International Le 18 août 2013

La Syrie, Carnet de voyage et réflexions (Pour la paix) – Partie 1

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La Syrie, Carnet de voyage et réflexions (Pour la paix) – Partie 1

Enfant de la guerre, camp de Zaatari (c) Life for Syria

Pensez à lire la préface qui explique le contexte dans lequel cette série d’articles est écrite.

1. Intro. Le sacrifice de la Syrie

Merci Octave, Bassel, Mohammad pour votre amitié et votre relecture rigoureuse et savante de ces textes.

Rappelons que la Syrie est un pays de 21 millions d’habitants, de 185’000 km2 de territoire, avec une histoire de plus de 12’000 ans d’occupation humaine, composée d’une variété de 19 communautés confessionnelles recensées, avec une population pluriethnique. Sa capitale, Damas, a été habitée sans interruption depuis 5’000 ans ; sa capitale économique était Alep, et la ville d’Ougarit a vu naître le premier alphabet complet du monde (l’alphabet ougaritique, cunéiforme, apparu entre le XVe et le XIIIe siècle av. J.C.). Par son histoire et sa situation géopolitique, le pays possède (possédait?) des vestiges majestueux d’anciennes civilisations, ainsi que des paysages très variés et imposants. Sans parler de sa richesse culinaire, musicale, littéraire, et de son impressionnante capacité d’accueil et de diversité.

Les vestiges de la grande Palmyre et la citadelle hissée sur le sable (1989)

Les vestiges de la grande Palmyre et la citadelle hissée sur le sable (1989)

Qui l’eût présagé ? Ceux qui ne connaissent rien à ce pays ne voient que des images d’horreur et de haine, inacceptables aux yeux et aux cœurs de ceux qui savent de quelle essence est faite le peuple syrien. À présent, cela fait deux ans et demi que la Syrie est secouée par une guerre qui devient, chaque jour, plus infernale et irréversible. Au début, on en parlait peu. Quelques articles ponctuels associaient les événements en Syrie à la grande vague des printemps arabes. Et puis il y a eu Deraa (peu de gens en ont réellement entendu parler, j’y reviendrai), Alep, les armes chimiques, Homs…

Parallèlement, les nouvelles du « monde arabe » annonçaient à tour de rôle des révoltes, des retours « à l’ordre » ou retournements des extrémistes, et la Syrie faisait son apparition de temps à autre. Pendant ce temps, la destruction avait bel et bien commencé, ainsi que le drame de tout un peuple, mais la Syrie n’était pas le centre de notre attention.

Il a fallu s’approcher de l’enfer, je dirais même y entrer, pour toucher les cœurs et l’attention des journalistes et de l’Occident en général1. Des chiffres épouvantables pour apparaître dans la presse et dans nos consciences : passer le cap des 100’000 morts en mai2, des 2.6 millions de réfugiés externes et des 4 millions de déplacés internes, entre autres statistiques alarmantes3. Malgré cela, aucune mobilisation réelle n’est mise en marche, rien ne bouge !

Children killed: 8.390
Women killed: 7.686
Injured: +750.000
Imprisoned: +200.000
Missing: + 60.000
In risk of hunger: 3.500.000
In need of humanitarian aid: 4.500.000
Buildings destroyed: 3.000.000
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Le camp de réfugiés de Domiz dans la région kurde du nord de l'Irak (c) Life for Syria

Le camp de réfugiés de Domiz dans la région kurde du nord de l’Irak (c) Life for Syria


La machine de guerre est lancée

La presse et les médias sociaux diffusent de plus en plus d’informations sur la Syrie, et, bien que ces dernières soient catastrophiques, les images sont toujours assez proprettes, il faut le dire. Nous pouvons voir des images de villes dévastées, sans une âme à la ronde (dignes des scénarios de fin du monde les plus hallucinants); des scènes d’adultes courant avec des enfants dans les bras pour échapper à des raids, ou encore quelques images de femmes, vieillards et enfants sombrant dans le désespoir. Bien que ces visuels soient touchants, ils ne reflètent en rien l’horreur vécue chaque jour sur le terrain. À réfléchir. En attendant, pour celles et ceux qui souhaiteraient avoir des informations intéressantes en français sur cette guerre, vous trouverez quelques liens en note de bas de page. Aujourd’hui, les articles et vidéos abondent, encore faut-il savoir trouver les bons5.

