International Le 15 juillet 2014

La fécondité en Palestine : faites l’amour pour la guerre

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La fécondité en Palestine : faites l’amour pour la guerre

© Jamal Saidi/Reuters

Ce texte est une réponse à un des points soulevés par Sara de Maio dans son « Pour une neutralité militante dans le conflit israélo-palestinien » qui est venu compléter « “Boy­cot­ter Israël ou pas?” Not the good ques­tion ». L’article ci-dessous signé par Emmanuelle Engeli sera le dernier d’un échange qui a commencé le 8 juillet 2014 avec « Boy­cot­ter Israël main­te­nant », sous la plume de Sylvain Thévoz. Jet d’Encre vous prie d’inscrire vos commentaires dans un esprit de dialogue et les limites du res­pect de chacun. Merci.


 

Les récents événements en Israël et dans les territoires occupés ont donné lieu à quelques articles et réactions brûlantes sur Jet d’Encre. Dans l’un desdits articles, Sara de Maio qualifie la démographie des Palestiniens de Gaza d’« irresponsable ». Reprise par moi-même dans les commentaires de son article, elle insiste en utilisant le terme d’« inconscience ». Et d’ajouter que: « Je suis déso­lée mais je trouve ça irres­pon­sable de ren­trer dans le jeu de la guerre démo­gra­phique. Et je suis déso­lée de le redire mais c’est sur­tout les Pales­ti­niens: faire des enfants dans des condi­tions de res­source en pleine pré­ca­ri­sa­tion… Alala (…) on réflé­chit encore comme à l’Age médié­val, avec les enfants comme de la future chair à canon comme des pions à étaler sur un territoire… ». Tout d’abord, il n’est pas nécessaire de remonter à l’Age médiéval pour trouver des politiques pro-natalistes jouant un rôle dans l’effort de guerre. Ensuite, il est presque drôle de reprocher à une réflexion d’être dépassée à la suite d’une phrase à consonance malthusianiste. Choquée par ces propos, je pense utile d’apporter quelques clarifications sur les causes et l’histoire des particularités de la Palestine en termes de fécondité.

L’élément démographique est une composante cruciale du conflit israélo-palestinien, affrontement identitaire de deux peuples pour un territoire. La taille respective des deux populations est ainsi directement en jeu et le peuplement est l’un des enjeux les plus disputés du conflit. Concrètement, ces deux populations juive et palestinienne se reproduisent selon des modes différents. Du côté juif, l’immigration de juifs dispersés dans le monde est utilisée comme méthode de peuplement et d’occupation du territoire en plus de la croissance naturelle. Le tableau ci-dessous montre la multiplication du nombre de juifs en Israël comparé à son évolution dans le reste du monde.


Population juive en Israël et dans le monde (en milliers)
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Année Israël Monde Pourcentage en Israël
1882 24 7’800 0.3
1914 85 13’500 0.6
1939 449 16’600 2.7
1948 650 11’500 5.7
1970 2’582 12’630 20.4
2000 4’955 13’064 38
2012 6’000 13’855 43

 

Quant aux Palestiniens, ils présentent une croissance naturelle qui défie toute analyse classique de la fécondité. Le tableau ci-dessous montre que le nombre d’enfants par femme dans la bande de Gaza dépasse largement celui d’autres pays du Moyen-Orient. Pourtant, on voit aussi que la bande de Gaza présente un taux d’alphabétisation relativement élevé.


Fécondité et alphabétisation de divers pays du Moyen-Orient
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  Nombre d’enfants par femme 2010 Taux d’alphabétisation (%) 2011
Arabie Saoudite 2.35 78.8
Bande de Gaza 4.90 92.4
Egypte 3.01 71.4
Israël 2.72 97.1
Liban 1.78 87.4
Syrie 3.02 79.6

 

Voyons pourquoi les habituelles corrélations négatives entre scolarisation et fécondité ne sont pas observées dans le cas de la Palestine3. En général, une longue scolarisation des enfants, parce qu’elle coûte cher, engendre une diminution des naissances. Or, il se trouve qu’à Gaza, et dans une moindre mesure en Cisjordanie, ce motif ne joue pas car la scolarisation se fait à coût faible, voire nul pour les parents. Ceci est dû au fait qu’en Palestine, ceux qui ont le statut de réfugié, soit grosso modo un quart de la population de la Cisjordanie et deux tiers de la population de Gaza, ont accès à un réseau éducatif mis en place par les Nations Unies qui couvre les frais de scolarité, repas et transport compris. De plus, la charge que les enfants font habituellement peser sur une famille est également réduite par toutes sortes de canaux : les Nations Unies, d’autres organisations internationales, l’OLP, et même le mouvement du Hamas. Tous ces organismes subventionnent les familles de diverses manières, notamment en matière de santé, nourriture et logement, et diminuent les contraintes financières qui d’habitude freinent la fécondité. Ajoutons que le coût indirect de la scolarisation longue des enfants, soit le fait de retarder l’arrivée de l’enfant sur le marché du travail, est négligeable en Palestine du fait de la rareté de l’emploi. En Palestine, l’alternative à l’école n’est pas le travail, mais le chômage. Autant donc mettre ses enfants à l’école.

Les analyses classiques de la fécondité expliquent également que l’on observe généralement une corrélation négative entre le degré d’urbanisation d’une population et sa fécondité. Un autre élément atypique de la fécondité des Palestiniens est ainsi l’absence d’influence de la vie urbaine sur la fécondité, comme le montre le tableau ci-dessous.


Fécondité et urbanisation de divers pays du Moyen-Orient
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  Nombre d’enfants par femme 2010 Pourcentage de la population totale vivant en milieu urbain
Arabie Saoudite 2.35 82
Bande de Gaza 4.90 72
Egypte 3.01 43.40
Israël 2.72 92
Liban 1.78 87
Syrie 3.02 56

 

La raison de cette absence de lien, c’est notamment que l’état de belligérance a empêché les Palestiniens de bénéficier des attributs de la condition urbaine. À force de couvre-feu et de privations de libertés, les Palestiniens ont été privés d’une qualité essentielle de la vie urbaine: l’ouverture sur l’extérieur. Ils ont ainsi été peu exposés à la culture globale diffusée par les médias et aux modèles de famille et de style de vie venus d’ailleurs, notamment d’Occident. À cela s’ajoute le fait que les communications entre personnes sont elles-mêmes réduites alors que c’est ce type de communication qui permet de diffuser de nouveaux comportements. C’est particulièrement vrai à Gaza, là où l’isolement est le plus sévère. Cet isolement, et toute la répression et la violence qui règnent en Palestine contraignent les Palestiniens à rester de longues périodes sans quitter leur domicile, ce qui constitue une raison de plus de se replier sur leur vie familiale. Il peut ainsi sembler logique que la reproduction de l’unité domestique la plus large possible permette en quelque sorte de combler son isolement.

