Coups de coeur Le 16 avril 2018

Zippo casse du robot

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Zippo casse du robot

Cover de l’album « Zippo contre les robots »

Le rappeur français Zippo a récemment sorti « Zippo contre les Robots ». Mathieu Roux a eu un (gros) coup de cœur pour ce premier album engageant, qui « précipite les oreilles les plus averties dans un tourbillon de doutes quant aux futurs lendemains ».


« Allumer le feu ! » chantait au refrain l’idole regrettée des jeunes. Le feu de la passion, si l’on en croit les couplets. Chez Zippo, il s’agit de celui de la révolte. En 2012, il apparaît sur la toile dans le titre clippé « C’est les Soldes ». Plans fixes rapprochés, barbe hirsute, tantôt ensanglanté, tantôt cellophané. Le monde découvre un hybride intriguant, entre mannequin H&M et bûcheron. La même année, il livre son premier EP intitulé sobrement…Bûcheron. La pochette le présente en train de fendre du bois. L’imagerie est surprenante, le mystère s’épaissit d’autant plus. Zippo le rappeur survivaliste? L’éco-militant adepte de la décroissance ? Le visionnaire réactionnaire ? Étiqueter le Z fera le bonheur des amateurs de catégories. Et peut-être, dans la foulée, leur joie de balayer d’un revers de main un genre jugé casse-gueule et redondant (vous avez dit « rap conscient » ?). Sans même avoir écouté…

Quoi qu’il en soit, ce court format contenait déjà les prémices de l’album:
« Si Dieu est mort, il reste la technologie/
avec internet comme cathédrale, remplace les saints par des drones/
un côté carcéral et le tableau n’est pas très drôle ».

Une hache tenue fermement à deux mains, un briquet dans une poche, ses textes dans l’autre. Une vision apocalyptique de la Sainte Trinité, bien à lui. Ou l’idée de rebâtir sur des cendres.

En 2018, le 9 mars plus précisément, Zippo contre les robots annonce le combat du siècle. Six ans séparent les deux projets; fait rare dans une industrie musicale marquée par une course effrénée à l’omniprésence. Où l’absence semble signifier, pour certains, l’oubli. Lui a pris son temps. S’il fallait réduire Zippo à quelque chose, il s’agirait plutôt d’une petite voix dérangeante, tapie au fond de quiconque s’est déjà un tant soit peu intéressé au monde qui l’entoure. Une voix rappelant son état actuel: une fuite en avant permanente, comme si des milliards d’êtres humains tapaient sans discontinuer sur les flancs d’un cheval fou emballé au galop. Une voix reléguée aux oubliettes par des cerveaux malades. Si ruminer des pensées négatives s’avère pénible, les réveiller au mégaphone est encore pire et bien plus difficile. Face à l’ampleur de la tâche, le plus bûcheron des rappeurs s’en était sorti avec brio sur son EP. Mais comment se renouveler sans fantasmer ni personnage, ni univers ?

Eh bien Zippo ne se renouvelle pas. Mieux, il en rajoute plusieurs couches pour un total de quinze, correspondantes aux nombres de titres sur l’album. Il assène avec la même force des coups de hache d’une redoutable précision, les signant d’un Z qui veut dire Zippo. D’abord sur les travers de l’Humanité et sa capacité à s’enfoncer dans le déni. Ensuite, sur l’ère robotique mentionnée dans le titre, qu’elle s’apprête à se prendre de plein fouet : « Oui, le temps des robots est bien arrivé. Les machines sont partout. À Wall Street les super calculateurs régissent tout seuls l’économie mondiale à grands coups d’algorithmes, nous laissant le rôle de variables insignifiantes dans cette grande équation marchande…», peut-on lire sur la page Ulule de crowdfunding de Zippo.

Mais là où les moulinets vengeurs et impitoyables de l’homme des bois se font les plus dévastateurs, c’est bien lorsqu’ils s’attaquent au lobe frontal des auditeurs/trices, le siège de leurs émotions. Sous l’écorce, la sève. Chez Z.I.2-P.O., cela représente le talent. Et il en a à revendre, si bien que l’on en vient à penser (qu’il ne) « fallait pas prendre Ted Kaczynski pour un con ». Au point d’embrasser, le temps d’un album, les thèses anti-technologiques de cet ancien mathématicien connu mondialement sous le nom de Unabomber. Quelques fulgurances textuelles sur « I-monde » laissent bouche bée, l’exercice de style sur « Greenwashing » est remarquable. Des rappels énoncés simplement précipitent les oreilles les plus averties dans un tourbillon de doutes quant aux futurs lendemains : « Un enfant naît maintenant…maintenant…maintenant ». Le Producteur De Génie (PDG) du Pakkt, groupe niçois avec lequel Zippo a sorti cinq albums, assure l’ensemble de l’habillage sonore qui navigue entre atmosphère robotique et ambiance de fin du monde. Mais dorénavant, ce dernier peut s’écrouler ; notre dernière vision sera une hache et un barbu.

(Album « Zippo contre les robots » en écoute ici)

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