Cette guerre, que quelqu’un me le dise, a-t-elle donc pour but de faire ressortir toute l’horreur dont est capable l’Humanité afin qu’on en prenne conscience ? Indifférence, cruauté, égoïsme, torture, destruction, avidité, course au pouvoir, la liste est longue. J’avoue que je ne comprends pas et que j’aimerais comprendre. Car ce qui arrive dépasse toute rationalité, éthique et prévision… Cette guerre semble différente des autres, probablement par son envergure et sa sauvagerie. Comme si un voile entourait la machine de guerre qui est lancée dans ce vaste pays, comme si un ensemble d’éléments s’étaient abattus sur la Syrie pour empêcher d’arrêter ce processus de destruction. Parmi ces éléments, nous pouvons signaler les suivants (chacun mérite d’être approfondi et est ici proposé comme piste à analyser) :

Pas assez de pétrole : La Syrie ne possèderait-elle pas assez de richesses naturelles pour justifier, économiquement, une intervention américaine (au nom de la « défense de la démocratie »…) ?6

L’aide internationale : Malgré son objectif originel, l’ONU ne joue pas un rôle d’arbitre international. Il en va de même pour d’autres organisations internationales telles que la Croix Rouge : force est de constater combien l’humanitaire dépend des grandes puissances… car personne ne peut intervenir sur le territoire syrien sans l’aval de l’État. Ce qui revient à dire que le gouvernement syrien dirige l’aide internationale à son gré, et qu’elle atteint rarement les sinistrés. Par contre, bien que cela reste difficile, en zone dite libérée7, l’aide parvient sous le contrôle de la coalition8. C’est souvent par le biais de certains individus ou d’associations très courageux qu’il est possible d’apporter une aide locale ciblée, en courant des risques énormes.

Assistance médiale

Une assistance médicale locale indispensable (c) Life for Syria

Les États-Unis sont en crise : La situation économique des États-Unis fait qu’ils ne peuvent s’engager dans une nouvelle opération ouverte au Moyen-Orient. Consultez à cet égard l’article « À quoi joue l’administration Obama en Syrie » de Victor Santos Rodriguez publié ici même sur jetdencre.ch.

L’Europe aussi: la crise économique qui ronge ces (futures) ex puissances commence à les obliger à s’occuper de ce qui se passe chez elles (enfin !).

Al-Assad les stratèges : Il faut reconnaître que Hafez Al-Assad et son entourage militaire ont laissé un héritage machiavélique considérable, exploité par Bachar Al-Assad et ses conseillers. Ils maîtrisent leur territoire, leur stratégie, et une bonne partie de la population (qui soutient encore le régime) ; on pressent qu’ils se sont préparés pour cette guerre depuis des décennies, depuis le père. Et avec l’aide de l’Iran, de la Russie et du Hezbollah, ils renforcent cette position.

L’équilibre de la Syrie : La Syrie a toujours tiré de nombreuses ficelles afin de conserver un équilibre intelligent – économique, politique et religieux – dans la région. Autant à l’intérieur de son territoire par la cohabitation de communautés très diverses, qu’autour de ses frontières par des ententes – ouvertes ou tacites – avec des pays divergents et complexes. Mais cet équilibre était dangereux. Aujourd’hui la Syrie en paie-t-elle peut-être le prix?9