On a donc vu que ni la scolarisation, ni la condition urbaine ne représentent des incitations au contrôle de la fécondité palestinienne parce que l’état de belligérance les a fait agir différemment. Il existe également une raison positive à la haute fécondité palestinienne, c’est-à-dire un motif pour lequel les Palestiniens pensent qu’il est dans leur intérêt d’avoir beaucoup d’enfants. La « fécondité de combat » est cette idée répandue chez les Palestiniens que la quantité d’enfants est un gage de qualité de vie pour les générations futures, chaque enfant représentant un combattant au service de la cause nationale.

Il est difficile de dater précisément la naissance du discours politique qui encourage cette fécondité de combat. L’une des premières traces que l’on retrouve de cette politique du côté palestinien est la déclaration d’Oumm Khalîl, figure féminine du nationalisme palestinien, qui déclare dans une interview qui date des années 1980: « J’encourage les femmes à avoir plus d’enfants (…). Je comprends qu’avoir beaucoup d’enfants est un fardeau pour les femmes, mais nous sommes engagés dans une bataille pour la survie et la façon dont Israël se préoccupe de notre natalité doit être prise au sérieux. Les Israéliens veulent notre terre sans un seul Palestinien »5. C’est autour de ces années-là que les dirigeants palestiniens ont commencé à affirmer des positions natalistes, notamment Yasser Arafat qui considérait la fécondité comme une arme biologique et a déclaré à un camp de réfugiés en Cisjordanie en 1996: « Une longue lutte nous attend. J’invite chacun de vous à faire dans ce monde au moins douze enfants et de me donner dix d’entre eux afin de continuer le combat »6. Même le Croissant rouge palestinien a déclaré en 1993 que « la fécondité élevée des mères dans la communauté palestinienne doit être regardée comme un fait positif, une assurance que la nation continue d’exister »7. Ce natalisme est entré dans le discours de toutes les composantes de la résistance palestinienne, qu’elle soit laïque ou islamiste. Il a été reconnu comme un élément de stratégie politique, et a fait l’unanimité dans les rangs de la résistance.

Cette stratégie de fécondité de combat s’illustre parfaitement lors de la première Intifada entre 1987 et 1993. La première Intifada a été catastrophique économiquement pour les Palestiniens: avant celle-ci, 47% de la population de Gaza et 25-33% de la population de la Cisjordanie travaillaient en Israël, et une forte part de femmes assemblaient à domicile des pièces de vêtements destinées à l’exportation sur le marché israélien. Or, durant la première Intifada, la frontière israélienne fut fermée et tous ces emplois furent perdus. Les revenus des Palestiniens ont chuté de 40% en une seule année. On aurait pu s’attendre à ce que l’austérité engendrée par une telle chute des revenus et de l’emploi incite les couples à réduire leur fécondité, mais non. La fécondité s’éleva encore, surtout à Gaza où elle a atteint le fameux record mondial de 8.76 enfants par femme (le chiffre varie selon les sources, mais dans tous les cas ça fait beaucoup d’enfants) en 1991, en plein durant l’Intifada.

En Palestine en général, Gaza et Cisjordanie confondues, juste avant la première Intifada, l’indice de fécondité était de 6.4 enfants par femme. Dès 1988, on a dépassé les 7 enfants par femme, pour culminer à 7.57 enfants par femme en 1990. Cette augmentation vient de l’accroissement de la nuptialité des adolescentes. En Palestine, et surtout à Gaza, on aime bien marier ses filles assez jeunes. Le mariage encourage en effet les femmes à rester chez elles: une fois mariées, elles ont moins de raisons de quitter leur domicile. Ceci les protège de l’insécurité qui règne à l’extérieur à cause du conflit. Durant la première Intifada, on a ainsi observé une chute du montant de la dot réclamée par les familles afin de faciliter les mariages de leurs enfants. C’est pourquoi la nuptialité des adolescentes, et de ce fait la fécondité, ont augmenté. Un autre élément intéressant est que durant cette période, la fécondité a davantage augmenté chez les femmes les plus instruites que chez les analphabètes. On peut considérer que les femmes les plus instruites sont aussi celles qui sont dotées de la plus forte conscience politique. Et on peut donc en déduire que ces femmes-là ont, consciemment ou non, ressenti le besoin d’accroître le nombre de Palestiniens dans l’avenir, pour mieux faire face à l’occupation israélienne.

Ce modèle de fécondité de combat donnait à penser que la démographie palestinienne était une situation atypique qui allait le rester dans le futur. Surprise, en 2000, la fécondité palestinienne chute brutalement de 6.25 enfants par femme à 4.18 en une seule année. Elle tombe ainsi en-dessous de celle des colons israéliens en Palestine qui sont eux à un taux de 4.54 enfants par femme. En ce qui concerne Jérusalem-Est, c’est en 2005 que pour la première fois la fécondité des Palestiniens qui y vivent est passée en-dessous de celle des juifs qui y vivent: 3.94 enfants par femme pour les Palestiniens contre 3.95 pour les juifs. Pourtant en 2000 a débuté un second soulèvement, la deuxième Intifada, qui n’a pas du tout eu le même effet en matière de fécondité que la première. La fécondité des Palestiniens a en effet continué à baisser alors que celle des colons israéliens n’a quasiment pas bougé. On le voit avec ce tableau:


Fécondité des Palestiniens et Israéliens en Palestine
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Nombre d’enfants par femme des Palestiniens en Palestine Nombre d’enfants par femme des Israéliens en Palestine
1998 5.60 4.63
1999 6.25 4.43
2000 4.18 4.54
2001 3.85 4.51
2002 3.85 4.58

 

Pourquoi cette baisse inattendue ? Malheureusement, le recul est encore insuffisant pour tout comprendre, mais il existe deux hypothèses à ce sujet. La première est économique. Comme durant la première Intifada, les revenus des Palestiniens ont énormément baissé durant la deuxième Intifada. Le chômage et la pauvreté atteignent des sommets, avec notamment 70.6% de la population de Gaza qui vivent en-dessous de la ligne de pauvreté. On peut donc simplement penser que la situation économique est devenue tellement difficile que les Palestiniens ont finalement décidé de réduire leur nombre d’enfants. Le problème de cette hypothèse, c’est que la forte baisse de la fécondité survient en 2000, donc juste avant la forte dégradation des conditions économiques. Cette crise économique peut sûrement expliquer la faible fécondité qui s’installe en 2001, puis en 2002, et en 2003, mais non le moment où la baisse s’est déclenchée.

L’autre hypothèse, c’est l’individualisme. On pense que la baisse de la fécondité des Palestiniens pourrait traduire une divergence entre leurs valeurs individuelles et les valeurs sociétales prônées par les dirigeants politiques et religieux. Le choix du couple palestinien commencerait simplement à s’orienter vers une famille restreinte. On pourrait donc voir dans cette baisse de la fécondité un changement de valeurs des Palestiniens qui privilégieraient désormais l’avenir de leurs enfants à celui de la cause nationale. Cette hypothèse pourrait tenir la route, mais n’explique pas pourquoi l’an 2000 et pas avant ?

