Boris Dunand
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Boris Dunand

Le plaisir, l'oubli et le témoignage. J'ai récemment déposé ces mots pour décrire la source de mes gestes – en écriture, musique et photographie. Jusque-là, je ne savais trop quelle réponse me donner pour définir une sorte de démarche, pour conceptualiser et me représenter ce que je fais précisément sans réfléchir. Et avec la crainte d'y voir s'immiscer un intellect de contrôle, de maîtrise, de définition rigide et autoritaire. Mais je peux reconnaître ces trois pivots autour desquels je m'agite et m'apaise: le plaisir, le jeu, la joie, l'épanouissement sans lesquels mes actions deviennent mécaniques, froides, dures, dévitalisées; l'oubli dont je crains l'émiettement, rassemblant précautionneusement des pièces de mémoire, mobilisant mes goûts pour leur donner un caractère esthétique, poétique; et le témoignage, cet engagement où l'autre apparaît, cette adresse que je produis dans un espace commun, pour moi d'abord, mais qui, sans altérité, ne saurait se mettre en mouvement, se meurt dans l'isolement. Et, au plus intime de mon attention, le rappel d'une condition humaine qui m'invite invariablement aux grandes stupeurs que sont l'effroi, l'abomination, la révolte, l'extase, la contemplation, l'émerveillement, le sentiment amoureux... C'est avec le souci, le désir et les interrogations de ce rappel que je propose des textes pour Jet d'Encre – une très précieuse occasion offerte de faire se rencontrer et dialoguer nos visions du monde, merci ! www.connexus.ch

Articles de Boris Dunand

L'encrier 19 janvier 2016

LA CULTURE LUTTE / chacun à sa manière

Il en faut des ramifications Des ponts et des univers Qui soient tous ouverts Et communiquent librement À l’intérieur de soi Pour qu’au dehors Puisse exister aussi L’infinie fabrique humaine Il y en a des paradoxes Des contraires complémentaires Dans la maille complexe Du vivant qui bouge Simplifier n’y résout rien Sinon les confusions De […]

L'encrier 13 mars 2015

Lancinantes interrogations

7 janvier 2015. Saintes-Marie-de-la-Mer. Blanche constellation aux confins des marais. Derrière les roseaux, entre les becs des flamants roses, sous le bruit d’ailes de millions d’oiseaux, le repos d’un visage, la compagnie d’une silhouette rêveuse. Terrasse soleil. Ruine du temps. Nos gueules illuminées. Âme poissonneuse, horizontale, indigo. D. me dit d’écouter la radio...

L'encrier 18 décembre 2014

L’intime dehors (conditions d’émergence)

J'ai déjà fait ce rêve. Mer, plage, soleil – l'indolence bleue. Les couleurs extravagantes et pures du ciel, le flamboiement cru du sable, la brûlure sous les pieds. Les mouvements joyeux des vagues, les baigneurs qui s'abandonnent. Ce tumulte fait d'eau, de voix, de souffle. Et son humeur: indigo, salée, vive. Les longues promenades qui surplombent l'étendue, pas nus qui s'enroulent sur le chemin de bois...

L'encrier 26 août 2014

L’être des vacances

Tu devrais partir. Je devrais partir. Le temps des vacances séduit la phrase, invite, possède. Il ordonne. On ne fait pas n'importe quoi. Tu as réussi tes vacances? T'as fait quoi? T'es allé où? L'inquiétude. Dehors, dedans. Le regard des autres, les yeux d'intimité. Les signaux sont insidieux, la pensée discrètement oppressive. Quand elles arrivent, les vacances...

L'encrier 20 mars 2014

Ciels apparents et ombres invisibles

Seul dans un bistro, à l'abri d'une bise glaciale, il se rappelait cette brève minute de l'après-midi où son regard s'était perdu. Une compréhension sensible de son chemin, les raisons affectives de son errance toutes présentes, évidentes. La détermination du visible par le caché, tout ce que l'ineffable du vécu avait pu non pas seulement influencer, mais radicalement former de son empreinte, proprement inévitable, médiatisée dans une forme de présence au monde qui n'avait rien d'aléatoire dans sa manifestation...

L'encrier 23 février 2014

La contrariété des existences

Sur le flot d'une rivière chanteuse de mots, me laisser emporter, dans la parole de celui qui ne cherche rien de particulier, se laisse jouer par le langage, l'imagination, l'humeur d'un sentiment. Une dérive. Faite de souvenirs et d'espoirs, d'émotions douces et enveloppantes. Ces vieux songes dans lesquels j'avais l'habitude de m'étendre durant des heures-siècles, ces après-midi illimités où je pouvais attendre au bord du ciel qu'un mot tombe enfin sur ma page...

L'encrier 14 janvier 2014

Tippi, les bushmen et nos caddies

Entouré de vignes, sur la colline de Bernex peut-être, ou une autre. Une autre je crois. (Décidément, ma mémoire et la nomenclature... lieux, personnes, pays, rues... c'est comme si ça n'avait aucune importance: c'est vrai, mais seulement dans la solitude...). Je rentrais de Saint-Julien. À midi j'avais regardé ce documentaire sur la jeune Tippi...