Chiitessunnites et la région : Les enjeux régionaux sont trop nombreux et d’envergure. Le conflit régional entre chiites et sunnites est attisé, en Syrie, par l’armée officielle et sa stratégie de division. Ces tensions, comme d’ailleurs les autres fractures communautaires, semblent être plus une conséquence qu’une cause du conflit, alors que la presse occidentale a souvent, dès le début, insisté sur cette dimension. Nous pouvons d’ailleurs nous demander si, même aujourd’hui, les Alaouites se sentent chiites10. Toujours est-il que cette tension entre chiites et sunnites se retrouve dans toute son ampleur, et « par procuration »11 sur le territoire syrien, par le biais des financements externes : le Qatar et l’Arabie Saoudite qui financent les rebelles – sunnites –, le Hezbollah et l’Iran qui soutiennent Bachar Al-Assad – chiites. Et alors que le soutien des premiers est motivé par des raisons politico-religieuses, le soutien de l’Iran et du Hezbollah l’est par des raisons purement politiques, logistiques et pragmatiques, loin de toute notion religieuse. Lorsqu’on voit ce qui se passe aujourd’hui en Irak, cela ne laisse rien présager de bon pour la Syrie. Les haines ont été attisées et alimentées par des mouvements externes qui recherchent la domination de la région au risque (calculé !) d’aggraver ou même de créer des fractures qui n’existaient pas auparavant, ou des différences qui n’étaient pas encore des fractures12.

Les autres puissances : À cela s’ajoute l’affrontement indirect entre, d’une part la Russie (aux côtés de l’armée officielle), et d’autre part la France, les États-Unis, qui soutiennent timidement les rebelles (craignant de soutenir indirectement les extrémistes) ; la volonté d’intimider ou de séduire l’Iran (selon de quel côté on se situe) ; la situation des Kurdes en Syrie et dans la région ; et bien évidemment, la présence d’Israël. Ce dernier, par exemple, a fait exploser des cargaisons d’armements puissants en provenance de la Russie, pour éviter que ceux-ci ne tombent dans les mains du régime d’Al-Assad, mais surtout, du Hezbollah. On dit en effet qu’une des raisons de l’engagement du Hezbollah dans ce conflit serait l’accès à des armes destinées à la Syrie, par le biais de l’Iran et de la Russie13.

Codes d’honneur : En plus de la réglementation internationale de la guerre (convention de Genève), qui semble ne plus servir à rien, les codes d’honneur, eux aussi, sont perdus. Ce commentaire est peut-être déplacé, mais je croyais qu’il existait des codes de base, respectés même en temps de guerre, malgré les atrocités qui découlent de tout conflit armé. Or, en Syrie, la liste d’actes dépassant absolument toute éthique est interminable : assassinat de personnes « neutres » (comme celui d’Abdoulrazak Jbero, président de l’antenne du Croissant-Rouge syrien à Idlib, en janvier 2012), aucune trêve pour le Ramadan (près de 4’500 personnes officiellement tuées durant ce mois sacré), bombardement systématique des populations civiles, torture de civils et d’enfants, emploi d’armes chimiques, pour ne mentionner que quelques exemples…

Un enfant soldat (c) Life for Syria

Un enfant soldat (c) Life for Syria

La fin d’une tyrannie : Ces mots d’Abdel Rahman Al-Kawakibi (1849 Alep – 1902 Le Caire ; emprisonné pour son opposition à l’Empire ottoman…) sont très pertinents: « La disparition de l’État tyrannique ne touche pas les seuls tyrans. Elle englobe la destruction des terres, des hommes et des maisons. Car l’État tyrannique, dans ses dernières phases, frappe aveuglément, tel un taureau excité ou un éléphant dans un magasin de porcelaine. Il se détruit et écrase en même temps son peuple et son pays avant de se rendre à son sort. Comme si les gens payaient en fin de compte le prix de leur long silence face à l’injustice et de leur soumission à l’humiliation et à l’esclavage ».14


Les conséquences

Et pendant que la communauté internationale se morfond, qu’on attend la fameuse réunion Genève 2 – constamment repoussée –, que nous voyons défiler des images de destruction sur nos écrans… les Syriens, eux, vivent un drame quotidien sans égal. Qu’avons-nous15 généré aujourd’hui dans ce pays?

– Un pays morcelé, dont il sera très difficile de rassembler les morceaux, brisés, blessés, divisés en camps ennemis.

– Une population ravagée, dont il sera très difficile de guérir les multiples cicatrices de la guerre.

– Une génération blessée (dans tous les sens), à qui il sera très difficile de rendre l’innocence perdue: orphelins, mutilés, déjà trois ans sans aller à l’école, témoins de l’horreur humaine, dont les jouets sont souvent des déchets militaires (obus, fusils, chars abandonnés…). Voire pire: beaucoup d’enfants trouvent des mines… en forme de jouets. Ce qui laisse imaginer la quantité d’enfants mutilés et l’esprit terrible qui a créé cela.