En conclusion, on a vu que la fécondité des Palestiniens est particulière et résiste aux analyses classiques de la fécondité. On a vu que cette fécondité ne dépend pas simplement du développement économique ou humain de la Palestine, mais qu’elle est surtout influencée par le conflit israélo-palestinien et par ses évolutions. L’évolution de la population palestinienne dans le futur est tout aussi imprévisible que le conflit israélo-palestinien l’est. Ce qui est par contre sûr, c’est qu’à l’inverse des Palestiniens, les colons israéliens qui résident en Palestine détiennent toutes les cartes d’une forte croissance démographique: une forte fécondité qui ne diminue pas, l’immigration juive qui se poursuit, une population très jeune et une mortalité très faible. Notons ici que les Israéliens qui vivent en Palestine ont une fécondité nettement plus élevée que les Israéliens qui vivent en Israël, notamment parce que l’État israélien encourage très fortement la fécondité dans les territoires occupés, à coup d’aides sociales, d’aides au logement, etc. Cette situation entraîne un risque politique pour les Palestiniens qui présentent maintenant des taux de fécondité plus faibles que les Israéliens.

Le mot de la fin: chère Sara, non la fécondité des Palestiniens n’est pas « irresponsable ». Elle est la conséquence de l’état de belligérance qui empêche les facteurs réduisant généralement la fécondité d’agir sur celle-ci. Elle répond de plus à une stratégie rationnelle de survie et de combat qui fait parfaitement sens. Non, ce ne sont pas « surtout les Palestiniens », les Israéliens font pire dans les territoires occupés. J’apprécie la richesse de ta réflexion et pense sincèrement que tu essaies de bien faire et bien penser. Je respecte entièrement tes opinions et arguments tant qu’ils ne sont pas objectivement faux. Je pense qu’ils le sont concernant la thématique de la fécondité palestinienne. J’ai cependant grandement apprécié débattre avec toi et serais ravie de poursuivre notre discussion sur cette problématique.

 

Bibliographie

Ouvrages

•    FARGUES, Philipe. Générations arabes. L’alchimie du nombre. Fayard. 2000
Articles
•    COURBAGE, Youssef. La fécondité palestinienne des lendemains d’Intifada. Population. Numéro 1. 1997. pp.223-233
•    COURBAGE, Youssef. La politique démographique en Egypte. Institut national d’études démographiques. 1994
•    COURBAGE, Youssef. L’enjeu démographique en Palestine à l’aube du 21e siècle. Dans Palestine : mémoire et perspectives. Paris. Editions Syllepse. Alternatives Sud. Volume 12. 2005. pp.41-70
•    COURBAGE, Youssef. Les enjeux démographiques en Palestine après le retrait de Gaza. Critique internationale. Numéro 31. 2006. pp.23-38
•    FARGUES, Philippe. Protracted National Conflict and Fertility Change: Palestinians and Israelis in the Twentieth Century. Population and Development Review. Volume 26. 2000. pp.441-482

Sites Internet

•    Index Mundi. http://www.indexmundi.com/fr/. Consulté le 02.12.2012
•    The World Factbook. https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/. Consulté le 02.12.2012
•    http://fr.getamap.net/ranking/urbanization/2212.html
•    http://www.eretzyisroel.org/~jkatz/arafatbio.html

 

Références

[1] FARGUES, Philipe. Générations arabes. L’alchimie du nombre. Fayard. 2000

et http://www.cbs.gov.il/reader/shnaton/templ_shnaton_e.html?num_tab=st02_11&CYear=2013

[2] Indexmundi et The World Factbook

[3] Les diverses déportations de Palestiniens et leur émigration en général qui fait que la Palestine a vu partir plus de ressortissants à l’étranger qu’elle n’en a conservés sur son territoire. Cela veut dire que la Palestine actuelle regroupe moins de Palestiniens sur place qu’il n’y en a ailleurs dans le monde. Je ne vais ici que parler des Palestiniens vivant encore en Israël ou dans les territoires occupés.

[4] Indexmundi, The World Factbook et http://fr.getamap.net/ranking/urbanization/2212.html

[5] FARGUES. Générations arabes. L’alchimie du nombre.

[6 ] http://www.eretzyisroel.org/~jkatz/arafatbio.html

[7] FARGUES. Générations arabes. L’alchimie du nombre.

[8] Courbage, Y. L’enjeu démographique en Palestine à l’aube du 21e siècle. 2005

 

Commentaires

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Emma

Deal :)! Je serai de passage a Geneve en septembre pour une semaine.

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Sara de Maio

Oui je n'y ai pas répondu car j'aurais voulu le faire dans un article (mais plus sûre que j'en ai…

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Emma

« Assurer de l’eau potable à ses citoyens, c’est pas une responsabilité de base d’un Etat ? »…

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Emma

« Assurer de l’eau potable à ses citoyens, c’est pas une responsabilité de base d’un Etat ? »

Bien sûr que si. Sauf que non, l’autorité palestinienne n’est pas un Etat. Et il me parait très rapide de dire que la Palestine est reconnue en tant qu’Etat par la communauté internationale (http://www.vox.com/a/maps-explain-the-middle-east carte 20.

Cela signifie donc que le seul Etat à proprement parlé qui soit impliqué dans cet histoire à mon sens est celui d’Israël. Et il se trouve justement qu’en tant que puissance occupante de la bande de Gaza, Israël est sujette à un certain nombre d’obligations du point de vue du droit international (et ce malgré son retrait militaire et malgré l’argument sans fondement d’Israël qui prétend que le retrait l’a exempté de ses obligations). Au sujet de ces obligations, je te recommande la lecture du lien suivant :
http://www.eccpalestine.org/israels-obligations-as-an-occupying-power-under-international-law-its-violations-and-implications-for-eu-policy/

Parmi celles-ci, on a l’article 53 de la 4ème Convention de Genève : « Il est interdit à la Puissance occupante de détruire des biens mobiliers ou immobiliers, appartenant individuellement ou collectivement à des personnes privées, à l’Etat ou à des collectivités publiques, à des organisations sociales ou coopératives, sauf dans les cas où ces destructions seraient rendues absolument nécessaires par les opérations militaires. »

On a aussi l’article 55 de la Convention de la Hague de 1907, applicable à la bande de Gaza, qui stipule que la puissance occupante “has the right to use and enjoy the fruits of another’s property for a period without damaging or diminishing its substance.”

L’application du droit international voudrait également que la puissance occupante cesse l’exploitation, l’endommagement, la perte ou la mise en danger des ressources naturelles des territoires occupés.

