L'encrier Le 4 juin 2018

Chroniques d’une jeunesse en partance #1 – C’est décidé, je pars

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Chroniques d’une jeunesse en partance #1 – C’est décidé, je pars

Quitter son travail et sa routine, partir voyager seul pour se (re)trouver ? C’est la décision que prennent de nombreux jeunes adultes de par le monde, notamment des femmes. Charlotte Frossard en fait l’expérience et nous livre sa réflexion sur cet « ailleurs » auquel aspire la génération des Millennials. Premier épisode: la décision de partir.


 

C’est décidé, je pars.

Je ne pars pas forcément loin, mais je pars ailleurs. Je ne pars pas forcément longtemps, mais suffisamment pour sentir que je suis en partance. Je ne pars pas riche, mais avec assez de moyens pour me nourrir et me loger modestement.

C’est un départ pas comme les autres : comme de plus en plus de jeunes femmes à la vingtaine bien comptée, cette fois-ci, je pars seule.

Je pars sans mon amant, je pars sans mes amis ; je pars sans ma routine, je pars sans mes repères.

Je quitte mon contrat à durée déterminée renouvelé quatre fois, mes postulations désillusionnées et mon appartement sous-loué en pleine grisaille du centre-ville genevois. Je place mon chat en pension, je fourre l’essentiel dans une valise à tirer pour plusieurs semaines renouvelables. Elle sera mon foyer sur roulettes, ma penderie mobile.

Certes, je pars avec des livres que j’affectionne, mon carnet pour les pensées du soir et mon appareil pour les souvenirs sur papier glacé. Je ne pars pas dans la cambrousse inhabitée – si tant est qu’il demeure sur cette planète un lopin de terre qui n’a pas encore été foulé par un pied de touriste – et je n’ai pas la prétention de me métamorphoser en une bourlingueuse hors pair. Et pourtant ce voyage en solitaire me paraît la plus audacieuse des décisions prises dans ma vie de jeune adulte, dans un monde qui semble m’emporter dans une direction à mon insu : le moteur de ce projet-là, ce sera moi, pour une fois.

Tu pars seule, mais pour quoi faire ?

Es-tu bien sûre de partir ainsi, une femme seule, à vingt-huit ans ?

Es-tu certaine que c’est le bon moment de quitter ton boulot, au début de ta carrière (admettons que ce terme s’applique à nous autres, jeunes compétents mais perpétuels stagiaires aux velléités créatives trop souvent rabrouées), vu la conjoncture actuelle ?

Tu vas t’ennuyer, angoisser, te sentir atrocement seule, tu ne crois pas ?

Je ne sais pas, à vrai dire. Ne me pose pas trop de questions. Pour le moment, j’ai décidé de partir. Pour vivre, on a besoin de boire, de manger et de dormir, et c’est tout, non ? N’était-ce pas Nicolas Bouvier qui disait qu’on pouvait vivre partout où d’autres humains le faisaient aussi ? Alors le reste, les états d’âme, on verra.

Le seul ancrage de ce voyage sera le défilement de mes pieds sur le sable, la terre ou les pavés.

 

Épisode 2 : « L’attrait d’autrui pour ton ailleurs »

Épisode 3 : « L’inconnu apprivoisé »

Commentaires

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Raquel

Je me réjouie de te lire, encore et encore ...

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Araceli

Bonjour Charlotte, tout d'abord, bravo! Bravo pour ton texte. Bravo également pour ta décision tant courageuse que audacieuse comme tu…

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Noémi

Merci Charlotte. Je me réjouis de la suite!

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Raquel

Je me réjouie de te lire, encore et encore …

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Araceli

Bonjour Charlotte, tout d’abord, bravo! Bravo pour ton texte. Bravo également pour ta décision tant courageuse que audacieuse comme tu dis (ce voyage et les compétences acquises seront valorisés sur ton cv où que tu sois). Vraiment, très belle route à toi et j’ai hâte de lire la suite!

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Noémi

Merci Charlotte. Je me réjouis de la suite!

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