– Une marée de réfugiés, à qui il sera très difficile de restituer la maison, la stabilité, la félicité. Il existe un afflux massif de réfugiés syriens dans la région16 mais aussi dans le monde, lorsque les victimes de la guerre arrivent à passer la frontière… car différentes stratégies sont mises sur pied pour leur éviter de fuir. Et lorsqu’ils y parviennent (car la route jusqu’aux frontières est semée d’embûches et de souffrances), imaginons les conditions qui les attendent… N’oublions jamais que personne ne souhaite être réfugié !17

– La déshumanisation d’une population dont il sera très difficile de reconstituer la dignité. La population syrienne si fière et magnifique, est obligée de fuir, de mendier, de vivre dans des camps de misère, de risquer sa vie comme boat people, de fouiller dans les poubelles, de vivre la famine et de voir réapparaître des maladies telles que la gale et la leishmaniose, parasitoses dues aux conditions d’hygiène défaillantes.

« Je le jure, j'ai faim », Homs (c) Life for Syria

« Je le jure, j’ai faim », Homs (c) Life for Syria

– Une jeunesse brisée à qui il sera très difficile de garantir un futur équilibré. Le futur de ces personnes est trop incertain : pour ceux qui survivent, doivent-ils attendre de voir la reconstruction de leur pays, de leur maison, de leur tissu social, de leur vie quotidienne, de leur emploi ? Doivent-ils croire que c’est encore possible, ou partir, oublier (est-ce possible) ? La situation est aussi terrible pour les garçons qui sont en âge de partir à l’armée. Et pour les jeunes qui viennent de passer le bac et devaient étudier, mais ne peuvent plus car les conditions sécuritaires sont trop dégradées.

– Une nature détruite, à laquelle il faudra des années d’assainissement : on parle peu ou pas du désastre écologique comme conséquence importante de la guerre, notamment par l’exploitation sauvage du pétrole et les conséquences de la destruction matérielle de villes entières, de la contamination des eaux, des terres, et de l’air (sans parler des conséquences des armes chimiques)…

– La destruction d’un patrimoine mondial, qu’il sera très difficile de reconstruire, notamment parce qu’il y aura d’autres priorités et parce que l’étendue des dégâts est difficilement mesurable, et empire chaque jour18.

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Un pays en ruines (c) Life for Syria


Culture et bonne conscience

Bien sûr, face à cela, on se rappelle tout à coup qu’il y a des Syriens brillants, alors en France on donne un prix à la poétesse Maram Al-Masri pour ses splendides poèmes recueillis dans Elle va nue la liberté aux éditions Bruno Doucey ; on met en scène à Paris la superbe pièce Rituel pour une métamorphose du dramaturge syrien Saadallah Wannous dont le sujet est d’actualité ; on soutient une initiative excellente comme la Radio Rozana de Lina Chawaf, directrice de cette nouvelle radio indépendante syrienne19. Il faut dire qu’au moins, en France, il y a ce rapport à la culture20… et aux anciens protectorats ou colonies. Car ailleurs, on ne (re)connaît pas grand-chose de la Syrie ! Le festival de Locarno, en Suisse italienne, a tout de même donné un espace à la Syrie, en solidarité avec son peuple (13.08.2013).

C’est bien. Mais il faut en faire plus. Et parfois je me demande si ces reconnaissances subites ne servent pas à masquer un oubli plus profond ou une indifférence inacceptable. Au moins, le monde de la culture sert à couvrir certains revers diplomatiques… ceci est peut-être à double tranchant. Car, face à ces maigres reconnaissances à l’égard de Syriens, nous ne devons pas oublier que la population syrienne est prise en otage depuis des mois, voire des années.

Aujourd’hui, on se bat sur le terrain avec des uniformes et des armes (l’origine de ses armes, de part et d’autre, explique passablement de choses) pour le pouvoir (le garder ou l’obtenir, selon le camp). La population, elle, n’a que ses bras et ses jambes pour survivre et fuir les bombardements (quand elle y arrive).