Il est difficile de contester qu’Israël a tendance à régulièrement détruire des biens mobiliers ou immobiliers palestiniens sans justification militaire valable. Parmi ces destructions, comme le lien cité ci-dessus le rappelle, on compte notamment des latrines, des citernes d’eau, des puits, des panneaux solaires, des conduites d’eau, des réseaux d’assainissement des eaux ou encore des turbines alimentées à l’énergie solaire ou éolienne. S’ajoute à cela le détournement des ressources en eau au bénéfice d’Israël. Beaucoup de ces infrastructures d’ailleurs construites grâce à des fonds internationaux.

On en conclut donc qu’Israël joue un rôle important dans l’empêchement d’améliorer le comportement écologique des territoires occupés, que l’effort vienne des Palestiniens ou de la communauté internationale.

Le même lien parle d’ “unavailability of permits for Palestinians to dig wells or build water conveyance and wastewater treatment and reuse infrastructure”. C’est ce genre de faits qui me permet de grandement douter de la sincérité de la volonté israélienne d’aider Gaza à purifier ses nappes phréatiques.

Plus que l’utilisation du terme d’ « irresponsabilité », ce qui me dérange est l’accusation faite à l’encontre de l’autorité palestinienne. Je l’ai déjà dit dans mon dernier commentaire mais je le répète car tu n’y as pas répondu : non, je ne suis pas convaincue que les choses soient si faciles et que le gouvernement du Hamas dispose de tous les fonds et de toutes les autorisations nécessaires (autorisations qui soient applicables et non juste théoriques) pour si facilement investir dans des infrastructures hydrauliques de qualité avec l’assurance de ne pas les voir détruites. Si tu me prouves que j’ai tort à ce sujet, je changerai bien entendu d’avis et accepterai d’accuser le gouvernement du Hamas d’irresponsable à ce sujet.

Mais je ne qualifierai jamais la démographie palestinienne d’irresponsable, pour les raisons que j’ai déjà exprimées plusieurs fois, et surtout parce que la démographie palestinienne est avant tout un choix qui provient du peuple palestinien, et comme on l’a vu avec sa baisse importante de la fécondité palestinienne qui a débuté il y a une quinzaine d’années, le peuple palestinien ne semble justement plus suivre les recommandations de son gouvernement.

Je te souhaite un excellent séjour en Roumanie,

A bientôt,

Emma

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Sara de Maio

Oui je n’y ai pas répondu car j’aurais voulu le faire dans un article (mais plus sûre que j’en ai toujours le temps cet été). Mais bon, ce qui est sûr c’est que dans tous les cas je veux te montrer que je n’invente pas ce que je dis. Certaines sources (rapports internes) je ne peux pas les évoquer sur internet mais je veux bien te les montrer à Genève, sans soucis. Ca serait l’occasion de se rencontrer, ça peut être chouette 🙂

Merci oui je vais bien profiter de ce retour aux sources,

A bientôt!

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Emma

Deal :)! Je serai de passage a Geneve en septembre pour une semaine.

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Emma

« “Si cela ne te dérange pas de parler de morts légitimes lorsqu’elles le sont du point de vue du droit inter¬na¬tio¬nal, pourquoi est-ce que le droit des Palestiniens a la légitime défense lorsqu’elle se fait dans le respect du droit inter¬na¬tio¬nal ne serait pas légitime?” WHAT? JE N’AI JAMAIS DIT QUE CE N’ETAIT PAS LEGITIME. IL n’y a pas de loi interdisant la promotion des familles à 10 enfants et pénalisant l’absence de projets d’infrastructures hydrauliques, en effet. Et donc évidemment que c’est légitime, ça n’empêche rien à ce que j’ai dit plus haut… Ce coup là ta remarque est à côté de la plaque, faut pas tout mélanger les termes. »

Puisqu’on en est à se référer à des sources wikipedia:

http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9gitimit%C3%A9

« La légitimité est la qualité de ce qui est fondé en droit, en justice, ou en équité (définition du Petit Larousse). La légitimité repose sur une autorité qui est fondée sur des bases juridiques OU sur des bases éthiques OU morales, et permet de recevoir le consentement des membres d’un groupe. Au sens sociologique la légitimité est un accord tacite subjectif et consensuel axé selon des critères éthiques et de mérite quant au bien-fondé existentiel d’une action humaine. La légitimité est donc différente de la légalité : certains problèmes d’équité ne peuvent être traités efficacement dans le cadre strict du droit. Réciproquement, le droit peut dans certains cas comporter des effets secondaires injustes (problème de la sécurité juridique). »

Mais encore,

http://www.maphilo.net/legal-legitime-cours.html

« …Dans le langage courant, légalité et légitimité tendent souvent à se confondre. Affirmer que ce qui est légitime, c’est ce qui est conforme au droit positif ce n’est rien d’autre que l’identifier à ce qui est légal. Cependant, la notion de légitimité dépasse cette première acception ; (…) En effet, la légitimité est indissociable d’une justification (et donc de la notion de justice) qui se situe au-delà de la simple conformité. (…) La dissociation de la légalité et la légitimité permet de s’affranchir, au moins pour une part, de la loi positive ; cette distinction a une fonction critique. Sans elle, on ne pourrait pas affirmer qu’un gouvernement peut être irréprochable sur le plan légal, le plan du droit positif tout en étant profondément illégitime. Inversement, on ne pourrait affirmer qu’une action illégale peut être légitime. »

Pour moi, insister sur l’irresponsabilité d’une pratique, politique ou autre est considérer que ladite pratique ou politique est illégitime. Pas forcement dans le sens qu’elle est forcement illégale, elle peut en effet être parfaitement légale, mais dans le sens qu’elle est au sens de celui qui la dénonce injustifiable, et ce sur une base qui peut parfaitement être simplement éthique ou morale.

Prenons un exemple simple: je suis en voiture avec un ami qui allume l’air conditionne à fond et laisse sa fenêtre ouverte. Je lui demande pourquoi il ne fait pas un choix entre l’un ou l’autre et il me répond qu’il apprécie sentir le vent sur son visage mais qu’ouvrir la fenêtre ne suffit pas pour refroidir la voiture suffisamment a son gout, donc qu’il préfère également enclencher l’air conditionne. Je lui jette a la figure qu’il est « irresponsable », car il gaspille ainsi de l’énergie de manière injustifiée a mon sens, désirer sentir l’air sur son visage ne me paraissant pas être une raison légitime pour gaspiller de l’énergie. Cette raison est selon moi illégitime car injustifiable et immoral.

Quand tu dis dans ton article que certaines morts sont légitimes et que tu le répètes dans les commentaires en te basant sur le droit de la guerre selon lequel certaines morts sont effectivement légales dans le cadre d’une guerre si elles répondent a un certain nombre de conditions, je comprends donc que tu bases ton raisonnement sur le droit international, dont le respect est pour toi suffisant en tant que tel pour qualifier quelque chose de légitime ou illégitime.

