Société Le 18 avril 2014

Choragraphies [Introduction] – Manifeste pour une géographie de trottoir

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Choragraphies [Introduction] – Manifeste pour une géographie de trottoir

Palerme, dans la Kalsa (30/03/2014). © JB Bing

Existent déjà – arts de vivre et d’écrire hautement recommandables – la littérature de gare et la philosophie de bistrot. Des grands noms ? Citons (entre autres) François Rabelais, San-Antonio et Olivier de Kersauson. Le premier débuta son cycle pantagruélien en le considérant comme une « coyonade », le deuxième est une valeur sûre pour qui a un train à prendre ou une envie de rigoler un bon coup, le troisième a fait les grandes heures des Grosses têtes. Tous trois illustrent un principe assez simple, qui veut que plus on traite de choses sérieuses, plus la déconnade assumée est recommandée  – le bouffon peut avoir plus d’influence auprès du roi que tout son conseil réuni…

La géographie ne saurait rester en dehors de ce vaste mouvement. Elle dispose pour ce faire d’un puissant allié : la phénoménologie de taverne. Un exemple ? Tout récemment j’ai accompagné un groupe d’étudiants en voyage d’étude, à Palerme. Ils ont essayé de me faire comprendre ce qu’était la phénoménologie. Je n’ai pas tout pigé, loin de là, mais j’ai tout de même compris que je ne devrais pas pester après avoir marché dans une crotte de chien : désormais, je goûterai pleinement cette expérience de fusion homme-nature-ville.

Mésologie péripatéticienne relevant autant de Brassens que d’Aristote, parente des chansons et des plaisanteries de salles et de corps de garde, cette géographie sera donc parfaitement à sa place sur le trottoir. Ah, le trottoir ! Ce n’est point le lieu, ici, de se lancer dans un vibrant hommage à cet élément indispensable de toute bonne ville qui se respecte (ce sera fait, rassurez-vous…). Par contre, une précision s’impose : si nous nous affilions fièrement au trottoir, nous ne saurions oublier les ruelles des villages, les venelles des vieux quartiers, les chemins de campagne ou les autoroutes – autant de voies dépourvues de cet appendice, mais non dénuées d’intérêt. Une géographie de trottoir est possible même là où il n’y a pas de trottoir, de même que l’on peut écouter les Beatles en dehors des champs de fraises, ce qui est à la fois cocasse et rassurant.

Pour ma part, je m’inscris dans la mouvance qualitative de la géo – plus précisément, dans le sillage d’auteurs fort estimables comme Augustin Berque ou Claude Raffestin (NB : qui ne sont pour rien dans les présentes élucubrations, je tiens à le préciser pour la sauvegarde de leur réputation…). Cela non en raison d’un quelconque mépris pour le quantitatif, les stats et autres joyeusetés, mais parce que je demeure profondément imperméable à leurs charmes en dépit de mes efforts (limités, je l’avoue…). Il est donc fort probable que, si je taquinerai des disciplines proches  de la géo (anthropologie, ethnographie, histoire…) sans m’interdire des manipulations douteuses sur des disciplines plus éloignées (physique, théologie…), je m’aventurerai assez peu sur le terrain glissant des chiffres. Persuadé que déconnade et gaudriole peuvent aussi s’exprimer en langage mathématique, j’en laisse le soin à d’autres, plus compétents.

Certes, le rire n’est sans doute plus « le propre de l’homme ». Il n’en reste pas moins l’un de ses principaux atouts ; il est donc légitime que la géographie, en tant que science humaine, non seulement s’y intéressât mais aussi s’en servît. Serviteur du web-journalisme, je déposerai donc régulièrement aux pieds de notre tribune-indépendante-pour-une-pensée-plurielle quelques lignes d’un goût parfois douteux mais, j’espère, souvent savoureux. Certaines de ces « choragraphies » – appelons-les comme ça, à l’instar des chorèmes ou de la géographie – pourront rester strictement descriptives ; d’autres, partant d’une impression plus fugace, donneront sans doute lieu à quelques délirades – peu importe. Enfin, n’étant pas le seul géographe dans cette bonne ville de J’nève et la géographie ne constituant pas un domaine réservé aux seuls académiques, si d’autres veulent s’y essayer, cela ne pourra que contribuer à débloquer l’imaginaire social de la géographie trop souvent réduite à des cartes et des noms de capitales.

 

Épisode 1: « Choragraphies 1 – Gunung Kaba (Sumatra), un champ d’expérimentation pour les spéculations métaphysiques ? »

Épisode 2: « Choragraphies 2 – Ciel nocturne et belle lumière glauque, ou balade d’un insomniaque »

Commentaires

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chente fou

trés bon article m plaît!!

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Yann K

On se réjouit de lire la suite!

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chente fou

trés bon article m plaît!!

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Yann K

On se réjouit de lire la suite!

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