Ce merveilleux peuple multiculturel et multiconfessionnel, ce magnifique pays tombe aujourd’hui en ruine21. Des ruines fraîches et non pas les imposants vestiges archéologiques des splendeurs passées. Alep, Homs, Hama, même Damas avec ses banlieues détruites et la menace permanente d’une attaque rebelle, de voitures piégées, d’attaques de bus… Damas… cette ville des mille et une nuits, des senteurs de jasmin, d’abricots (damasco en espagnol) et de rose (rosa damascena). Son nom évoque des passés lointains mais aussi des souvenirs personnels, et je souhaiterais y retourner, à cette année 1989 où j’atterris pour la première fois dans cette ville. Car c’est grâce à cette découverte que j’ai ensuite appris à aimer le pays et son peuple, et qu’aujourd’hui, je regarde les nouvelles avec un nœud dans la poitrine, et que je ressens le besoin d’écrire ces notes. Et de vous présenter un petit carnet de voyage, tout à fait personnel, afin de vous amener en Syrie et de vous présenter le portrait de quelques amis. Une manière d’agir sans vraiment pouvoir changer le cours des choses, mais au moins de mettre la plume au service de la paix. Shouéya bass.

Une petite fille apporte une rose rouge au cimetière pour rendre hommage à son père décédé (c) Life for Syria

Une petite fille apporte une rose rouge au cimetière pour rendre hommage à son père décédé (c) Life for Syria

 

Retrouvez la partie 2 ici: Damas 1989 – Bey­routh 2013, petit car­net de voyage.

 


[1] A l’heure où j’écris, j’apprends que même Angelina Jolie et Gael García Bernal s’y sont mis, en visitant des camps de réfugiés syriens…

[2] Aujourd’hui on parle déjà de 150’000 morts, notamment après les derniers raids aériens à Homs et Alep, pour citer deux exemples récents.

[3] « Armed-conflict in Syria has resulted in the systematic dislocation of communities, with a pattern of forced and voluntary displacement that has led to almost a third of the population (31%) departing or fleeing their normal place of residence, with 1.3 million refugees from Syria (equivalent to six per cent of the population) in neighbouring countries, 1.33 million persons temporarily and voluntary migrating from the country (approximately 6.2 per cent of the population), with another 3.92 million persons (equivalent to 18.3 per cent of the populations) internally displaced within Syria », B. K., Syrien travaillant à Beyrouth dans un programme pour la reconstruction de la Syrie.

[4] “Sources: UN, ICRC, SNC, LCC, ACU, Updated regularly”, http://life4syria.wordpress.com, 08.08.2013. Entre temps les chiffres ont probablement augmenté, vu les bombardements terribles qui ont lieu, comme la terrible attaque aérienne du quartier d’Al Kallassé à Alep le 16.08.

[5] Pour celles et ceux que ça intéresse, voici une série de liens qui approfondissent le sujet en français, bien sûr, il s’agit d’un petit choix personnel, non exhaustif :

(1) Points de vues des Syriens :

– Un article très intéressant et complet du 24.07.2013 de Salam Kawakibi, syrien et directeur adjoint de l’Arab Reform Initiative, un réseau d’instituts de recherches sur le monde arabe : http://international.blogs.ouest-france.fr/archive/2013/07/23/syrie-homs-assad-russie-iran-refugies-9963.html

–  L’appel du médecin et écrivain syrien Yassin Al Haj Saleh paru dans le Monde le 05.07.2013 : www.lemonde.fr/idees/article/2013/07/05/intellectuels-aidez-les-syriens_3443196_3232.html

(2) Blogs :

– Le Monde a publié une série de dossiers sur la Syrie, ainsi que des blogs. Ils sont intéressants et complets, mais certains doivent être lus avec un certain recul, et sachant également qu’en temps de guerre, tout change rapidement et constamment : consultez notamment les sept reportages présentés dans www.lemonde.fr/proche-orient/visuel/2013/06/04/sur-le-front-de-damas_3423103_3218.html

– Le blog d’Ignace Leverrier, ancien diplomate ayant vécu très longtemps en Syrie, est un des meilleurs Un œil sur la Syrie : précis, documenté http://syrie.blog.lemonde.fr/.