La fécondité de combat étant une « arme » que l’on peut difficilement qualifier d’illégale du point de vue du droit international, mais que tu persistes a qualifier d’irresponsable (adjectif qui dans mon esprit est associe a non justifiable, immoral, donc illégitime), je me demande donc ici pourquoi, si lorsqu’il s’agit de morts le respect du droit international suffit a les rendre légitimes – donc justifiables – pourquoi est-ce que la fécondité de combat, légale, serait, elle, injustifiable.

On ne s’est donc clairement ici pas comprises car nous ne définissons pas le terme « légitime » de la même manière. Je comprends maintenant mieux ce que tu entendais en l’utilisant dans ton article et comprends également pourquoi mon commentaire te parait vide de sens.

Je te remercie de vouloir m’ouvrir les yeux sur les défauts des Palestiniens. J’habite au Liban depuis maintenant 4 mois, et crois-moi, ici les gens sont parfaitement conscients de tous les défauts des Palestiniens. Crois-moi, j’en entends suffisamment.

Je persiste dans mon opinion qui est que même si la croissance démographique palestinienne a des conséquences environnementales, elle est parfaitement justifiable et responsable car répond a une nécessité d’urgence et de survie, qu’elle soit accompagnée de structures réduisant son impact ou non. Je ne suis d’ailleurs pas convaincue sur le fait que les choses soient si simples et que de telles structures pourraient être si facilement mises en place, mais je n’attends qu’une chose – que tu me contredises avec un nouvel article de ta plume sur le sujet.

Bien à toi,

Emma

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Sara de Maio

C’est très vrai qu’ « On ne s’est donc clai­re­ment ici pas com­prises car nous ne défi­nis­sons pas le terme “légi­time” de la même manière ». Mais sur la définition de la responsabilité et de l’irresponsabilité encore moins.

« …irresponsable (adjec­tif qui dans mon esprit est asso­cie a non jus­ti­fiable, immo­ral, donc illé­gi­time) » Donc si j’inverse cette phrase, pour toi être responsable serait synonyme de légitime, moral et justifiable. Les associations de ton esprits établit des synonymies que je trouve très discutables, et faibles en terme de capacité d’outputs critiques.

Le qualificatif de « moral » est très flou (on parle de la morale musulmane, de la morale chrétienne, la morale ça veut dire beaucoup de choses sans pouvoir la définir: c’est bien, c’est mal… Mais par rapport à quelles dimensions? Pour moi la morale ça n’apporte aucune analyse possible pour le conflit israélo-palestinien car trop de morales s’entremêlent). La morale est pour moi souvent qu’une partie réductrice et subjective dans les justifications.

La croissance démographique à Gaza est justifiable comme arme de combat, on l’a justifiée, car nécessité pour la survie des Gazaouis, toi d’abord, et moi aussi dans mon dernier commentaire qui t’a rejointe vu les circonstances très précaires de la population.

La croissance démographique est toute fois irresponsable, et ça par l’attitude des autorités qui la promeut sans être l’encadrer des infrastructures nécessaires malgré les moyens à disposition. Elle ne PEUT PAS être qualifiée de croissance démographique responsable écologiquement ni sociétalement car contribue à creuser un espace invivable et insoutenable pour les Gazaouis. Et c’est une contribution considérable qui vient se rajouter au conséquences désastreuses du blocus économique et social ainsi que les destructions par les bombes israéliennes et aujourd’hui les tanks qui s’y sont mis aussi!

Emma, comment peux-tu qualifier autrement cette démographie? Elle est justifiable et justifiée, elle est légale et légitime, mais elle ne peut pas être responsable tant que les autorités ne prennent pas conscience des enjeux liés à l’eau potable et à leur population…! Il me semble que c’est quand même aussi une base de la survie l’eau non? C’est pas juste un détail d’écolo qui chipote… C’est du très grave et du très concret. Les camions citernes et les bouteilles en pet ne vont pas permettre de sauver les nappes phréatiques condamnées pour un siècle selon le degré de contamination et l’espoir d’une autonomie en eau. Je ne peux pas, sous cette perspective-là, retirer la qualification d’irresponsable à la démographie croissante de Gaza.

Assurer de l’eau potable à ses citoyens, c’est pas une responsabilité de base d’un Etat? Les Gazaouis seront obligés de recevoir des cadeaux de Nestlé pour survivre ou de dépendre encore plus d’Israël qui ont le devoir de leur assurer un approvisionnent minimum en eau en respect des Accords d’Oslo II. Enfin…., sérieux quoi…

Croissance démographique + Pas de projets d’infrastructures en eau = « Tous ensemble pour un futur encore plus dépendant d’Israël, pour un futur encore plus insoutenable écologiquement à Gaza…! »

Comment pourrais-tu continuer à défendre l’idée que c’est une croissance démographique responsable? J’arrive pas à faire mieux pour te convaincre que je n’ai pas balancé le terme d' »irresponsabilité » au bol mais qu’il est bien adapté à la situation malgré l’antipathie et les faux-amis que tu lui portes et attribues.

Au plaisir de continuer cette discussion ou d’en commencer une nouvelle à mon retour de Roumanie,

Sara

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Sofia

Chère Sara,

J’ai lu ta réponse à l’article d’Emma avec intérêt. Je me permets néanmoins de revenir sur ce terme de « responsabilité » auquel tu as l’air de tenir particulièrement. Il semble que tu refuses de raisonner, comme tant d’autres, selon l’adage « deux poids, deux mesures ». Tu sembles suggérer qu’Israël et la nation palestinienne comme deux entités de forces égales, et donc de responsabilités comparables. Si Israël est un Etat démocratique et libéral, économiquement prospère, à l’image de nos grandes démocraties occidentales, comme ne cessent de nous le sermonner les Etats-Unis, alors en effet, la responsabilité d’Israël dans ce conflit est infiniment supérieure – non évidemment en termes de morale mais sur la scène internationale – à celle d’un peuple, privé de son autodétermination, de ses ressources propres, et dépendant de l’aide internationale. Les Palestiniens sont-ils irresponsables dans l’absolu, dans un cadre de lecture où la situation géopolitique et historique est occultée? Je n’en doute pas, et ta réponse érudite nous le confirme. Mais les actes des Palestiniens sont conditionnés par la situation dans laquelle ils vivent, et celle-ci est régie par le règne de l’urgence. Une urgence humanitaire, mais aussi une urgence politique, et presque une nécessité ontologique ; il s’agit pour le peuple palestinien d’exister librement en tant que tel, et en cela, il se place en droite ligne de tous les exemples historiques de luttes de libération des peuples. C’est cela l’urgence malheureusement; et devant toute autre nécessité. En outre, la notion de responsabilité est indissociable d’un régime juridique ; qui dit responsabilité dit mise en cause de cette responsabilité… et comment exercer des mécanismes de mises en cause de la responsabilité si les autorités palestiniennes ne disposent pas d’un cadre étatique à part entière qui leur permettrait d’être reconnues comme sujet de droit international ? On parlera de responsabilité sociale et écologique des autorités palestiniennes lorsque celles-ci agiront dans un contexte juridico-politique régularisé. Reprocher le manque de vision sociale et écologique à un peuple qui n’a pas d’Etat et qui vit dans des circonstances qui l’empêchent constamment d’envisager le futur, cela revient à reprocher à un unijambiste de ne pas réussir à courir le 100m.

