heureux de m’être situé dans l' »autre moitié » que ce correspondant. J’ajoute d’ailleurs que j’ai plein de respect pour celles et ceux qui comme lui, abusés par la rhétorique udciste, ont cru possible d’émettre un vote de défiance au patronat sans intention de se fier aux blochériens. Il n’en reste pas moins que je pense qu’ils se mettent le doigt dans l’oeil pour ne pas être plus vulgaire.

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adimante

Je fais partie des 50.3 % de ceux qui ont votés oui. Le grand problème c’est la sous-information et l’instrumentalisation de toutes parts. Comme l’auteur de cet excellent billet je m’oppose à toute approche binaire et manichéenne, d’un côté les gentils de l’autre les idiots… Ce n’est pas comme cela que l’on peut avancer ou trouver des solutions. J’ai écrit un essai intitulé LA CROISSANCE ECONOMIQUE DE LA SUISSE, UN DRAME POLTIQUE CACHE qui dénonce et démontre le bas niveau d’approche et de questionnement que nous portons sur des questions aussi fondamentales. Il est dipsonible sur le site http://www.adimante.ch et pour contrer le manichéisme ambiant sur le dernière votation on peut déjà s’en faire une idée avec cette petite vidéo sur youtube https://www.youtube.com/watch?v=-RUkoY2FQGw

Bien à vous tous.

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chente fou

j’aime la suisse avec mon coeur y je vais chercher et trouver le papier pour moi et ma femme aussi. pour quoi pas? viva la suisse!!!!

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Poussière de Pourcent

Très intéressante déclaration d’amour à la nuance.

En effet, je m’attriste aussi du manque de tolérance de ceux qui – comme moi – la prônent.

Etant également déçu par le résultat, et comprenant donc la frustration face aux 0.3% qui ont fait pencher la balance, certaines déclarations sur la toile ou dans la rue me crispent car elles valent à peine mieux que des discours UDC, ou même MCG.

Simplistes, elles laissent suggérer que ceux dont elles proviennent détiennent la vérité absolue, sont dans l’axe du bien, et démontrent une incapacité totale à tenter de se mettre à la place de l’autre, ou au moins de tenter de comprendre (sans pour autant cautionner, même pas besoin d’aller jusque là)ce qui a pu poussé certains voter OUI.

La fataliste conviction que ceux qui constituent les 50.3% ne sont que des racistes et des idiots ne fait pas honneur à ceux qui l’expriment.

Je ne peux m’empêcher de penser que sans un esprit de nuance, il est parfaitement impossible de renverser la tendance.

Mouton noir, noir mouton, comme dit l’expression 🙂

L.

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de Preux Julien

Bonjour à toutes et à tous,

l’objectif de theotherhalf.ch est d’être une vitrine digitale (donc accessible de partout ) de la suisse contemporaine qui se défend de la décision du 9 février 2014 pour plusieurs raisons.
La première est que les personnes qui rejoignent l’initiative « l’autre moitié » (qui est bien une image et pas une exactitude) ont besoin de s’exprimer, créativement et différemment. La démocratie veut que le peuple puissent s’exprimer lors de souhaits de remaniement de la constitution ou autres changements désirés, mais aussi de laisser la possibilité à d’autres de pouvoir parler, s’exprimer et débattre, lors de choix d’importance comme ce fut le cas dimanche dernier.

La création de cette plateforme n’ai d’ailleurs aucune utilité raciste (à lire dans les règlements du site), ni de division entre romands et suisses alémaniques. La haine et la colère est suffisamment présente pour l’attiser encore plus. Nous avons des personnes Outre-Sarine qui nous expriment également leur déception. Une plateforme de libre expression se doit de ne pas plaire à tout le monde, et c’est bien normal, surtout lorsqu’il s’agit de sujets sensibles qui touchent le coeur, les tripes et la peur. Cette dernière, qui n’est pas le moteur de ces images, textes et créations n’a pas sa place ici. C’est l’idée d’une Suisse unie, généreuse, auto-dérisoire et dotée d’un sens de l’humour qui prend les rennes et qui s’exprime, toutes régions confondues, pacifiquement.

Nous voulons que notre pays, vu de l’extérieur, montre une image positive, qui ne baisse pas les bras et qui a toujours aimé être bien aimée à l’étranger (…). L’anglais évidemment fait débat, car outre le fait que cette langue en irrite plus d’un par ici, est une langue internationale et a tout a fait sa place dans cette communauté, cela n’aurait pas de sens de ne pas l’inclure. (Une url de site web en quatre langues nationales… c’est pas très pratique 😉 Avec un peu de volonté, chaque personne pourra y trouver son compte dans sa langue préférée.

Notre autre moitié est l’autre moitié d’un point de vue statistique. C’est encore une fois une image, une représentation de ce qu’est aujourd’hui la Suisse, un peu divisée, et je pense que tout le monde est d’accord là-dessus.

Cette action-ci est créative. Nous laissons à d’autres initiatives, plus pointues et plus éduquées sur le sujet de développer plus précisément et politiquement le débat.

Bien à vous, et merci pour cette prise de position.

Salutations,
Julien de Preux

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