– Pour des mises à jour quotidiennes sur la Syrie, autant sur Facebook que sur internet, vous pouvez consulter: La Revolution Syrienne en Francais, Life 4 Syria et Focus on Syria www.focusonsyria.org/fr/.

(3) – Série de courts-métrages très poignants proposés par Yann Arthus Bertrand : tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20130307.OBS1152/2-minutes-pour-la-syrie-le-stop-de-yann-arthus-bertrand.html

[6] Je saisis ce point pour préciser que je ne prône en aucun cas l’interventionnisme militaire, qui ne ferait qu’augmenter la quantité de morts et de traumatisés. Je constate qu’il est étrange que les États-Unis (et d’autres puissances) ne soient intervenus directement et j’élabore mes conclusions. Par ailleurs, lorsque je déplore l’inaction générale face au massacre qui a lieu en Syrie, je suis surtout consternée par l’impossibilité d’amener de l’aide à la population civile victime des affrontements militaires, et par la quantité d’enjeux sous-jacents qui alimentent, au lieu de détenir, l’extermination d’une partie du peuple syrien.

[7] Le choix des termes est délicat. Le terme « zone libérée » est attribué par l’opposition aux mêmes zones qui, une fois re-contrôlées par le régime, deviennent des zones « nettoyées » (on parle de zones « désinfectées »). Par conséquent, chaque fois qu’une ville est prise par l’Armée Syrienne de Libération, on peut s’attendre à des attaques féroces de l’Armée d’Al-Assad afin de reprendre le pouvoir sur cette région et de punir les traîtres.

[8] La Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution réfère à un groupe créé en novembre 2011 au Qatar, présidé depuis peu par Ahmad Assi Jarba et siégeant au Caire. C’est une autorité politique de transition dont le dénominateur commun est l’opposition au régime d’Al-Assad, mais elle contient, littéralement, des tendances très divergentes.

[9] Pour comprendre comment cela se reflète à présent dans les affrontements internes, cette courte vidéo publiée par Libération le 5 juin 2013 peut être utile, cependant, comme pour toutes les informations concernant  cette guerre, il est important de tenir compte des dates de publication (tout change très vite en temps de guerre) et des sources (qui publie ? pour qui et pour quoi ?) : www.liberation.fr/monde/2013/06/05/quatre-minutes-pour-comprendre-le-conflit-en-syrie_908559.

[10] Bien que le mouvement alaouite descend, il y a bien longtemps, d’une branche minoritaire du chiisme.

[11] « Le pays est en train de devenir un champ de bataille par procuration entre combattants chiites et sunnites venus de l’étranger. Derrière la haine inter-religieuse, une sérieuse confrontation géopolitique entre les pays du Golfe, l’Iran, et l’Occident »; www.slate.fr/story/75131/syrie-chiites-sunnites.

[12] Et ici je ne parle même pas des violents conflits qui ont éclaté entre Kurdes et Djihadistes; ni des milices extrémistes composées de mercenaires étrangers; ni des exactions de milices « spontanées » qui profitent du chaos, ni des divergences internes entre opposants… Sur les chabiha ou shabihas, les milices paramilitaires soutenant Al-Assad: www.atlantico.fr/decryptage/syrie-mais-qui-sont-chabihas-ces-milices-pro-assad-au-role-trouble-fabrice-balanche-446933.html.

[13] Voir notamment les articles du 5.05.2013 dans le Nouvel Observateur http://tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20130505.OBS8212/syrie-attaque-israelienne-a-damas.html, et du 20.05.2013 dans Le Figaro www.lefigaro.fr/international/2013/05/20/01003-20130520ARTFIG00371-israel-s-inquiete-des-livraisons-d-armes-russes-a-damas.php ainsi que les spéculations sur l’attaque d’Israël contre les missiles Iakhont (ou Yakhont) livrés par la Russie, le 5 juillet à Lattaquié.

[14] Citation tirée du site La Révolution Syrienne en Français, Traduction de Hala Kodmani.