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Sara de Maio

Merci Sofia pour ce beau commentaire avec des questions et réfelxions très intéressantes.

Je ne suis pas d’accord avec ta phrase suivante: « Il semble que tu refuses de rai­son­ner, comme tant d’autres, selon l’adage « deux poids, deux mesures ». Tu sembles sug­gé­rer qu’Israël et la nation pales­ti­nienne comme deux enti­tés de forces égales, et donc de res­pon­sa­bi­li­tés com­pa­rables. » Je ne suggère absolument pas ça. Dans mon article j’ai énuméré différentes critiques possibles d’un camp ou dans l’autre, au rappelant la dissymétrie des deux acteurs du confllit. Israël est en situation de force militaire et politique. L’enlisement du conflit tient du manque de volonté politique surtout du côté israélien. Il n’y a aucune égalité entre les deux camps. Est-ce que pour autant ça exempt l’opprimé d’avoir aussi ses défauts? Non. C’est tout ce que je dis. Et c’est souvent dans ce que l’on oublie de dire que les solutions sont à trouver. Mon but était de ne pas m’attarder sur les défauts, mon but n’est pas de faire des reproches, mais de définir les points d’actions possibles pour avancer vers la résolution du conflit. Je me cite dans l’intention de ne pas accabler:

« Comme de nom­breux blo­gueurs ou jour­na­listes, je pour­rais dres­ser un tableau acca­blant d’Israël, (…); comme je pour­rais faire un por­trait des Pales­ti­niens de Gaza, de (…) la crois­sance démo­gra­phique irres­pon­sable… Je pour­rais épicer tout ça avec la haine et le mépris réci­proques, incrus­tés dans la moelle épinière des deux camps. Tous deux feraient de magni­fiques portraits-robots aux grands airs terroristes. »

Mais bon, Emma m’y a quand même invitée. J’ai donc expliquer pourquoi je me permettais de parler de croissance démographique irresponsable.

Je pense vraiment qu’il faut traduire le plus possible d’éléments négatifs en éléments positifs. Je m’explique: au lieu de continuer à clamer son indignation, si on essayait de traduire tout ça en opportunité de changement? Dans « croissance démographique irresposable », expliquée par « croissance démographique non-accompagnée par les infrastructures nécessaires mmalgré tous les moyens et autorisations le permettant » = Il y a un vrai potentiel d’aménagement d’infrastructures de traitement des eaux, Israël attendant ça de la part de Gaza depuis un moment. De plus l’investissement dans les infrastructures hydrauliques permettrait à Gaza de préserver ses nappes phréatiques et donc de devenir moins dépendant d’Israël en terme d’eau potable et c’est l’occasion donnée au Hamas de se comporter comme une institution politique stratégique et pas seulement militaire (au lieu de griller les fonds en envoyant des roquettes lancées dans le vent, une station d’épuration aurait probablement plus d’effet).

Continuer à lancer des roquettes qui se font quasiment toutes intercepter, attirer l’attention du monde sur les corps déchiquetés de ses enfants, ça ne va pas fonctionner, car c’est rendre Israël encore plus haïssable et encore plus insécure, et conforter son Gouvernement de droite dans le projet sioniste. Ca ne peut qu’être pire avec le dialogue de roquettes.

L’urgence date depuis des décennies, et la situation empire. Il est temps de changer de logique. Les autorités sont là, les moyens sont là et les autorisations surtout sont là. Le Hamas n’a pas besoin d’être un gouvernement accompli juridiquement pour gagner en crédibilité et agir pragmatiquement. Tant que le Hamas ne se comporte pas comme une autorité politique mais seulement militaire il gardera son étiquette d’autorité terroriste aux yeux des Israéliens et la paix restera impossible. Les infrastructures hydrauliques c’est le minimum possible et concret à faire pour se comporter comme un Etat digne de ce nom.

Je ne compte pas relayer l’espoir de la résolution du conflit à la prochaine génération, là faut y aller, faut la concrétiser. Les unijambistes peuvent courir le 100 m, surtout si au bout de la piste il y a la deuxième jambe!

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Sara de Maio

Désolée si c’est un poil hors-sujet mais 3 stations d’épurations (sur 5 existantes, déjà insuffisantes et disfonctionnelles) ont quand même été endommagées par accident par les roquettes. La situation s’aggravant malgré les précautions des israéliens sur les infrastructures en eau, un cessez-le-feu humanitaire d’urgence a dû être ouvert quelques heures heures aujourd’hui pour permettre de réparer les infrastructures vitales et stopper là où ca été possible la contamination des eaux usées. Le problème venant de l’impossibilité des techniciens de faire leur travail de maintenance – plusieurs ont été morts ou ont été gravement blessés durant leur fonction à cause des roquettes.

Cf un communiqué Wathab de la déléguée Sara Badiei du CICR exposant la situation s’aggravant depuis les bombardements: https://www.youtube.com/watch?v=rUpRA6ENk0Y&feature=youtu.be.

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Sara de Maio

J’ai compris ce que tu as voulu me faire comprendre Emma. Mais toi tu n’as pas bien tout à fait compris comment je comprends le terme d’irresponsabilité.

La première dimension de l’irresponsabilité est celle attribuée la croissance démographique en tant que telle. Oui la croissance démographique c’est une des seules options de survie laissées aux Palestiniens. J’ai compris que c’est une logique darwinienne de survie qui par la primitivité de son outil (les naissances) ne peut pas avoir le luxe de réfléchir sur les questions de responsabilité écologique. J’ai compris. Tu m’as convaincue sur ce point-là. Donc, okay, si on récapitule, la critique de base néomalthusienne (première lignes sur wikipédia expliquent bien la diffénrence avec malthusien) peut être annulée pour le cas Palestinien, et d’autant plus pour les Gazaouis qui sont sous blocus depuis 60 ans.

La deuxième dimension de l’irresponsabilité, tu l’as évoquée sans y réfléchir réellement: l’irresponsabilité des autorités qui ont encouragé cette croissance démographique haut et fort.