[15] *Je sais que ce « nous » dérange et c’est un point de vue comme un autre. Je dis « nous » car j’estime que nous sommes tous responsables de ce qui se passe en Syrie (et ailleurs). Fini le temps de l’individualisme, nous ne pouvons plus continuer à croire que nous sommes des êtres isolés, autonomes et innocents. Nous sommes un tout, suffisamment informés, consommateurs actifs faisant des choix quotidiens qui alimentent ou pas un certain cours des choses… J’achète durable ? Je recycle ? Je passe mes vacances dans les Malls ou dans la nature? Je regarde CNN ou je cherche une presse indépendante ? Je fais du bénévolat pour une association ou je préfère acheter une 12ème paire de chaussures ? Je vote pour qui / quoi (ou je ne vote pas) ? J’achète MacDo ou des produits de proximité pour mes enfants ? Bref… chaque moment est une occasion de faire des choix qui peuvent, oui, changer le monde !

[17] Bien évidemment, on ne veut pas ou plus de réfugiés. Pourtant le besoin de nombreux Syriens est de fuir la guerre. Mais obtenir un visa pour l’Europe est presqu’impossible. Même la France a instauré un « visa de transit » pour les Syriens qui passent par les aéroports français et il coûte aussi cher qu’un visa Schengen de courte durée. Et la Suisse, elle, vient (encore) de voter en faveur d’un durcissement de la loi sur l’asile afin de bloquer l’entrée de réfugiés.

* Or ce ne sont pas les flux humains qu’il faut bloquer, mais les causes de ces flux. Et lorsqu’on observe la situation des pays d’où proviennent ces réfugiés, on constatera souvent que les pays « du Nord » sont impliqués dans leurs guerres (vente d’armes, comptes bancaires en Suisse…).

[18] Cf. Le groupe qui a été créé pour documenter la destruction des sites archéologiques en Syrie : www.facebook.com/Archeologie.syrienne, endangered.antiquities.sy@gmail.com.

[21]  *Est-ce ici la marque définitive de notre échec, en tant qu’humanité, à rassembler les différences sur un même territoire et à les faire cohabiter ? Ou est-ce la preuve, au contraire, que l’être a la capacité de tolérer la différence jusqu’au moment où les pouvoirs ont besoin d’attiser la haine et la crainte de l’autre pour imposer leur règne unique ? Mais alors pourquoi la population civile tombe-t-elle dans ce jeu ? Y a-t-il des haines anciennes, non guéries qui se réveillent ? Y a-t-il moyen de les transmuer pour toujours ? Pouvons-nous rêver d’une vraie Paix et d’une sincère Tolérance ?

 

Commentaires

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Jet d'Encre | La Syrie, carnet de voyage et réflexions (pour la paix) – asile.ch

[…] Intro. Le sacrifice de la Syrie 2.     Damas 1989 – Beyrouth 2013, petit carnet de voyage 3.     Les prénoms…

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Tippenhauer Yasmina

Bonjour, merci pour la lecture et le commentaire. Ce sont des questions difficiles qui sont soulevées... La première…

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J.

"Y a-t-il moyen de les trans­muer pour tou­jours ? Pouvons-nous rêver d’une vraie Paix et d’une sin­cère Tolérance ?"…

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Jet d'Encre | La Syrie, carnet de voyage et réflexions (pour la paix) – asile.ch

[…] Intro. Le sacrifice de la Syrie 2.     Damas 1989 – Beyrouth 2013, petit carnet de voyage 3.     Les prénoms de la […]

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J.

« Y a-t-il moyen de les trans­muer pour tou­jours ? Pouvons-nous rêver d’une vraie Paix et d’une sin­cère Tolérance ? »

Je désespère depuis un moment de ne pas entrevoir de réponse positive à cette question.

Si une telle chose n’est pas possible, il nous faut réfléchir à des moyens de maintenir une stabilité (paisible et non sanguinolente…) qui s’accommode d’un certain niveau d’intolérance.

Merci pour ce billet !

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Tippenhauer Yasmina

Bonjour, merci pour la lecture et le commentaire.
Ce sont des questions difficiles qui sont soulevées…
La première chose est d’agir au quotidien en cohérence avec nos principes, et de tenter de faire ce qui est à notre portée pour changer des petites choses, chaque instant…
Mais la paix est un travail, à commencer par celle que nous avons à établir avec nous-mêmes et notre petit entourage!
Bon courage (à nous tous!!!)
Yasmina

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