« Com­ment peux-tu repro­cher a un people dont la sur­vie a court terme est en dan­ger de ne pas mettre celle-ci en peril au pro­fit de sa sur­vie a long terme?! Je trouve infi­ni­ment gonfle, aber­rant et cho­quant de repro­cher a un people qui vit sous occu­pa­tion, blo­cus et crise huma­ni­taire de ne pas etre suf­fi­sam­ment ecolo! » : Lorsqu’ils ont TOUT les moyens d’exécution des projets et TOUT les encouragements du monde pour construire ces infrastructures de traitements de eaux sales, non ce n’est pas aberrant, ni gonflé de leur reprocher une politique nataliste complètement lacunaire et irresponsable écologiquement. A long-terme?? Pas besoin de voir les conséquences à long-terme!! Rien que ces 10 dernière années la situation de l’eau potable s’est aggravée de manière catastrophique.

Une politique nataliste n’empêche pas la construction des infrastructures de traitements des eaux. L’UN N’EMPÊCHE PAS L’AUTRE et c’est BIEN CA qui rend toujours cette croissance démographique irresponsable. Ce n’est donc pas tant la croissance démographique en tant que telle qui est irresponsable pour les Palestiniens car comme tu le dis bien justement et comme je l’ai admis plus haut, c’est tout ce qui leur reste pour survivre, MAIS c’est bien l’attitude des autorités par rapport à cette croissance démographique qui est qualifiable d’irresponsable et que je ne vois pas comment tu pourrais en penser autrement avec tout ce que tu m’as révélé sur toi.

« Mais les Pales­ti­niens n’ont meme pas de pays! » Ca c’est que Israël voudrait et continue à rabâcher! Mais l’Etat de la Palestine est RECONNU par la communauté internationale. Ils n’ont certes aucune sécurité, aucune garantie que leur pays sera toujours là les années à venir. Mais il y a un Etat Palestinien et il faut justement lui donner corps et construire sa légitimité (en convaincant le Hamas de réviser sa Charte pour commencer).

Pays ou pas pays, ce que tu dis ne saurait déresponsabiliser les autorités. Désolée mais faut savoir admettre que l’irresponsabilité n’existe pas seulement (même si elle se trouve surtout) du côté israélien. Cette politique nataliste lacunaire, cette croissance démographique sans accompagnement d’infrastructures chez les Palestiniens est de l’irresponsabilité, et ça même à très court-terme.

« Si cela ne te derange pas de par­ler de morts legi­times lorsqu’elles le sont du point de vue du droit inter­na­tio­nal, pour­quoi est-ce que le droit des Pales­ti­niens a la legi­time defense lorsqu’elle se fait dans le res­pect du droit inter­na­tio­nal ne serait pas legi­time? » WHAT? JE N’AI JAMAIS DIT QUE CE N’ETAIT PAS LEGITIME. IL n’y a pas de loi interdisant la promotion des famille à 10 enfants et pénalisant l’absence de projets d’infrastructures hydrauliques, en effet. Et donc évidement que c’est légitime, ça n’empêche rien à ce que j’ai dit plus haut… Ce coup là ta remarque est à côté de la plaque, faut pas tout mélanger les termes.

Les Palestiniens je les porte dans mon coeur, c’est un peuple d’une hospitalité, d’un générosité, d’une envie de partage que je n’ai JAMAIS JAMAIS rencontrée ailleurs, ni en Roumanie, ni en Israël, ni ailleurs, et c’est pour moi ça unes des plus belles qualités humaines. Mon but n’est pas de les accabler, et encore moi de les faire passer pour rois de l’irresponsabilité. On peut faire le concours entre beaucoup d’autres pays, bien plus probables de dégoter le titre. Je veux juste que le monde puisse vraiment voir les choses comme elles le sont, en admettant des choses qu’on a pas l’habitude d’entendre et qui ne sont pourtant pas fausses… Mais je suis d’accord, c’est pas facile de prendre du recul et de reconnaître les défauts de ce que l’on veut défendre. Mais c’est pour que ces autorités deviennent justement plus défendables, qu’elles prouvent au monde et SURTOUT à Israël qu’elles peuvent gérer responsablement leur population comme de vrais Etats. Et concernant les eaux usées LES AUTORITES PALESTINIENNES LE PEUVENT, malgré la guerre, elles ont toutes les ressources et les autorisations pour faire ces infrastructures de traitement! Y a vraiment plus qu’à… Les enjeux dépassent donc la merde dans les nappes phréatiques, c’est toute leur crédibilité étatique qui est en jeu.

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Arrighi

Remarquable, surtout les commentaires de réponses

Je trouve infi­ni­ment gonfle, aber­rant et cho­quant de repro­cher a un people qui vit sous occu­pa­tion, blo­cus et crise huma­ni­taire de ne pas etre suf­fi­sam­ment ecolo!

J’en ai assez que les Pales­ti­niens ne puis­sant se defen­der d’aucune maniere sans se faire trai­ter de ter­ro­ristes ou d’irresponsables. Que leur reste-t-il?

Exactement. Si dans le silence de la communauté internationale la seule possibilté est de bouffer İsrael de l ıntérieur alors qu ils le fassent

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Emma

Au sujet du malthusianisme (je ne sais pas quelles sont les differences introduites par le neomalthusianisme en comparaison au malthusianisme et n’ai pas le courage de faire une recherche la-dessus, si tu as envie de m’eclairer sur ce sujet j’apprendrai de toi avec grand plaisir . Pour ma part, si ce n’est pas déjà le cas, je te suggere de consulter les travaux de Boserup) je ne rejette moi-meme pas totalement ce type de pensee (bien que je trouve qu’elle soit tout-de-meme relativement dangereuse et puisse mener a des cas tels que la politique de l’enfant unique en Chine engendrant des pratiques peu glorieuses du type infanticide et foeticide feminin).

Je repete depuis toute petite que je veux adopter et refuse de rajouter des etres humains sur cette terre qui en contient deja bien assez. J’adorerais assister a une decroissance demographique (je tiens la un discours un peu simpliste et mets de cote tous les problemes lies au vieillissement de la population). J’ai eu ma phase vegetarienne, a laquelle j’ai malheureusement rapidement fin quand mon medecin m’a remonte les bretelles en m’expliquant que je representais le pire cas d’anemie qu’il avait rencontre au cours de sa carriere (il a pris sa retraite l’annee passee). Bref, je suis moi-meme particulierement « ecolo », ai passé une part importante de ma vie a faire la morale a ma mere quand je la voyais jeter un bout de papier a la poubelle, debranche la chargeur de mon telephone a la seconde a laquelle celui-ci a fini de charger (et culpabilise a mort s’il m’arrive de l’oublier), refuse les sacs en plastique dans les magasins quand je le peux, lave mes habits a froid et n’ai jamais utilise de sechoir, et fais tres attention a toutes les petites choses auxquelles je peux faire attention.

Je suis consciente que les problemes environnementaux representent le plus grand important des defis pour l’humanite et suis 100% pour que tous les pays du monde s’y mettent, riches comme pauvres.

Mais les Palestiniens n’ont meme pas de pays!

Comment peux-tu reprocher a un people dont la survie a court terme est en danger de ne pas mettre celle-ci en peril au profit de sa survie a long terme?!

Je trouve infiniment gonfle, aberrant et choquant de reprocher a un people qui vit sous occupation, blocus et crise humanitaire de ne pas etre suffisamment ecolo! Que faudrait-il, qu’ils economisent l’eau qu’on leur vole pour que les Israeliens puissant remplir leur piscine d’une eau de meilleure qualite? Qu’ils economisent l’electricite de laquelle ils sont prives 12h par jour? Qu’ils laissent le projet sioniste les exterminer sans broncher pour que les Israeliens puissant profiter au mieux de leur terre lorsqu’elle se retrouvera sans un seul Palestinien?

J’en ai assez que les Palestiniens ne puissant se defender d’aucune maniere sans se faire traiter de terroristes ou d’irresponsables. Que leur reste-t-il? Que veux-tu qu’ils fassent d’autre? Construire des armes a partir de materiaux recycles?

Si cela ne te derange pas de parler de morts legitimes lorsqu’elles le sont du point de vue du droit international, pourquoi est-ce que le droit des Palestiniens a la legitime defense lorsqu’elle se fait dans le respect du droit international ne serait pas legitime? Bien que le droit de la guerre prenne effectivement en compte l’impact ecologique d’une arme pour decider de sa legalite, je ne pense pas qu’un juriste serieux pourrait qualifier le fait de donner la vie d’arme illegale.

Je respecte ton droit d’etre en desaccord avec moi, mais j’ai quand-meme enormement de mal a comprendre comment tu peux defendre ce type de discours moralisateur a l’encontre des Palestiniens de Gaza. Tu me diras peut-etre que ton discours concerne les autorites palestiniennes et non le peuple, mais comme je l’explique dans mon article la strategie de fecondite de combat fait l’unanimite dans les rangs de la resistance, qui vient avant tout du people.

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Sara de Maio

Emma, cet article a été très enrichissant pour moi et je l’ai trouvé très bien écrit.
L’importance de ce sujet est fondamentale, et je pense que ton article y a contribué de manière efficace.

J’ai été un peu déçue de ta manière d’introduire ton article en insérant et coupant une de mes citations de manière peu flatteuse, mais ce que les gens pensent de moi en lisant cet article n’est pas important. Ce qui est important c’est la réflexion que tu as menée, la connaissance et les hypothèses que tu partages.

« une phrase à conso­nance mal­thu­sia­niste », j’apprécie ta formule précautionneuse, mais tu aurais pu dire directement néomalthusienne. Je me reconnais là tout-à-fait dans ce courant de pensée. Ayant un bagage de géographe et ayant étudier la situation hydropolitique en Palestine, j’ai vraiment peur pour les générations futures et la précarité écologique qui va se rajouter à la précarité politique du Moyen-Orient.

Je suis donc clairement néo-malthusienne, ne souhaitant pas avoir moi-même plus de trois enfants et étant végétarienne pour une économie des ressources à disposition sur cette planète (près d’un milliard d’êtres humains souffrent de famine et on continue à faire pousser du soja et du maïs pour engraisser nos vaches!). Je continue à penser que la plupart des démographies dans le monde sont irresponsables car sans vision globale et soutenable.

L’irresponsabilité des colons qui font 7 enfants par femmes et qui remplissent leurs piscines alors que les réservoirs d’eau des famille palestiniennes de 5 enfants se vident, elle vaut bien l’irresponsabilité des autorités palestiniennes qui appellent aux familles nombreuses sans penser qu’il faut accompagner cette croissance démographique.

Je comprends ton indignation suite à mes propos, mais je ne retire pas ce que j’ai pu dire et j’espère qu’à la fin de ce commentaire tu te sentiras moins indignée.
Je revendique donc le droit de qualifier la situation démographique en Israël et surtout en Palestine d’irresponsable et inconsciente, moralement et écologiquement (j’aurais dû le préciser mais ça me paraissait évident!!).

Sous une perspective darwinienne, je ne peux pas blâmer les familles nombreuses dans un contexte où en quelques jours on décompte des centaines de morts, c’est une question de survie de base, faire des enfants c’est une condition pour continuer à exister en Palestine. Personnellement je ne pourrais pas faire la guerre de cette manière, les enfants comme arme de guerre, comme outil de survie. Je désapprouve mais j’ai réussi à comprendre.

Le problème avec la croissance démographique et sa politique que tu as retracé historiquement en Palestine c’est qu’il n’y a pas de projets infrastructurels pour l’accompagner. La responsabilité est une notion qui concernent les autorités qui promeuvent les familles nombreuses mais qui sont incapables de développer des projets de gestion des ressources malgré tous les fonds internationaux à disposition… Les nappes phréatiques se remplissent des émissions fécales par inconscience elle-même due à l’absence de sensibilisation et de connaissance sur le sujet.

Israël excerce un quasi-monopole sur la ressource en eau potable (il faudrait que je fasse un article synthétique sur la situation hydropolitique, ayant déjà fait un papier sur le sujet…), en faisant obstruction à nombreux nouveaux projets de puits et rendant les Palestiniens dépendant de leur bon vouloir. Cependant concernant les infrastructures de gestion des eaux usées, Israël encourage sans retenue (prête à financer sans condition) la construction de stations d’épuration, l’heure étant très grave.

La non-gestion des émissions de la populations se répercutant sur les ressources de tous, qu’ils soient Israéliens et Palestiniens connait des conséquences de plus en plus alarmantes. Les fonds internationaux et Israéliens fournis pour faire ces stations d’épuration disparaissent sans résultats depuis plusieurs années.

J’insiste oui, de parler d’irresponsabilité et d’inconscience écologique surtout du côté Palestinien, on ne peut pas appeler à la croissance démographique quand on ne pense pas à l’accompagner de manière responsable et soutenable. Ce n’est pas une question de manque de possibilité ici mais de MANQUE DE VISION des autorités. Vous me direz, à quoi bon faire des infrastructures de traitement d’eaux usées si c’est pour les voir bombarder l’année suivante? A la suite de mes lectures, je suis quasiment sûre qu’Israël fera tout son possible pour éviter de les cibler (plus que les civils eux-mêmes).

C’est un des reproches possibles que j’ai inséré très rapidement dans la liste concernant surtout les Palestiniens. J’espère que maintenant, après ces précisions et explications; je ne passe plus pour une je ne sais quoi… Je n’ai pas le temps ce mois de faire un article sur la situation hydropolique en Israël et en Palestine mais je pense que ça pourrait t’intéresser Emma et je le ferai à la fin de l’été.

N’hésite pas à écrire encore sur le sujet, ou à me répondre encore, ce que tu dis m’intéresse énormément!

Sara

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